Gaston Compère
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Gaston Compère

Le 4 Août 1997
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Gaston Compère
Gas­ton Com­père

NÉ À CONJOUX (Ciney) en 1924. 

Pro­fesseur, romanci­er et dra­maturge. Chez Gas­ton Com­père, la souf­france et le bon­heur d’écrire se con­fondent et sont une métaphore de la dif­fi­culté d’être. Son grand corps carthagi­nois, mal pré­paré aux dérobades du monde sen­si­ble, son goût des calem­bours, son regard en porte-à-faux der­rière les lunettes, clair, ébloui : tout révèle l’en­fant qu’il est resté et le rêve édénique qui est le sien. La part d’en­fance qui est en nous, et dont nous nous ser­vons pour bercer nos échecs, Gas­ton Com­père en fait un autre usage. Celui de met­tre une étrange dose de gra­tu­ité appar­ente dans ses pièces, lui pour qui écrire est une ques­tion de vie ou de mort.
Ce grand romanci­er est en secret un des plus habiles manip­u­la­teurs de mar­i­on­nettes de notre comédie humaine.
Aus­si, au théâtre, le magi­cien à qui on doit une quin­zaine de pièces et d’adaptations se sert-il par­fois de la pro­fondeur acquise du romanci­er pour ressur­gir de l’autre côté des défens­es du monde, là où on ne l’at­tend pas. Le plus prodigieux effet que Gas­ton Com­père ait pu tir­er de sa vir­tu­osité et de son amour inqui­et des hommes, c’est le règne para­dox­al de la mort. Lorsqu’on exam­ine l’art volon­tariste de Com­père, son human­isme de sur­face ne résiste pas au sec­ond coup d’œil, et le pes­simisme inté­gral en est la seule et claire musique. Ce n’est pas seule­ment qu’on meurt beau­coup dans les pièces de Com­père : c’est encore qu’au­cune lumière ne rachète la mort, et que le dia­ble gagne tou­jours.
Gas­ton Com­père, artiste très savant et très lucide, le moins naïf des créa­teurs, n’ou­blie jamais d’of­frir quelques gouttes de son ardeur en liba­tion à la Bête. Lorsqu’il par­le des hommes, sa devise pour­rait être ces mots du Christ sur la croix : « Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Le rem­part de Baby­lone 

PIÈCE DE CRISE qui a pour sujet appar­ent le bom­barde­ment de Dres­de, et pour sujet réel la folie des hommes dans leur agi­ta­tion d’in­sectes. Presque un huis-clos dans un vieux train arrêté au large d’une ville qu’on bom­barde. Une jeune femme peureuse et naïve, un jeune homme ironique et agres­sif, un con­duc­teur impuis­sant face aux pannes de courant. On retrou­ve le cadavre du con­trôleur, qui écrasera de sa présence le reste de la pièce.
Arrive une folle un peu mys­tique. Elle délire sans arrêt, dans le genre sur­vivante de Sodome et Gom­or­rhe. Les bombes con­tin­u­ent à tomber. La ville est en flammes. Ce pour­rait être Baby­lone. Un de ces endroits qui ne ressus­ci­tent jamais.
J’écris ceci dans une ville par­faite au bord d’un fleuve. Il fait jour. Je sais très bien pour­tant qu’il fait nuit, et que Baby­lone n’est pas loin. Nous avons eu beau faire : nous ne sommes jamais sor­tis de Baby­lone, de ses jardins sus­pendus où pro­lifèrent les plantes car­ni­vores, de ses per­son­nages cru­els et céré­monieux, des têtes de clous de leur lan­gage ini­ti­a­tique qui cache des gouf­fres d’âme effrayants. 

L’écharpe d’Iris (Enquête d’i­den­tité) 

JEU SUR LE THÈME de Brux­elles, dont l’Iris, pris ici dans son dou­ble sens de femme et de fleur, est l’emblème. Mais l’ac­céléra­tion subite et baroque du dis­posi­tif ini­tial débouche en quelques min­utes sur une vir­u­lence inat­ten­due.
Iris et son Âme Gud­ule qui par­le en fla­mand. Iris qui perd son sens moral… Cinq autres per­son­nages. Tous appren­tis-cadavres. Ils cul­tivent le goût du men­songe et la mort des pas­sions. Drôle d’ascèse…
Quand la vir­u­lence de la vie cède La place à une car­casse en proie aux vers, il n’est plus que de se retir­er dans quelque tour d’ivoire, dans quelque block­haus, dans quelque trappe. La vérité d’un être qui veut faire son salut est le silence, rien que le silence. La parole est son ver­tige, et son humaine faib­lesse, et son péché.
Mais dans L’ÉCHARPE D’IRIS, où les deux per­son­nages majeurs, Iris et l’auteur, sont explicites jusqu’à la prémédi­ta­tion, la parole n’est pas tant un dévoile­ment que l’orchestre de tam­bours et de cuiv­res qui accom­pa­gne une céré­monie. Offi­cielle par son appa­rat (elle révèle la vérité des âmes à tra­vers la forme d’une ville), elle est intime par son enjeu (le salut des per­son­nages se joue dans le mys­tère du cœur).
Jamais l’én­ergie orale, l’ébriété créa­trice de Com­père, n’ont été aus­si habiles, aus­si méthodiques et aus­si païennes que dans ces per­pétuels frag­ments de dis­cours qui s’échangent et sif­flent comme des flèch­es, pour l’éd­i­fi­ca­tion des « messieurs et mes­doudounes » du pub­lic. La Bel­gique existe-t-elle ? On sort de cette ker­messe héroïque sans aucune cer­ti­tude à ce sujet. Tel machin­iste qui se croy­ait dans le Parc de Brux­elles se retrou­ve en Suisse, telle tra­ver­sée du désert, qui devait con­duire à une oasis, aboutit à ce pays où rien n’est per­mis, sinon la mer­veilleuse dérai­son de la parole poé­tique sor­tie de ses gonds et qui oscille, avant de s’abattre.
 L’au­teur tout entier, en esprit comme en per­son­nage, tra­verse et troue l’action, agi­tant avec une vio­lence joyeuse son fais­ceau de mots comme « un grand fou­et bar­belé ». 

