COMME tous les enfants de diplomate, Amélie Nothomb (née à Kobé en 1967) passe ses premières années à déménager dans différents pays du monde, principalement en Orient. En 1984, elle s’installe à Bruxelles pour entamer une licence en philologie romane. Après ses études, elle travaille comme interprète au Japon, le temps de comprendre que sa véritable voie est la littérature. Son premier roman, HYGIÈNE DE L’ASSASSIN (1992, Albin Michel) connaît un succès retentissant dû à ses qualités littéraires mais aussi aux impertinences de son auteur et à ses excentricités. Aujourd’hui encore, ce succès ne se dément pas. À chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb envahit les médias, de France-Culture aux pages de E/le. Dès HYGIÈNE DE L’ASSASSIN, Amélie Nothomb a accordé une place prépondérante aux dialogues. Ce roman sera d’ailleurs porté à la scène, sans grand changement, par Gérard Desarthe (à la Maison de la Culture de Bobigny, en 1994). Il deviendra également un opéra grâce au compositeur Daniel Schell (Bruxelles, Ancienne école vétérinaire, 1995). Nous comprendrons donc aisément que l’écrivain se soit mise à l’écriture dramatique même si LES COMBUSTIBLES, sa seule pièce à ce jour, n’a pas été, dans un premier temps, présentée sous cette étiquette. Certains critiques l’ont d’ailleurs chroniquée comme roman (dialogué). Ce n’est qu’à la parution du roman LES CATILINAIRES que le texte sera enfin assumé comme pièce de théâtre.
Les combustibles
TROIS PERSONNAGES, un professeur de littérature, son assistant et la fiancée de celui-ci, dans un pays en guerre non identifié, ont froid, comme le restant de la ville. Quand les meubles ont été brûlés, il ne reste que les livres pour alimenter l’âtre. Des questions se posent : quel sera le dernier ouvrage à flamber ? Les livres sont-ils plus importants que la vie ? Le combat verbal s’installe à l’intérieur de l’appartement, les êtres se déchirent, se révèlent tels qu’en eux-mêmes : impitoyables, cyniques, misérables. Dans cette pièce comme dans ses romans, les personnages d’Amélie Nothomb se livrent à des combats le plus souvent à mort. Ils utilisent les armes du langage — des mots tranchants comme la lame d’un couteau — ou du silence pour se pousser dans les derniers retranchements, jusqu’à ce que l’un d’eux rampe (et parfois meure). Celui qui reste n’est pas toujours le vainqueur. Dans cette pièce sombre et sarcastique que nous pourrions qualifier de farce noire, les personnages s’invectivent plus qu’ils ne se parlent. Leurs mots sont parfois drôles, enfantins, toujours cruels. IIls se crient plus qu’ils ne se disent.
MZ
LES COMBUSTIBLES
Publié aux Éditions
Albin Michel, Paris, 1994.
Réédition au Livre de Poche, Paris, 1996.
Création dans une mise en scène de Pierre Fox au Théâtre de la Samaritaine, Bruxelles, en mai 1996.
Nouvelle création dans une mise en scène de René Richard Cyr à l’Espace Go, Montréal, en octobre 1996.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h20

