IL AIME SCHUBERT sans retenue et le théâtre avec contradiction. Il n’avoue jamais sa passion et, à la manière des grands amoureux, il va jusqu’à feindre l’indifférence : « Il y a longtemps que nous n’aimons plus le théâtre/Nous faisons semblant de l’aimer/Nous Le haïssons… On ne peut pas se passer du théâtre. »1
On se souvient — parce qu’on l’oublie — que l’acte d’écrire ou de créer se fait dans un rapport affectif qui demande une attention particulière entre l’abandon et la réserve. Si, lorsque la passion est trop évidente, pour faire durer l’énergie créatrice, on n’invente pas l’effort, ou si, pour l’économiser, on n’oppose pas d’obstacle à une fureur qui s’emballe, elle s’épuise et meurt de cela même qui lui donnait vie. Pour ne pas répéter les thèmes et les tics obsessionnels d’un style qui s’écoute et qui s’aime dans l’amour des phrases qui lui ressemblent, Éric Durnez joue et déjoue les mécanismes, les pièges, les guets-apens, les traquenards et autres attrape-auteurs qui pincent et étranglent les possiblités d’une écriture.
Il prend le contre-pied de ses sentiments pour écrire juste à l’envers de ce qu’il pense. Mais parfois à l’endroit !
Alors quoi ? Il faut le prendre aux mots et le laisser.
Éric Durnez est né le 8 mai 1959 à Bruxelles. Il est diplômé de l’Institut national supérieur des arts du spectacle (section mise en scène). Il a été journaliste et producteur radio jusqu’en 1991. Il est actuellement coordinateur du Festival musical du Brabant wallon.
Brousailles
ALBERT JARDIN travaille pour monsieur Lheureux, son propriétaire, qui n’est pas vraiment tout à fait content de son locataire. Mais comment peut-on en même temps et convenablement ramasser les feuilles mortes de novembre et penser à toutes ces choses de la vie : le meilleur ami, le premier amour, les parents que l’on a eus et qui se sont séparés, les enfants que l’on a faits et qui ont disparu et les hautes herbes, celles que l’on n’enlève jamais ? Albert Jardin a l’air de tant s’appliquer à ne se rendre compte de rien, que l’on ne sait jamais si on doit avoir de la pitié ou de l’admiration. Il a la parole facile et la poésie béate de ceux qui ont décollé de la réalité des autres. Il a la légèreté et la profondeur d’esprit de ceux qui donnent toujours l’impression d’avoir eu Dieu au téléphone, cinq minutes auparavant. Albert Jardin, Albert Jardin… mais il n’y a pas que lui. Il y a aussi la jeune fille et Tom Patinaud. Tom Patinaud est l’ami d’enfance d’Albert Jardin et la jeune fille est… La jeune fille est née à Yaoundé. BROUSAILLES est un texte de commande2 pour le théâtre dit « jeune public ». Mais Éric Durnez n’est pas un spécialiste du genre. Il n’est d’ailleurs spécialiste d’aucun genre ni d’aucun style, et ça lui plaît.
CR
Œuvres théâtrales
ELIE, ELLE
Publié aux Éditions du Groupe Aven, Bruxelles, 1991.
Création dans une mise en scène de l’auteur à Bruxelles, le 12 mai 1988.
Distribution : 1 homme, 1 femme
À PLAT
Publié aux Éditions Lansman, coll. Tirages légers, n° 10, Carnières, 1994.
Création dans une mise en scène de l’auteur à Fontaine-l’Évêque, le 21 mars 1997.
Distribution : 6 hommes, 3 femmes, 1 petite fille
BROUSAILLES
Publié aux Éditions Lansman, coll. Nocturnes Théâtre, n° 17, Carnières, 1997.
Création dans une mise en scène de Thierry Lefèvre dans le cadre des Rencontres sélection du théâtre jeune public, à Huy, en août 1996.
Distribution : 2 hommes, 1 jeune fille
COMPOSER
Pièce écrite à partir de la vie de Schubert.
Création dans une mise en scène de l’auteur, à Waterloo,
le 27 février 1997.