Richard 

COMME L’ÉCHARPE D’IRIS, ce RICHARD est d’abord le résul­tat d’une com­mande et non pas d’une néces­sité intérieure. Et comme L’ÉCHARPE D’IRIS, l’e­sprit analogique de Com­père lui sug­gère aus­sitôt une sub­ver­sion bru­tale de l’idée de départ. Telle une source chaude jail­lis­sant sur la glace, elle sape et anéan­tit par sa créa­tion même le cou­ver­cle rigide ini­tial. L’idée orig­inelle était séduisante et super­fi­cielle : créer un per­son­nage du nom de Richard, fils du Pdg d’une énorme multi­na­tionale, et lui don­ner le même itinéraire que celui de Richard de Shake­speare dans RICHARD III. Mais à l’hy­pothèse d’un Pdg ou d’un roi aimant le pou­voir pour le pou­voir, Com­père sub­stitue la fig­ure plus écla­tante d’un pas­sion­né du pou­voir pour le diver­tisse­ment — au sens pas­calien. Aus­sitôt, la van­ité des hommes et la dureté de leurs con­duites se figent dans l’é­clat aveuglant d’une lumière de lab­o­ra­toire. Ce per­son­nage de Richard est ten­té par la sain­teté, il y rêve quelque­fois entre deux des­tins de machines. Mais il n’y parvien­dra pas. Les néces­sités de la pro­duc­tion et les flics du réel finiront par avoir sa peau : abat­tu d’une balle à bout por­tant à la dernière scène.
Chez Com­père, les morts sont tou­jours explicites. Elles ne sont pas naufrage de l’espoir mais liq­ui­da­tion physique. Il est vrai que ses per­son­nages, avec leur ardeur ani­male et lucide, sont durs à cuire et que pour les sor­tir du jeu, il faut les grands moyens. 

YM

Œuvres théâ­trales

POURRIR PAR LES ORTEILS
Créa­tion dans une mise en scène de François Maistre au Théâtre de Poche, Brux­elles, en 1977.
Dis­tri­b­u­tion : 4 per­son­nages
Durée : 1h30

LE REMPART DE BABYLONE
Pub­lié aux Édi­tions Noc­turnes, Brux­elles, 1989.
Créa­tion par le Théâtre
Impop­u­laire dans une mise en scène d’Alain Pop­u­laire, en 1977.
Dis­tri­b­u­tion : 6 per­son­nages
Durée : 1h30

GUEULE DE GLACE
Créa­tion par la Com­pag­nie
Yvan Bau­douin dans une mise en scène d’Yvan Bau­douin, en 1981.
Dis­tri­b­u­tion : 3 per­son­nages
Durée : 1h30

LE BOUT DU MONDE
Créa­tion dans une mise en scène d’O­livi­er Thie­len aux Midis du Rideau de Brux­elles, en 1984.
Dis­tri­b­u­tion : 3 per­son­nages
Durée : 1h30

SADE, DISAIT-IL
Lec­ture-spec­ta­cle au Palais des Con­grès de Liège en 1984.
Dis­tri­b­u­tion : 4 per­son­nages
Durée : 1h30

RICHARD
Pub­lié aux Édi­tions
Les Éper­on­niers, Brux­elles, 1992.
Créa­tion dans une mise en scène de Jean-Paul Humpers au Théâtre du Parc, en 1992.
Dis­tri­b­u­tion : 20 per­son­nages
Durée : 2h20

L’ÉCHARPE D’TRIS
Lec­ture publique
par le Mag­a­sin d’Écriture théâ­trale dans une mise
en espace de Raphaël Anci­aux, à l’E­space Sen­g­hor, le 15 mai 1993.
Dis­tri­b­u­tion : 6 per­son­nages
Durée : 1h

LA TRAGÉDIE DU TÉMÉRAIRE
Mono­logue.
Créa­tion par la Com­pag­nie Yvan Bau­douin — Lesly Bun­ton dans une mise en scène
d’Yvan Bau­douin, le 7 mars 1995.
Durée : 1h30

Adap­ta­tions

DOMMAGE QU’ELLE SOIT UNE PUTAIN
de John Ford
Créa­tion au Théâtre de Poche
en 1982.

DAMIEN
d’Aldith Mor­ris
Créa­tion au Théâtre de Poche
en 1982.

LE CAUCHEMAR DE L’ACTEUR
de Christo­pher Durang
Créa­tion au Théâtre de Poche
en 1983.

SŒUR MARIE-IGNACE VOUS EXPLIQUE TOUT
de Christo­pher Durang
Créa­tion en 1983.

LA MANDRAGORE
de Machi­av­el
Créa­tion au Théâtre de Poche
en 1983.

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