LA CARRIÈRE de Jacques Henrard (1920, Mont-sur-Marchienne) a toujours oscillé entre le théâtre et le roman, la pratique de l’un venant en contrepoint de l’autre. Après le travail solitaire de longue haleine de l’écriture romanesque, il aime à se plonger dans celui, plus collectif, de la création théâtrale à laquelle il est venu après avoir publié L’HOMME BRUN et L’ÉCLUSE DE NOVEMBRE (prix Rossel 1965). S’il peut ainsi passer d’un genre à l’autre avec un égal bonheur, c’est parce qu’«auditif » avant tout, il écrit ses phrases à haute voix. Une grande partie de sa formation théâtrale provient d’ailleurs de l’écoute assidue des dramatiques radiophoniques que diffusaient les radios des années 40 et 50. Jacques Henrard a aussi vu beaucoup de pièces puisque depuis vingt-cinq ans, il tient la chronique théâtrale de la section hutoise du journal Vers l’avenir.
Couleurs de femmes
COMME LA FEMME a toujours été un motif omniprésent dans la peinture figurative, Jacques Henrard a imaginé la conversation (parfois agitée) entre une dame — à la fois le modèle et sa représentation — et des artistes célèbres (Monet, Van Gogh, Gauguin…) ou porte-parole d’un mouvement pictural (le peintre classique, expressionniste..….) De cette confrontation se dégagent non seulement les caractéristiques des grandes tendances de la peinture à travers les siècles, mais aussi les rapports entre le peintre et la femme, les relations (difficiles) entre les deux sexes.
La guerre des fous
PLUS que les événements qui amenèrent à la genèse de la Compagnie de Jésus, en 1540, ce sont les rapports entre les hommes qui la créèrent que met en scène l’auteur. Et plus particulièrement, ceux d’amitié, de haine, de pouvoir — d’amour latent ?— entre François Yassu de Xavier, fils d’un haut fonctionnaire (ruiné) de Navarre et Ignace de Loyola qui s’était battu contre les frères de François à Pamplune. Autant dire que leurs premiers contacts au collège Sainte-Barbe furent orageux. Mais François, comme beaucoup de ses condisciples, allait tomber sous l’influence d’Ignace et, en 1534, ils se lièrent par les mêmes vœux de pauvreté, de chasteté, et de pèlerinage en Terre Sainte. Ce dernier n’eut jamais lieu et ces hommes se mirent au service du pape. Pendant qu’Ignace exercera son autorité, François ira mourir aux abords de la Chine.
Les confrontations entre ces hommes — et d’autres — de la Compagnie de Jésus sont écrites dans une langue toute teintée d’humour, de lyrisme et d’archaïsme dans la plus pure tradition du genre historique.
Jacques Henrard a toujours prêté une oreille attentive aux autres, à leurs souffrances, à leurs blessures. À leur langage aussi. Une partie de son théâtre reflète d’ailleurs le parler particulier de ses personnages. CINQ ANS ET DES CADEAUX est écrit comme parle un petit enfant, CIEL NUAGEUX AVEC DES ÉCLAIRCIES comme s’exprime une épicière du milieu populaire… Remarquons aussi que presque toutes ses pièces depuis 1978 mettent en scène les femmes (à des âges différents) et leurs déchirures. Si Jacques Henrard aime à se définir comme quelqu’un d’«auditif », nous ajouterons qu’il possède avant tout l’écoute du cœur.
MZ
Œuvres théâtrales
TU NE CROIS PAS QU’ON NOUS REGARDE ?
Création dans une mise en scène de Guy Lesire aux Chiroux, Liège, en avril 1974.
Prix de littérature dramatique de la Province de Liège en 1969.
LE BAL DES BELLES
Création dans une mise en scène
de José Brouwers au Théâtre
Arlequin, Liège, en 1978.
Prix Charles Plisnier en 1973.
CIEL NUAGEUX AVEC DES ÉCLAIRCIES
Création dans une mise en scène d’André Deflandres au couvent des Frères mineurs, Huy, 1985.
Distribution : 1 femme
Durée : 1h15
LA PETITE GARE DES RENDEZ-VOUS
Prix quinquennal du Conseil de la Communauté française en 1985.
LE LAC DE BOLSENA
Publié à la Théâtrothèque de Lorraine, en 1986.
Création dans une mise en scène de Henri Ruder au Rideau de Bruxelles, en avril 1986.
Distribution : 2 femmes, 1 homme
Durée : 1h
DE PIERRE ET DE SANG
Publié dans Les Annales du Cercle hutois des sciences et des beaux-arts, en 1989.
Création dans une mise en scène de Dominique Gérard à la collégiale de Huy, en 1988.
Distribution : 2 femmes, 8 hommes, et de nombreux figurants
Durée : 2h
ENTRE FLEUVE ET TORRENT
Publié aux Éditions Identités, Amay, 1991.
Création dans une mise en scène de Jean-Paul Jauniaux au cloître des Frères mineurs, Huy, en août 1991.
Distribution : 3 femmes, 11 hommes, et de nombreux figurants
Durée : 2h
CINQ ANS ET DES CADEAUX
Création par la Compagnie de l’Ours dans une mise en scène de Marc Gooris au Théâtre de la Courte Échelle, Liège, en 1993.
Distribution : 1 femme
Durée : 1h15
COULEURS DE FEMMES
Publié à la Maison de la Poésie d’Amay, en 1994.
Création par la Compagnie de l’Ours dans une mise en scène de Marc Gooris au Théâtre
Le Moderne, Liège, en septembre 1994.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h30
LA GUERRE DES FOUS
Création par la Compagnie les Survivants dans une mise en scène de Jean-Pierre Callens au Centre culturel de Huy, en avril 1995.
Distribution : 3 femmes, 17 hommes
Durée : 2h

