NÉ À PARIS en 1956.

Il travaille avant d’aller à l’école. Celle du théâtre. Il y restera deux ans et deviendra acteur. Il jouera jusqu’à Jack the Ripper dans LULU/LOVE/LIFE de Francine Landrain1. Depuis, il est chargé de cours au Conservatoire royal de Liège, il écrit et met en scène. En 1997, il fonde sa propre compagnie : « Fraction Neige » et crée LES ANNÉES FLÉAUX de Norman Spinrad. L’écriture de Frédéric Neige s’inscrit dans une réalité post-moderne brisée, où il est de plus en plus difficile de vivre. Entre guerres et maladies, il faut donc survivre et chercher les moyens de sa propre existence au-delà de la mort de la société humaine. La quête du bonheur est un jeu à haut risque qui doit revoir ses règles et sa forme. Les fictions de Frédéric Neige témoignent de cela. Elles n’ont pas à cœur de rechercher une cohérence où une vraisemblance par rapport à une réalité familière. Elles utilisent, au contraire, comme certaines bandes dessinées ou certains films, le mode fantastique pour traiter avec violence et bonheur, mais sans contrainte linéaire, l’idée qu’il a du monde dans lequel nous vivons.
Dieu
UN DÉSERT de grande ville, genre terrain vague où l’on tue les gosses mais où l’on peut encore rencontrer Gandhi, l’ouvrier Karl Marx, la Princesse Tarakanawa et sans doute d’autres que l’on ne reconnaîtra pas tout de suite. Çà et là, écrits, des graffiti contre le silence : « Broken deal », « Tags of soledad », « Spande una mortale pace », « Lover killer », « Save the children ». Le monde brûle parce que c’est la seule solution de résurrection : entre l’ombre et la lumière, il y a les Protégées de l’Univers et de temps en temps, comme un feu clignotant, un champ de coquelicots qui nous avertit par intermittence de la possibilité du bonheur. Tout se passe après l’insurrection, quand, aveugles comme des guerriers, nous attendons, au terme d’un compte à rebours apocalyptique2, la promesse de l’Annonce, faite en lettres capitales à ceux qui sont là : « REBIRTH »3. Entre poésie philosophique et spiritualité aphoristique, une écriture de science-fiction qui vocifère et lucifère au sens littéral. Parce que celui qui porte le feu maléfique porte aussi la lumière, il n’y a pas de sagesse sans violence libératrice ni de cruauté sans espoir d’amour rédempteur. Et puis les indissolubles liens entre Éros et Thanatos depuis la nuit des temps : ce qui meurt renaît, ce qui naît finit par mourir ; reste à savoir ce que l’on doit faire, et comment, entre-temps. Le texte ne nous le dit pas. Il nous parle seulement de cette fatale et implacable courbe vitale secouée par les séismes inhérents à la nature peu humaine. On croit voir l’homme comme une bille dans un flipper, frappé soudainement par le bonheur ou le malheur, toujours par un faux destin qui lui fait croire qu’il a le droit de choisir où il va. Après une durée inégale, l’homme meurt en laissant des messages de procréation.
CR
DIEU
Publié aux Éditions Lansman, collection Tirages légers, n° 8, Carnières, 1994.
Lecture publique dirigée par Jacques Delcuvellerie, dans le cadre des Scènes blanches du Théâtre Varia, Bruxelles, 1993.

