NÉ À MOUSTIER-SUR-SAMBRE en 1934.
En Wallonie, Jean Louvet est une conscience. Un rappel inlassable à la mémoire, à l’identité culturelle. Pour lui, un « peuple qui n’entretient pas de rapport avec son passé ne peut avoit d’avenir…» La biographie de Jean Louvet tient un peu de la légende : ses origines prolétariennes, l’enfant doué qui doit à tout prix échapper à sa condition sociale, l’aristocrate qui lui ouvre sa bibliothèque, l’université… et Le fils de mineur devient professeur de français. Il s’établit alors à La Louvière, région industrielle mais aussi patrie d’une école surréaliste. À l’heure des grands mouvements sociaux des années soixante, Jean Louvet a déjà écrit un roman. Militant de gauche, il collabore à un groupe de réflexion avec lequel il fonde le Théâtre Prolétarien. Les maîtres à penser sont Brecht et Piscator. À la demande du groupe, il écrit une pièce sur les grèves qui ont ébranlé le pays. Ce premier texte, LE TRAIN DU BON DIEU, égratigne les grandes illusions politiques qui ont galvanisé la classe ouvrière. Devenu un des plus importants dramaturges de Wallonie, Jean Louvet restera fidèle au Théâtre Prolétarien (aujourd’hui Studio-Théâtre de La Louvière), sorte de laboratoire, de champ d’action par le théâtre. En 1970, les Éditions du Seuil acceptent le manuscrit de À BIENTÔT MONSIEUR LANG. Marc Liebens monte la pièce deux ans plus tard, offrant ainsi à Jean Louvet la reconnaissance du monde théâtral professionnel.
Conversation en Wallonie
JONATHAN est le fils de Grégoire, le mineur. Enfant prodige, doué à l’école, il charme par son chant et force l’admiration de tout le village. Malgré les difficultés matérielles, au prix de nombreux sacrifices et avec l’aide des notables, Jonathan entreprend des études. Il doit devenir quelqu’un, sortir du cercle infernal de la pauvreté et de l’exploitation. « Il ne se fera pas crever comme nous…» Peu à peu, Jonathan rompt avec ses compagnons de jeu, il s’éloigne sensiblement de ses parents, l’incompréhension s’installe, on ne trouve plus les mots pour se parler, le fils a un peu honte de l’ignorance des siens. Devenu professeur de français, Jonathan s’engage dans la lutte ouvrière. Mais lorsqu’il revient parfois au village, il sent bien, à travers les mots de sa mère, qu’il n’est pas des leurs, qu’il n’appartient pas au monde ouvrier. Un soir, son souvenir convoque le père, mort de la silicose, pour une conversation qu’ils n’ont jamais eue. « Plus tu étudiais, plus je me sentais ouvrier » lui dit Grégoire. Devenu intellectuel, Jonathan a‑t-il trahi le prolétariat ?
L’homme qui avait le soleil dans sa poche
D’UNE GÉNÉRATION à l’autre, que peut-on sauver de la mémoire d’une région ? Pour Alexandre, Léonce, Christiana, Gabrielle, les cartes se sont peu à peu brouillées. Leur histoire s’enfonce dans les brumes de l’oubli et tant bien que mal, ils essaient d’en réemboîter les bribes. Ils s’accrochent aux décombres de l’histoire dont ils ont été les témoins, les produits et les victimes. En vain, puisque les années de servitude, de rêves et de combats n’ouvrent aucun avenir à leurs enfants. Symbole de la lutte ouvrière, le député communiste Julien Lahaut, assassiné pour avoir crié « Vive la république » lors de la prestation de serment du roi Baudouin, n’est plus qu’un spectre menacé par la poussière. Son discours, porteur d’un idéal collectif, se révèle dogmatique et vient se dissoudre dans une société sans points de repères. Car Vinciane, l’adolescente, refuse le discours politique et la vision d’un monde divisé entre bons et mauvais. Dans sa révolte, il n’y a plus de place pour l’utopie.
