Jean Louvet
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Jean Louvet

Le 1 Jan 1997
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NÉ À MOUSTIER-SUR-SAMBRE en 1934. 

En Wal­lonie, Jean Lou­vet est une con­science. Un rap­pel inlass­able à la mémoire, à l’i­den­tité cul­turelle. Pour lui, un « peu­ple qui n’entretient pas de rap­port avec son passé ne peut avoit d’avenir…» La biogra­phie de Jean Lou­vet tient un peu de la légende : ses orig­ines pro­lé­tari­ennes, l’en­fant doué qui doit à tout prix échap­per à sa con­di­tion sociale, l’aristocrate qui lui ouvre sa bib­lio­thèque, l’université… et Le fils de mineur devient pro­fesseur de français. Il s’établit alors à La Lou­vière, région indus­trielle mais aus­si patrie d’une école sur­réal­iste. À l’heure des grands mou­ve­ments soci­aux des années soix­ante, Jean Lou­vet a déjà écrit un roman. Mil­i­tant de gauche, il col­la­bore à un groupe de réflex­ion avec lequel il fonde le Théâtre Pro­lé­tarien. Les maîtres à penser sont Brecht et Pis­ca­tor. À la demande du groupe, il écrit une pièce sur les grèves qui ont ébran­lé le pays. Ce pre­mier texte, LE TRAIN DU BON DIEU, égratigne les grandes illu­sions poli­tiques qui ont gal­vanisé la classe ouvrière. Devenu un des plus impor­tants dra­maturges de Wal­lonie, Jean Lou­vet restera fidèle au Théâtre Pro­lé­tarien (aujourd’hui Stu­dio-Théâtre de La Lou­vière), sorte de lab­o­ra­toire, de champ d’ac­tion par le théâtre. En 1970, les Édi­tions du Seuil acceptent le man­u­scrit de À BIENTÔT MONSIEUR LANG. Marc Liebens monte la pièce deux ans plus tard, offrant ain­si à Jean Lou­vet la recon­nais­sance du monde théâ­tral pro­fes­sion­nel. 

Con­ver­sa­tion en Wal­lonie

JONATHAN est le fils de Gré­goire, le mineur. Enfant prodi­ge, doué à l’école, il charme par son chant et force l’admiration de tout le vil­lage. Mal­gré les dif­fi­cultés matérielles, au prix de nom­breux sac­ri­fices et avec l’aide des nota­bles, Jonathan entre­prend des études. Il doit devenir quelqu’un, sor­tir du cer­cle infer­nal de la pau­vreté et de l’ex­ploita­tion. « Il ne se fera pas crev­er comme nous…» Peu à peu, Jonathan rompt avec ses com­pagnons de jeu, il s’éloigne sen­si­ble­ment de ses par­ents, l’incompréhension s’installe, on ne trou­ve plus les mots pour se par­ler, le fils a un peu honte de l’ig­no­rance des siens. Devenu pro­fesseur de français, Jonathan s’en­gage dans la lutte ouvrière. Mais lorsqu’il revient par­fois au vil­lage, il sent bien, à tra­vers les mots de sa mère, qu’il n’est pas des leurs, qu’il n’ap­par­tient pas au monde ouvri­er. Un soir, son sou­venir con­voque le père, mort de la sil­i­cose, pour une con­ver­sa­tion qu’ils n’ont jamais eue. « Plus tu étu­di­ais, plus je me sen­tais ouvri­er » lui dit Gré­goire. Devenu intel­lectuel, Jonathan a‑t-il trahi le pro­lé­tari­at ?

L’homme qui avait le soleil dans sa poche

D’UNE GÉNÉRATION à l’autre, que peut-on sauver de la mémoire d’une région ? Pour Alexan­dre, Léonce, Chris­tiana, Gabrielle, les cartes se sont peu à peu brouil­lées. Leur his­toire s’en­fonce dans les brumes de l’ou­bli et tant bien que mal, ils essaient d’en réem­boîter les bribes. Ils s’accrochent aux décom­bres de l’histoire dont ils ont été les témoins, les pro­duits et les vic­times. En vain, puisque les années de servi­tude, de rêves et de com­bats n’ou­vrent aucun avenir à leurs enfants. Sym­bole de la lutte ouvrière, le député com­mu­niste Julien Lahaut, assas­s­iné pour avoir crié « Vive la république » lors de la presta­tion de ser­ment du roi Bau­douin, n’est plus qu’un spec­tre men­acé par la pous­sière. Son dis­cours, por­teur d’un idéal col­lec­tif, se révèle dog­ma­tique et vient se dis­soudre dans une société sans points de repères. Car Vin­ciane, l’adolescente, refuse le dis­cours poli­tique et la vision d’un monde divisé entre bons et mau­vais. Dans sa révolte, il n’y a plus de place pour l’u­topie. 

