On n’a toujours pas trouvé les commanditaires du crime. Lancinante constatation. Pétition pour rendre justice à Julien Lahaut.
Re-pétition.
Dans L’HOMME QUI AVAIT LE SOLEIL DANS SA POCHE, il y avait les personnages de Louvet, il y avait les personnages de Sireuil.
Ce sont ces derniers qui reviennent.
Les figurants, comme on dit.
Tellement figurants ?
La jeune mariée en robe blanche : elle vient et revient téléphoner à la cabine de la gare où les trains ne passent plus.
L’enfant au skateboard : il traverse, il retraverse la scène, sans fin.
Le jeune marin. Il revient d’un long voyage ? Il repart ?
Ils sont là tous les trois.
Rêve, espoir, utopie, va-t-en savoir ce qu’ils veulent dire.
Ils passent devant les yeux clairs de Philippe, le même Sireuil qui regarde monter à l’assaut du ciel la lettre d’amour au-dessus d’un immense Jeusette qui se redresse dans son désert à la fin du monologue DEVANT LE MUR ÉLEVÉ. Marin, enfant, jeune femme : personnages hors-texte, contre-personnages, avatars;,
Arrivés par le train des excursions, le train des vacances dans une pièce noire des années quatre-vingt qui annonçait une crise tous azimuts.
C’est sans doute pour respirer dans cette crise que Philippe jette un regard bien à lui en invitant ses « petits » personnages muets avec leurs corps livrés au jeu, à l’amour, à l’ailleurs.
On lui a reproché d’avoir « osé » (c’est le mot) nourrir sa mise en scène d’une galerie de figurants à telle enseigne que lorsqu’il reprend le spectacle pour le Festival de Lille il va assagir son travail. D’aucuns diront : glacifier. Très beau sans doute, mais la profusion de la première version m’a manqué.
- Allô Monsieur Lahaut, c’est Viviane, la jeune mariée. On ne vous a plus oublié. Amnésie, fini. Oui, j’ai la parole, les temps changent.
Jean Louvet



