Frédéric Neige
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Frédéric Neige

Le 1 Jan 1997
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NÉ À PARIS en 1956.

François Sikivie dans LULU/LOVE/LiFE de Francine Landrain, mise en scène de l’auteur à l’Atelier Sainte-Anne, 1991. Photo Lou Hérion.
François Sikivie dans LULU/LOVE/LiFE de Francine Landrain, mise en scène de l’auteur à l’Atelier Sainte-Anne, 1991. Pho­to Lou Héri­on.

Il tra­vaille avant d’aller à l’école. Celle du théâtre. Il y restera deux ans et devien­dra acteur. Il jouera jusqu’à Jack the Rip­per dans LULU/LOVE/LIFE de Francine Landrain1. Depuis, il est chargé de cours au Con­ser­va­toire roy­al de Liège, il écrit et met en scène. En 1997, il fonde sa pro­pre com­pag­nie : « Frac­tion Neige » et crée LES ANNÉES FLÉAUX de Nor­man Spin­rad. L’écri­t­ure de Frédéric Neige s’in­scrit dans une réal­ité post-mod­erne brisée, où il est de plus en plus dif­fi­cile de vivre. Entre guer­res et mal­adies, il faut donc sur­vivre et chercher les moyens de sa pro­pre exis­tence au-delà de la mort de la société humaine. La quête du bon­heur est un jeu à haut risque qui doit revoir ses règles et sa forme. Les fic­tions de Frédéric Neige témoignent de cela. Elles n’ont pas à cœur de rechercher une cohérence où une vraisem­blance par rap­port à une réal­ité famil­ière. Elles utilisent, au con­traire, comme cer­taines ban­des dess­inées ou cer­tains films, le mode fan­tas­tique pour traiter avec vio­lence et bon­heur, mais sans con­trainte linéaire, l’idée qu’il a du monde dans lequel nous vivons. 

Dieu 

UN DÉSERT de grande ville, genre ter­rain vague où l’on tue les goss­es mais où l’on peut encore ren­con­tr­er Gand­hi, l’ouvrier Karl Marx, la Princesse Tarakanawa et sans doute d’autres que l’on ne recon­naî­tra pas tout de suite. Çà et là, écrits, des graf­fi­ti con­tre le silence : « Bro­ken deal », « Tags of soledad », « Spande una mor­tale pace », « Lover killer », « Save the chil­dren ». Le monde brûle parce que c’est la seule solu­tion de résur­rec­tion : entre l’ombre et la lumière, il y a les Pro­tégées de l’U­nivers et de temps en temps, comme un feu clig­no­tant, un champ de coqueli­cots qui nous aver­tit par inter­mit­tence de la pos­si­bil­ité du bon­heur. Tout se passe après l’in­sur­rec­tion, quand, aveu­gles comme des guer­ri­ers, nous atten­dons, au terme d’un compte à rebours apoc­a­lyp­tique2, la promesse de l’Annonce, faite en let­tres cap­i­tales à ceux qui sont là : « REBIRTH »3. Entre poésie philosophique et spir­i­tu­al­ité apho­ris­tique, une écri­t­ure de sci­ence-fic­tion qui vocif­ère et lucifère au sens lit­téral. Parce que celui qui porte le feu malé­fique porte aus­si la lumière, il n’y a pas de sagesse sans vio­lence libéra­trice ni de cru­auté sans espoir d’amour rédemp­teur. Et puis les indis­sol­ubles liens entre Éros et Thanatos depuis la nuit des temps : ce qui meurt renaît, ce qui naît finit par mourir ; reste à savoir ce que l’on doit faire, et com­ment, entre-temps. Le texte ne nous le dit pas. Il nous par­le seule­ment de cette fatale et implaca­ble courbe vitale sec­ouée par les séismes inhérents à la nature peu humaine. On croit voir l’homme comme une bille dans un flip­per, frap­pé soudaine­ment par le bon­heur ou le mal­heur, tou­jours par un faux des­tin qui lui fait croire qu’il a le droit de choisir où il va. Après une durée iné­gale, l’homme meurt en lais­sant des mes­sages de pro­créa­tion. 

CR

DIEU
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Tirages légers, n° 8, Carnières, 1994.
Lec­ture publique dirigée par Jacques Del­cu­vel­lerie, dans le cadre des Scènes blanch­es du Théâtre Varia, Brux­elles, 1993.

  1. Comé­di­enne et mem­bre du Groupov. ↩︎
  2. La pièce est con­stru­ite suiv­ant un décompte qui va de 33 à 0 et qui découpe la pièce en autant de tableaux. ↩︎
  3. Titre du dernier tableau de la pièce. ↩︎
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Écrit par Corinne Rigaud
Corinne Rigaud est née à Orange, un trois avril. Elle a déjà dit qu’elle aimait les jupes de...Plus d'info
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