Simenon
« VOUS N’ÊTES PAS nés pour traîner dans un roman de gare…» dit le Rexiste aux autres personnages, ceux qui hantent la vie et l’œuvre de Georges Simenon. Au tribunal de la mémoire, tous sont convoqués. Il y a Maigret, le héros bonhomme, le « père » de ceux qui n’ont pas eu de chance, Maigret qui arrange tout puis « va pêcher à la ligne et pense à sa retraite ». Il y a le clochard et la prostituée, ces gens « des marges » qui fascinent Simenon. Il y a la famille, le spectre du père, tranquille et sans haine, Christian, le frère, le rexiste, l’assassin, l’enfant préféré d’Henriette, la mère. Et, se débattant dans tous ses fantômes, Simenon, célèbre et admiré mais maudit par sa mère qui le gronde, l’écarte, l’ignore, qui le voudrait mort.. Pour verser du baume, Simenon se cherche désespérément une identité par-delà les mensonges et les grimaces du succès : « J’ai fait comme beaucoup, j’ai tiré mon plan, pas tout à fait blanc, pas tout à fait résistant…» Par l’écriture, il apprend « les solutions de la solitude ».
De la structure en tableaux aux dialogues éclatés, Jean Louvet déconstruit la forme. Pour mieux démonter les multiples mécanismes de l’aliénation, pour interroger les impasses d’une société, d’une culture, d’une histoire. Impasses du sens, sens des impasses…
ND
Œuvres théâtrales
LE TRAIN DU BON DIEU
Publié dans les Cahiers théâtre Louvain, n° 2, Louvain-la-Neuve, 1976.
Création par le Théâtre Prolétarien de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur, en avril 1962.
Nouvelle création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, à Avignon, en juillet 1975.
Distribution : 3 femmes, 8 hommes
L’AN UN
Création par le Théâtre
Prolétarien de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur, en février 1963.
Nouvelle création par le Théâtre national de Belgique dans une mise en scène de Jean-Claude Huens, en 1964.
Création en allemand et en flamand par le Tonneel Vandaag, dans une traduction de Jo Van Osselt, et une mise en scène de Rudi van Vlaenderen, en Allemagne de l’Est et en Flandre.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
MORT ET RÉSURRECTION DU CITOYEN JULIEN T
Création par l’Atelier-Théâtre de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur, en février 1967.
Distribution : 6 femmes, 18 hommes
L’AMÉNAGEMENT
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre en Tête, n° 4, Carnières, 1990.
Publié en américain aux Éditions Whitston, New York (Troy), 1985.
Création par la Comédie de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur, en novembre 1984.
Nouvelle création par La Barraca dans une mise en scène de Nabil EI Azan au Théâtre Arcane à Paris, en janvier 1990.
Création en lecture scénique en américain sous le titre THE FURNISHINGS dans une traduction de David Willinger à l’‘Ubu Repertory Theater, à New York.
Distribution : 3 femmes, 2 hommes
À BIENTÔT, MONSIEUR LANG
Publié aux Éditions Le Seuil, collection T., Paris, 1970.
Nouvelle publication aux Éditions Labor, Bruxelles, 1984.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre du Parvis à Bruxelles, en janvier 1972.
Distribution : 5 femmes, 8 hommes
LE BOUFFON
Publié aux Éditions Christian Bourgois, Paris, 1974.
Création par le Théâtre Prolétarien de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur, en mars 1972.
Distribution : 7 hommes
LES CLIENTS
Publié aux Éditions Christian Bourgois, Paris, 1974.
Création par le Théâtre Prolétarien de La Louvière dans une mis en scène de l’auteur, en avril 1974.
Distribution : 6 femmes, 12 hommes
CONVERSATION EN WALLONIE
Publié aux Éditions Jacques Antoine, Bruxelles, 1978.
Nouvelle publication dans les Cahiers du théâtre des pays du Nord, Béthune, n° 24, 1991.
Nouvelle édition revue par l’auteur chez Labor, coll. Espace Nord, n° 116, Bruxelles, 1997.
Création par le Théâtre Prolétarien de La Louvière dans une mise en scène de l’auteur en avril 1972.
Nouvelle création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Tournai, en 1977.
Nouvelle création sous le titre AU NOM DU PÈRE dans une mise en scène de Jean-Louis MartinBarbaz, au Centre dramatique national du Nord, Béthune, en 1991.
