AVANT D’ÉCRIRE pour le théâtre, Claire Jaumain (1953, Bruxelles) a été comédienne lors de ses études en philosophie et lettres, puis au sein de Dur-An-Ki, ce laboratoire théâtral qu’elle a contribué à créer en 1977. C’était encore la pleine époque d’un théâtre qui refusait le recours aux textes préexistants, qui se basait sur l’expression corporelle et gestuelle ainsi que sur l’improvisation. De ce travail lui est venue l’envie d’écrire. Paradoxe ? Sûrement pas, car l’écriture de Claire Jaumain privilégie toujours la corporalité et l’oralité. Ses deux textes poétiques pour le théâtre ainsi que son roman (LA DERNIÈRE RÉPÉTITION, Éditions Les Éperonniers, 1995) en sont la preuve. Elle a d’ailleurs écrit RONQUIÈRES OÙ LA MORT SI PRÈS à l’aide d’un magnétophone : elle pouvait ainsi réécouter ce qu’elle avait écrit. Peut-être est-ce aussi de la pratique d’un théâtre avant tout corporel que lui vient cette obsession de l’indéfinition des mots, des identités non nommées. Cette obsession qui en rejoint une autre, par la bande : l’homme aux prises avec sa condition de mortel.
Ronquières ou La mort si près
UN HOMME dont nous ignorerons tout de la vie s’approche du seuil de la mort. Son corps est malade, son cerveau préservé. Pourtant, il sent que c’est celui-ci qui s’éteindra d’abord. Il découvre la fragilité qu’il porte en lui et qu’il avait réussi à masquer jusqu’alors, jusqu’à croire à l’immortalité. Jusqu’à penser, en tout cas, que des choses lui survivraient. Notamment son invention qu’il ne nommera pas, dont nous comprenons qu’elle a à voir avec la mer et le vent, qu’elle reflète sa volonté de maîtriser la vie. Aujourd’hui il y échoue. Il n’obtient pas non plus le renouvellement du brevet de son invention : son exploitation ne pourra avoir lieu, rien ne testera de lui.
Ce monologue poétique, à l’adresse d’un interlocuteur à la fois familier et imaginaire, est construit comme le ressac des vagues, avec des avancées, des reculées, des recouvrements, des anéantissements, de la différence et du même. Avec du roulis, de la retenue mélancolique mais jamais de pathos.
MZ
Œuvres théâtrales
LE CŒUR NERVEUX
Publié aux Éditions Dur-An-Ki, Bruxelles, 1981.
Création dans une mise en scène de Léo Beeckman au Théâtre Dur-An-Ki, Bruxelles, en septembre 1981.
RONQUIÈRES OU LA MORT SI PRÈS
Publié aux Éditions Les Éperonniers, Bruxelles, 1990.
Création radiophonique par la RTBF dans une mise en ondes de Jean-Louis Jacques en 1991.
Prix Paul Gilson des radios publiques de langue française en 1991.
Distribution : 1 homme