Simenon 

« VOUS N’ÊTES PAS nés pour traîn­er dans un roman de gare…» dit le Rex­iste aux autres per­son­nages, ceux qui hantent la vie et l’œuvre de Georges Simenon. Au tri­bunal de la mémoire, tous sont con­vo­qués. Il y a Mai­gret, le héros bon­homme, le « père » de ceux qui n’ont pas eu de chance, Mai­gret qui arrange tout puis « va pêch­er à la ligne et pense à sa retraite ». Il y a le clochard et la pros­ti­tuée, ces gens « des marges » qui fasci­nent Simenon. Il y a la famille, le spec­tre du père, tran­quille et sans haine, Chris­t­ian, le frère, le rex­iste, l’as­sas­sin, l’enfant préféré d’Hen­ri­ette, la mère. Et, se débat­tant dans tous ses fan­tômes, Simenon, célèbre et admiré mais mau­dit par sa mère qui le gronde, l’écarte, l’ignore, qui le voudrait mort.. Pour vers­er du baume, Simenon se cherche dés­espéré­ment une iden­tité par-delà les men­songes et les gri­maces du suc­cès : « J’ai fait comme beau­coup, j’ai tiré mon plan, pas tout à fait blanc, pas tout à fait résis­tant…» Par l’écri­t­ure, il apprend « les solu­tions de la soli­tude ». 

De la struc­ture en tableaux aux dia­logues éclatés, Jean Lou­vet décon­stru­it la forme. Pour mieux démon­ter les mul­ti­ples mécan­ismes de l’aliénation, pour inter­roger les impass­es d’une société, d’une cul­ture, d’une his­toire. Impass­es du sens, sens des impass­es… 

ND

Œuvres théâ­trales

LE TRAIN DU BON DIEU
Pub­lié dans les Cahiers théâtre Lou­vain, n° 2, Lou­vain-la-Neuve, 1976.
Créa­tion par le Théâtre Pro­lé­tarien de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur, en avril 1962.
Nou­velle créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, à Avi­gnon, en juil­let 1975.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 8 hommes

L’AN UN
Créa­tion par le Théâtre
Pro­lé­tarien de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur, en févri­er 1963.
Nou­velle créa­tion par le Théâtre nation­al de Bel­gique dans une mise en scène de Jean-Claude Huens, en 1964.
Créa­tion en alle­mand et en fla­mand par le Ton­neel Van­daag, dans une tra­duc­tion de Jo Van Osselt, et une mise en scène de Rudi van Vlaen­deren, en Alle­magne de l’Est et en Flan­dre.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 2 hommes

MORT ET RÉSURRECTION DU CITOYEN JULIEN T
Créa­tion par l’Atelier-Théâtre de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur, en févri­er 1967.
Dis­tri­b­u­tion : 6 femmes, 18 hommes

L’AMÉNAGEMENT
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre en Tête, n° 4, Carnières, 1990.
Pub­lié en améri­cain aux Édi­tions Whit­ston, New York (Troy), 1985.
Créa­tion par la Comédie de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur, en novem­bre 1984.
Nou­velle créa­tion par La Bar­ra­ca dans une mise en scène de Nabil EI Azan au Théâtre Arcane à Paris, en jan­vi­er 1990.
Créa­tion en lec­ture scénique en améri­cain sous le titre THE FURNISHINGS dans une tra­duc­tion de David Will­inger à l’‘Ubu Reper­to­ry The­ater, à New York.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 2 hommes

À BIENTÔT, MONSIEUR LANG
Pub­lié aux Édi­tions Le Seuil, col­lec­tion T., Paris, 1970.
Nou­velle pub­li­ca­tion aux Édi­tions Labor, Brux­elles, 1984.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre du Parvis à Brux­elles, en jan­vi­er 1972.
Dis­tri­b­u­tion : 5 femmes, 8 hommes

LE BOUFFON
Pub­lié aux Édi­tions Chris­t­ian Bour­go­is, Paris, 1974.
Créa­tion par le Théâtre Pro­lé­tarien de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur, en mars 1972.
Dis­tri­b­u­tion : 7 hommes

LES CLIENTS
Pub­lié aux Édi­tions Chris­t­ian Bour­go­is, Paris, 1974.
Créa­tion par le Théâtre Pro­lé­tarien de La Lou­vière dans une mis en scène de l’auteur, en avril 1974.
Dis­tri­b­u­tion : 6 femmes, 12 hommes

CONVERSATION EN WALLONIE
Pub­lié aux Édi­tions Jacques Antoine, Brux­elles, 1978.
Nou­velle pub­li­ca­tion dans les Cahiers du théâtre des pays du Nord, Béthune, n° 24, 1991.
Nou­velle édi­tion revue par l’auteur chez Labor, coll. Espace Nord, n° 116, Brux­elles, 1997.
Créa­tion par le Théâtre Pro­lé­tarien de La Lou­vière dans une mise en scène de l’auteur en avril 1972.
Nou­velle créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Tour­nai, en 1977.
Nou­velle créa­tion sous le titre AU NOM DU PÈRE dans une mise en scène de Jean-Louis Mar­t­in­Bar­baz, au Cen­tre dra­ma­tique nation­al du Nord, Béthune, en 1991.
Traduit en néer­landais par Pierre Bour­geois.
Dis­tri­b­u­tion : 9 femmes, 9 hommes