Traduit en néerlandais par Pierre Bourgeois.
Distribution : 9 femmes, 9 hommes
L’HOMME QUI AVAIT LE SOLEIL DANS SA POCHE
Publié dans Textes pour Didascalies, n° 2, Bruxelles, 1982.
Création par le Théâtre du Crépuscule dans une mise en scène de Philippe Sireuil, en janvier 1982.
Création en néerlandais par le Théâtre du Globe dans une traduction de Paul De Bruyne et Theu Boermans et une mise en scène de Theu Boermans à Eindhoven aux Pays-Bas.
Traduit en italien par Gianni Poli et en américain par David Willinger.
Distribution : 5 femmes, 3 hommes
UN FAUST
Publié dans Textes pour Didascalies, n° 9, Bruxelles, 1985.
Nouvelle publication, précédé de CONVERSATION EN WALLONIE, aux Éditions Labor, Bruxelles, 1997.
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Bruxelles, en mai 1985.
Prix de la SACD et Grand Prix triennal de littérature dramatique en 1985.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
LE GRAND COMPLOT
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n° 1, Carnières, 1990.
Création par la Compagnie de la Louve dans une mise en scène de Yves Vasseur Jean-Louis Langlais et Claude Renard à La Louvière, en 1990.
Distribution : 35 femmes, 35 hommes
LE SABRE DE TOLÈDE
Création par le Studio-Théâtre de La Louvière dans une mise en scène de Pierre Louvet, en novembre 1993.
Distribution : 2 femmes, 3 hommes
JACOB SEUL
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n°5, Carnières, 1990.
Création par le Studio-Théâtre de La Louvière dans une mis en scène de Pierre Louvet, en octobre 1989.
Nouvelle création par La Barraca dans une mise en scène de Nabil El Azan au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, en décembre 1990.
Traduit en italien par Gianni Poli.
Distribution : 1 homme
UN HOMME DE COMPAGNIE
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n° 37, Carnières, 1993.
Création par le Studio-Théâtre de La Louvière dans une mise en scène de Pierre Louvet, en novembre 1992.
Nouvelle création dans une mise en scène d’Armand Delcampe à l’Atelier Théâtral de Louvainla-Neuve, en février 1994.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
SIMENON
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n° 43, Carnières, 1993.
Création dans une mise en scène d’Armand Delcampe à l’Atelier
Théâtral de Louvain-la-Neuve, en septembre 1994.
Traduit en anglais par Kristen Johnson.
Distribution : 3 femmes, 13 hommes
LA NUIT DE COURCELLES
Écrit en collaboration avec Armand Deltenre.
Publié aux Éditions Lansman, Carnières, 1994.
Création par le Studio-Théâtre de La Louvière, dans une mise en scène de Jacques Herbet, Pierre Louvet et Michel Meurée, à Trazegnies, en 1994.
Distribution : 50 acteurs et actrices
LE COUP DE SEMONCE
Publié aux Éditions de l’Institut Jules Destrée, Charleroi, 1995.
Création par le Centre dramatique hainuyer dans une mise en scène de Jacques Herbet, à Liège, en octobre 1995.
Distribution : 9 rôles féminins joués par deux actrices, 46 rôles masculins joués par 8 acteurs
L’ANNONCE FAITE À BENOÎT
Publié aux Éditions Lansman, collection Nocturnes Théâtre, n° 20, Carnières, 1997.
Création par le Studio-Théâtre dans une mise en scène de Pierr Louvet à Strépy-Bracquegnies, en octobre 1996.
Traduit en danois par Gudmund Bager.
Distribution : 2 hommes
À consulter
Textes pour Didascalies, n° 2 (numéro spécial consacré à Jean Louvet), 1982.
Textyles, n° 2, « Lectures de Jean Louvet », janvier 1986.
Marc Quaghebeur,
LETTRES BELGES ENTRE ABSENCE
ET MAGIE, Éditions Labor, collection Archives du futur, Bruxelles, 1990.
Jean Louvet,
LE FIL DE L’HISTOIRE. POUR UN THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI,
Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1991.

