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(Opéra Royal de)

Le 7 Avr 2011
Mark Rucker dans RIG0LETT0 de Giuseppe Verdi, direction musicale Paolo Arrivabeni, décor Didier Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Royal de Wallonie, 2010. Photo Jacky Croisier.
Mark Rucker dans RIG0LETT0 de Giuseppe Verdi, direction musicale Paolo Arrivabeni, décor Didier Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Royal de Wallonie, 2010. Photo Jacky Croisier.
Mark Rucker dans RIG0LETT0 de Giuseppe Verdi, direction musicale Paolo Arrivabeni, décor Didier Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Royal de Wallonie, 2010. Photo Jacky Croisier.
Mark Rucker dans RIG0LETT0 de Giuseppe Verdi, direction musicale Paolo Arrivabeni, décor Didier Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Royal de Wallonie, 2010. Photo Jacky Croisier.
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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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Mireille Delunsch dans LA LUMIÈREA NTIGONE de Pierre Bartholomée, direction musicale Koen Kessels, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre Royal de La Monnaie, 2008 Photo Johan Jacobs.
Mireille Delun­sch dans LA LUMIÈREA NTIGONE de Pierre Bartholomée, direc­tion musi­cale Koen Kessels, décor Vin­cent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre Roy­al de La Mon­naie, 2008 Pho­to Johan Jacobs.

Philippe Sireuil n’est pas de ces stakhanovistes de l’opéra, courant le monde entre nou­velles pro­duc­tions et super­vi­sions des repris­es et autres copro­duc­tions. Dans son par­cours, l’opéra ne trou­ve de place que quand le théâtre en laisse. Ou, plus exacte­ment, le théâtre musi­cal ne trou­ve de place que quand le théâtre par­lé en laisse, tant il est vrai que ses approches ne sont pas dif­férentes : mêmes équipes (les Lemaire, Payen, Jara … ), mêmes exi­gences de respect du texte ( quitte à devoir con­va­in­cre le chef d’orchestre que, non, on ne fait pas plus de coupure dans COSI FAN TUTTE qu’on n’en ferait dans SIEGFRIED), même recherche sur les sources (fût-ce pour con­clure finale­ment, en pré­parant RIGOLETTO, que LE ROI S’AMUSE de Hugo lui est « tombé des mains »), même capac­ité — et ce n’est juste­ment pas évi­dent dans l’opéra pris­on­nier de sa par­ti­tion — à forcer le temps du silence. Mais, même rares, ses spec­ta­cles lyriques ont chaque fois une per­ti­nence telle qu’on ne les oublie pas et que même objec­tive­ment absent, il laisse au monde de l’opéra le sen­ti­ment de n’être jamais très loin.
Entre le pri­ma la musi­ca de l’Italie, cul­ti­vant les mis­es en scène (mis­es en place?) au pre­mier degré, et le prime le parole des Alle­mands avec leur Regi­ethe­ater un peu forcené dans son souhait de mon­tr­er ce qui n’a jamais été mon­tré, Sireuil incar­ne une sorte de moyen terme. Pas de lit­téral­isme, pas de dic­tature des didas­calies et moins encore des tra­di­tions scéniques, mais une volon­té de racon­ter les his­toires en en retrou­vant le fil rouge, mais sans y pla­quer de con­cept, surtout auto­bi­ographique. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des thèmes de prédilec­tion, comme la perte de l’innocence qu’il traite autant dans LA BOHÈME que dans RIGOLETTO.
Ni con­ser­va­teur, ni pseu­do-révo­lu­tion­naire, juste per­ti­nent ? On pour­rait presque par­ler d’une école belge de mise en scène lyrique, où l’on rangerait aus­si Moshe Leis­er et Guy Joost­en même si ceux-là se con­sacrent désor­mais presque exclu­sive­ment à l’opéra. Comme Joost­en d’ailleurs, Sireuil est prophète en son pays, et les trois scènes lyriques nationales ont accueil­li ses pro­duc­tions. Rares au Vlaamse Opera (le très oubli­able LES LIAISONS DANGEREUSES des Piet Swerts et la con­fi­den­tielle JOLIE PARFUMEUSE d’Offenbach à l’Opéra Stu­dio), ses presta­tions sont épisodiques, mais con­stantes, à la Mon­naie. Morti­er, le pre­mier, lui donne sa chance dès 1983 pour une très belle KÁTIA KABANOVÁ puis, extra muros au Cirque Roy­al pen­dant la réno­va­tion du TRM en 1986, pour un MACBETH un peu gore ; Foc­croulle le con­firme en copro­duisant avec le Théâtre de la Place L’HISTOIRE DU SOLDAT (1993) et la très rare STELLIDAURA VENDICANTE de Proven­za­le (1997), en pro­posant son dip­tyque ravélien HEURE ESPAGNOLE/ ENFANTS ET LES SORTILÈGES (qu’il avait déjà mon­té à Lyon et dont la pre­mière, prévue le 11 sep­tem­bre 2001, sera annulée pour les raisons que l’on devine), puis en lui con­fi­ant, dans une sorte de Lou­vain-la-Neuve con­nec­tion, les deux opéras de Pierre Bartholomée et Hen­ry Bauchau, OEDIPE SUR LA ROUTE (2003) et LA LUMIÈRE ANTIGONE (2008).

