NÉ À ANVERS en 1923.
« La vie est le seul raccourci d’un néant à l’autre », peut-on lire dans LES PENSÉES de Jacques Sternberg, indice de l’omniprésence de la mort dans son œuvre. La seule façon pour lui d’ignorer cette échéance, c’est d’écrire « comme un damné ». Il n’a cessé de le faire depuis 1945, en tant que chroniqueur (Magazine Littéraire), journaliste (France-Soir, Nouvel Observateur, Express), romancier, nouvelliste, créateur de revue (Le Mépris), scénariste (JE T’AIME, JE T’AIME, d’Alain Resnais), pour ne citer que quelques-uns des genres utilisés pour renvoyer au monde le reflet critique qu’il lui inspire. Une lucidité implacable, le désenchantement, aiguisent sa plume trempée dans l’humour noir pour mieux toucher-couler l’absurdité de notre existence et de ses préoccupations mesquines, à moins que ce ne soit celle de la vie. LES PENSÉES nous fournissent des exemples fulgurants : « Quoi de plus facile que de définir la vie : parcours qui mène de la grande surface à la petite fosse », ou encore : « L’homme ressemble de très près au caméléon. Il a, lui aussi, la faculté de prendre la couleur exacte de l’environnement où il trouve son profit. » Sans commentaire.
Kriss l’emballeur
KRISS. Un nom qui crisse comme une menace, qui décape comme le personnage, sous une apparente absurdité. Kriss, celui qui emballe plus vite que son ombre, dont la seule évocation fait trembler les employés de « La Préservative », entreprise qui construit et fabrique des « cubes ». Téléviseurs ou tout autre produit sans lequel nous vivions hier, mais que mode et médiatisation nous rendent indispensables. C’est au département vente par correspondance que Kiss va débarquer, amplifiant la panique provoquée par l’annonce de son arrivée. Il paralyse tout le monde, ridiculise la figure d’autorité qu’est le shérif, et n’emballe pas seulement des cubes mais aussi une des Nicole, car aux ventes par correspondance, elles s’appellent toutes Nicole, pour plus de facilité. Après avoir exterminé tous les autres employés en dehors de ce service, il révélera ne faire qu’un avec l’Anonyme qui dirige la société depuis vingt ans, sans qu’un employé n’ait jamais vu son visage. Le discours final, présentant l’extermination comme le seul remède pour la santé de l’entreprise, atteint le sommet du cynisme, tissu même de la pièce.
VT
Œuvres théâtrales
C’EST LA GUERRE, MONSIEUR GRÜBER
Publié aux Éditions Losfeld, 1968.
Création par la ComédieFrançaise dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, à l’‘Odéon, Paris, en 1973.
KRISS L’EMBALLEUR
Création dans une mise en scène de Patrick Descamps au Théâtre de l’Ancre, à Charleroi, en 1981.
Distribution : 4 femmes, 6 hommes
UNE SOIRÉE COMME UNE AUTRE
Distribution : 4 femmes, 12 hommes
KRISS L’EMBALLEUR
et UNE SOIRÉE COMME UNE AUTRE sont publiés dans un même recueil aux Éditions Christian Bourgois, 1979.

