NÉ À BRUXELLES en 1952.
Racontant comment il est devenu peintre, romancier (L’HOMME QUI REGARDAIT LE CIEL, CE RIEN DE SOUFFLE QUI N’APPARTIENT QU’AUX DIEUX SEULS) ou auteur de théâtre, Eddy Devolder évoque souvent des « accidents de parcours ». Il faut y lire quelques rencontres essentielles, réellement stimulantes, de celles qui façonnent une nouvelle perspective sur le monde. Christian Dotremont avec ses logogrammes et l’esprit de Cobra qu’il perpétue ; Max Loreau, alors secrétaire de Dubuffet, la revue Fragments où les poètes Jean Daive et Bernard Noël explorent l’écriture blanche… Eddy Devolder écrit et peint en artiste philosophe (il a étudié la philosophie à l’Université libre de Bruxelles). Ses œuvres plastiques ramènent constamment à l’écriture et, à la croisée de ses textes, on retrouve la peinture. D’ailleurs, il crée avec Gabriel Belgeonne en 1988 la collection Conversation avec (aux Éditions Tandem) consacrée à des entretiens avec des plasticiens dont Andy Warhol ou Hugo Pratt. Eddy Devolder aime le métissage et transgresse les règles. Pour voir. S’il conçoit l’écrivain à la façon romantique, comme un médium, il rêve pourtant d’une écriture d’équipe et décide de ne travailler pour le théâtre qu’à la demande.
La metteur en scène Elvire Brison incarna cette demande. De là est né LE TEMPS OPÉRA, sa première pièce écrite « contre le théâtre ».
Le temps opéra
OSCILLATION DE LA PAROLE entre un homme et deux femmes. À tour de rôle, ils racontent des bribes d’histoire, ils tentent une reconstitution. Dans des temps et des univers décalés mais qui, ici, s’entrelacent, chaque monologue atteste de la lutte entre le langage et la mémoire. L’histoire a déjà eu lieu et tout est accompli : l’homme, victime d’un accident, est désormais sans avenir ni passé. Étranger au monde, il en oublie sans cesse la perception et le sens habituels. Seul, LE CHANT DE LA TERRE de Mahler constitue sa mémoire et son univers. À ses côtés, sa femme, exemplaire, bute contre le présent sans espoir, l’opacité de la certitude ultime. Et c’est ce même sentiment de finitude qui hante la cantatrice, interprète de Mahler alors qu’elle aborde son dernier concert. En somme, la vie a déjà eu lieu : Les voix ne sont qu’un écho ; les personnages, un souvenir…
ND
LE TEMPS OPÉRA
Publié aux Éditions Dumerchez,
Mons, 1991.
Création par le Théâtre
du Sygne dans une mise
en scène d’Elvire Brison
au Théâtre national
de la Communauté française
de Belgique, en mars 1991.
Distribution : 2 femmes, 1 homme
Durée : 2h

