O‑Obstination
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O‑Obstination

Le 15 Avr 2011
Philippe Jeusette et Céline Raller dans MESURE POUR MESURE de William Shakespeare, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre National de Belgique, 2006. Photo Véronique Vercheval.
Philippe Jeusette et Céline Raller dans MESURE POUR MESURE de William Shakespeare, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre National de Belgique, 2006. Photo Véronique Vercheval.
Philippe Jeusette et Céline Raller dans MESURE POUR MESURE de William Shakespeare, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre National de Belgique, 2006. Photo Véronique Vercheval.
Philippe Jeusette et Céline Raller dans MESURE POUR MESURE de William Shakespeare, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre National de Belgique, 2006. Photo Véronique Vercheval.
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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
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Il pour­rait s’appeler P., être le dernier humain sur terre, vivant sous un soleil noir et une lune de sang, après le pas­sage des qua­tre cheva­liers de l’Apocalypse et de quelques mis­siles nucléaires, et encore et tou­jours refuser l’inévitable.
Il pour­rait être la dernière entité vivante sur terre, sans aucun espoir de survie, il refuserait caté­gorique­ment l’extinction totale de la vie. Pas éton­nant, si on prend en compte le fait qu’il est né en novem­bre, le mois des scor­pi­ons.
Pire, il s’attèlerait même à la tâche impos­si­ble de restau­r­er le rythme de la vie, le bat­te­ment de coeur de la vie : c’est à dire le Temps.
Il s’attaquerait même à ce bruit blanc qui l’entoure, ce souf­fle de la non-vie, il essaierait de lui don­ner un mou­ve­ment, un bal­ance­ment, une cadence, une mesure.
Il com­mencerait avec un rythme de base — genre le bal­ance­ment d’un lus­tre. Au départ, il compterait vingt bal­ance­ments avant que le lus­tre s’arrête. Il s’attaquerait à l’amélioration de l’aérodynamique pour attein­dre au final cent vingt bal­ance­ments, cent vingt grince­ments. Il déciderait que cent vingt grince­ments serait une journée. Et il s’endormirait apaisé.
Le deux­ième jour, après cent vingt grince­ments du lus­tre, il irait à la gare, atten­dre le TGV qui est sup­posé par­tir à 13h01. Il retourn­erait dans son apparte­ment et à nou­veau ferait bal­ancer le lus­tre, cent vingt bal­ance­ments. Et la journée aurait un matin et un après midi.
Mais P. n’est pas un homme sim­ple. Il veut com­plex­i­fi­er le mou­ve­ment. À par­tir du rythme de base qu’il aurait instau­ré, les cent vingt grince­ments du lus­tre, il voudrait à présent de la poly­phonie, des con­tre­points dans ce rythme de la vie.
Alors la troisième journée, sur le chemin de la gare, il ferait tourn­er un tourni­quet qu’il parviendrait à faire tourn­er trente-cinq fois. Avec ces trente-cinq cli­quetis, il créerait le midi.
Par­tant de ces trois par­ties d’une journée, il appro­fondi­rait mou­ve­ments et sonorité.
La qua­trième journée, il com­bin­erait des sonorités afin de créer des con­tre­points. D’autres bruits s’ajouteraient, des bruits d’impacts, de frot­te­ments, de glisse­ments, de chuin­te­ment, de bruisse­ment, de froisse­ment, etc.
La cinquième journée, il rajouterait quelques dis­so­nances — il est vrai qu’il serait quelque peu de mau­vaise humeur ce jour-là.
La six­ième journée serait décourageante, il ne se sou­viendrait plus très bien de l’ordre des mou­ve­ments et de ses com­bi­naisons. Nulle­ment découragé, il déciderait de recom­mencer la journée.
Et puis finale­ment, la sep­tième journée dans ce rythme de mou­ve­ments et de bruits com­plex­es, il ajouterait la parole. Par­mi les quelques mots qu’il trou­verait, il sèmerait des paroles ici et là sur les sonorités qu’il aurait créées.
Et il regarderait tout ce qu’il aurait fait : et voici, cela sem­ble très bon, se dirait-il.
Mais il ne se don­nerait pas le temps de se repos­er. Puisqu’il faudrait recom­mencer une nou­velle semaine et créer les mois à présent.

Paul Pourveur

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Écrit par Paul Pourveur
Paul Pourveur est scé­nar­iste et dra­maturge. Par­fait bilingue, il écrit aus­si bien en néer­landais qu’en français. LES B@LGES,...Plus d'info
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Philippe Sireuil, les coulisses d’un doute

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