L’HOMME QUI AVAIT LE SOLEIL DANS SA POCHE
Pub­lié dans Textes pour Didas­calies, n° 2, Brux­elles, 1982.
Créa­tion par le Théâtre du Cré­pus­cule dans une mise en scène de Philippe Sireuil, en jan­vi­er 1982.
Créa­tion en néer­landais par le Théâtre du Globe dans une tra­duc­tion de Paul De Bruyne et Theu Boer­mans et une mise en scène de Theu Boer­mans à Eind­hoven aux Pays-Bas.
Traduit en ital­ien par Gian­ni Poli et en améri­cain par David Will­inger.
Dis­tri­b­u­tion : 5 femmes, 3 hommes

UN FAUST
Pub­lié dans Textes pour Didas­calies, n° 9, Brux­elles, 1985.
Nou­velle pub­li­ca­tion, précédé de CONVERSATION EN WALLONIE, aux Édi­tions Labor, Brux­elles, 1997.
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Brux­elles, en mai 1985.
Prix de la SACD et Grand Prix tri­en­nal de lit­téra­ture dra­ma­tique en 1985.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 4 hommes

LE GRAND COMPLOT
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre à Vif, n° 1, Carnières, 1990.
Créa­tion par la Com­pag­nie de la Lou­ve dans une mise en scène de Yves Vasseur Jean-Louis Langlais et Claude Renard à La Lou­vière, en 1990.
Dis­tri­b­u­tion : 35 femmes, 35 hommes

LE SABRE DE TOLÈDE
Créa­tion par le Stu­dio-Théâtre de La Lou­vière dans une mise en scène de Pierre Lou­vet, en novem­bre 1993.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 3 hommes

JACOB SEUL
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre à Vif, n°5, Carnières, 1990.
Créa­tion par le Stu­dio-Théâtre de La Lou­vière dans une mis en scène de Pierre Lou­vet, en octo­bre 1989.
Nou­velle créa­tion par La Bar­ra­ca dans une mise en scène de Nabil El Azan au Cen­tre Wal­lonie-Brux­elles à Paris, en décem­bre 1990.
Traduit en ital­ien par Gian­ni Poli.
Dis­tri­b­u­tion : 1 homme

UN HOMME DE COMPAGNIE
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre à Vif, n° 37, Carnières, 1993.
Créa­tion par le Stu­dio-Théâtre de La Lou­vière dans une mise en scène de Pierre Lou­vet, en novem­bre 1992.
Nou­velle créa­tion dans une mise en scène d’Armand Del­campe à l’Ate­lier Théâ­tral de Lou­vain­la-Neuve, en févri­er 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 4 hommes

SIMENON
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre à Vif, n° 43, Carnières, 1993.
Créa­tion dans une mise en scène d’Ar­mand Del­campe à l’Atelier
Théâ­tral de Lou­vain-la-Neuve, en sep­tem­bre 1994.
Traduit en anglais par Kris­ten John­son.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 13 hommes

LA NUIT DE COURCELLES
Écrit en col­lab­o­ra­tion avec Armand Del­tenre.
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, Carnières, 1994.
Créa­tion par le Stu­dio-Théâtre de La Lou­vière, dans une mise en scène de Jacques Her­bet, Pierre Lou­vet et Michel Meurée, à Trazeg­nies, en 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 50 acteurs et actri­ces

LE COUP DE SEMONCE
Pub­lié aux Édi­tions de l’Institut Jules Destrée, Charleroi, 1995.
Créa­tion par le Cen­tre dra­ma­tique hain­uy­er dans une mise en scène de Jacques Her­bet, à Liège, en octo­bre 1995.
Dis­tri­b­u­tion : 9 rôles féminins joués par deux actri­ces, 46 rôles mas­culins joués par 8 acteurs

L’ANNONCE FAITE À BENOÎT
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Noc­turnes Théâtre, n° 20, Carnières, 1997.
Créa­tion par le Stu­dio-Théâtre dans une mise en scène de Pierr Lou­vet à Strépy-Brac­queg­nies, en octo­bre 1996.
Traduit en danois par Gud­mund Bager.
Dis­tri­b­u­tion : 2 hommes

À con­sul­ter

Textes pour Didas­calies
, n° 2 (numéro spé­cial con­sacré à Jean Lou­vet), 1982.

Textyles, n° 2, « Lec­tures de Jean Lou­vet », jan­vi­er 1986.

Marc Quaghe­beur,
LETTRES BELGES ENTRE ABSENCE
ET MAGIE, Édi­tions Labor, col­lec­tion Archives du futur, Brux­elles, 1990.

Jean Lou­vet,
LE FIL DE L’HISTOIRE. POUR UN THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI,
Press­es uni­ver­si­taires de Lou­vain, Lou­vain-la-Neuve, 1991.

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Écrit par Nancy Delhalle
Nan­cy Del­halle est pro­fesseure à l’Université de Liège où elle dirige le Cen­tre d’Etudes et de Recherch­es sur...Plus d'info
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