Patricia Fernandez, Barbara Haveman, Olivier Lallouette, Lionel Lhote et Yves Saelens dans Cosr FAN TUTTE de Wolfgang Amadeus Mozart, direction musicale Antonino Fogliani, décor Didier Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Royal de Wallonie, 2006. Photo Jacky Croisier.
Patri­cia Fer­nan­dez, Bar­bara Have­man, Olivi­er Lal­lou­ette, Lionel Lhote et Yves Sae­lens dans Cosr FAN TUTTE de Wolf­gang Amadeus Mozart, direc­tion musi­cale Antoni­no Fogliani, décor Didi­er Payen, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Opéra Roy­al de Wal­lonie, 2006. Pho­to Jacky Croisi­er.

Mais c’est finale­ment à Liège que son ancrage sera le plus mar­quant. Pour Paul Dan­blon, d’abord, il monte un puis­sant DON GIOVANNI en 1994. Vu sa force, la pro­duc­tion sera logique­ment reprise (1999 et 2004) sous le règne de Jean-Louis Grin­da, qui con­fiera à Sireuil le reste de la trilo­gie Da Ponte, le tout s’exportant ensuite en divers­es salles français­es : de mémorables NOCES DE FIGARO en 1996 (et 2000 et 2011) et un déli­cieux COSI FAN TUTTE aux couleurs bal­néaires (2002 et 2006). Sireuil don­nera aus­si à l’Opéra de Wal­lonie une très forte LULU (1999), puis un mirac­uleux PELLÉAS ET MÉLISANDE dont on n’est pas près d’oublier l’eau et le trapèze (2007). De quoi con­va­in­cre même Ste­fano Maz­zo­nis, le suc­cesseur ital­ien de Grin­da, à l’esthétique théâ­trale per­son­nelle pour­tant aux antipodes de celles de Sireuil : en 2010, il fait appel à lui pour deux mon­u­ments du réper­toire ver­di­en qui seront deux nou­velles réus­sites, RIGOLETTO et UN BALLO IN MASCHERA (ce dernier copro­duit avec Lau­sanne).

José Van Dam dans OEDIPE SUR LA ROUTE de Pierre Bartholomée, direction musicale Daniel Callegari, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre Royal de La Monnaie, 2003. Photo Jahan Jacobs.
José Van Dam dans OEDIPE SUR LA ROUTE de Pierre Bartholomée, direc­tion musi­cale Daniel Cal­le­gari, décor Vin­cent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre Roy­al de La Mon­naie, 2003. Pho­to Jahan Jacobs.

La griffe Sireuil s’exporte égale­ment. Out­re les repris­es et copro­duc­tions déjà citées, il y aura eu Ams­ter­dam (le très rare ARIANE ET BARBE-BLEUE de Dukas), Lyon (en 1999, une mémorable BOHÈME à l’affiche de rêve réu­nis­sant notam­ment Lan­grée, Vil­la­zon et Degout) et Zurich (reprise de LA BOHÈME lyon­naise, puis une FAVORITA de Donizetti avec Marc Minkows­ki en 2006). Au risque par­fois, comme dans ce dernier cas, de se brûler les ailes : moins par le choix de l’ oeu­vre ( un livret dont Sireuil est le pre­mier à recon­naître l’indigence) que par un con­texte de pro­duc­tion peu com­pat­i­ble avec ses exi­gences théâ­trales. Pas facile de s’accommoder des absences, arrivées tar­dives et autres caprices des divas quand on veut, comme lui, garan­tir un degré suff­isant de direc­tion d’acteurs.

Nico­las Blan­mont

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Écrit par Nicolas Blanmont
Nico­las Blan­mont est jour­nal­iste musi­cal à La Libre Bel­gique et à la RTBF. Il col­la­bore égale­ment à Opéra...Plus d'info
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