NÉ À JEMEPPE-SUR-MEUSE en 1944.
Jean-Marie Piemme voyagea longtemps au cœur des textes de théâtre avant de s’embarquer pour ses propres fictions. Après des études de lettres à l’Université de Liège, il entame une formation à l’Institut d’études théâtrales de la Sorbonne. Il rencontre Bernard Dort à qui il doit l’envie, dit-il, de « se lancer dans le mouvement théâtral d’alors : celui de la génération Chéreau ». De retour en Belgique, il soutient une thèse de doctorat sur les médias (LA PROPAGANDE INAVOUÉE, Éditions 10/18) et devient dramaturge à L’Ensemble Théâtral Mobile. Aux côtés de Marc Liebens, il questionne les textes, les réinscrit dans une histoire, dans une société et propose des pistes de lecture pour un théâtre critique qui se souvient de Brecht. Il travaille ensuite avec Philippe Sireuil au Théâtre du Crépuscule et au Théâtre Varia puis avec Gerard Mortier à l’Opéra national. Enseignant à l’INSAS, il est aujourd’hui membre du comité de direction du Théâtre Varia et fait partie du comité de rédaction des Cahiers de Prospero. C’est en 1986 que Jean-Marie Piemme entame sa « troisième vie », sa vie d’écrivain. Les textes de Koltès, Botho Strauss, Heiner Müller qui l’ont influencé, ont alors largement ouvert la brèche de l’écriture contemporaine. Il relève le défi de la fiction avec une première pièce, NEIGE EN DÉCEMBRE. Depuis, Jean-Marie Piemme a écrit plus de vingt pièces dont certaines lui furent commandées pour être directement créées en langue étrangère. Distingué par plusieurs prix (prix triennal de la Communauté française de Belgique, prix « Nouveaux talents » de la SACD France, prix RFI…), traduit, Jean-Marie Piemme est accueilli en 1996 en résidence d’écriture à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon.
Neige en décembre
MAX, désormais, ne connaîtra plus l’oubli ni le repos. Ni le rêve ni le rythme du monde autour de lui. En vain, il cherche refuge. Il s’enfuit dans l’immobilité de l’enfance, dans la chaleur de la mère qui pardonne et absout. En vain, Julia, sa femme, l’apaise et pose des gestes déterminés dont elle ne soupçonne pas la portée. Car Max a trahi sa cause, sa foi et une part de lui-même. Il a livré le Professeur, intellectuel charismatique, engagé dans la lutte politique, le père qui lui a tout appris et l’a un peu renié. Trahison par dépit, orgueil blessé ou revanche ? Par fatigue aussi. Max a remis sa liberté et sa lutte aux mains de l’Envoyé, séducteur machiavélique, émissaire perfide et pervers d’un pouvoir qui n’a plus de scrupules.
Tandis que Max dévide son errance affective et intellectuelle, Julia, Ilse, la femme du Professeur et le Professeur s’arriment aux fragments d’une résistance brisée. Le texte suit ces cheminements décalés avec une certaine distance, en de longs monologues narratifs écrits dans une langue ciselée.
Le badge de Lénine
IL DIT qu’il s’appelle Roger, qu’il est vendeur d’encyclopédies. Roger déboule dans un théâtre vide où seule une jeune femme répète. Roger dit qu’il s’est fait taper dessus. Quand ?Par qui ? Déjà, il raconte une autre histoire de sa vie. Invente-t-il ? Peu importe pourvu qu’elle l’écoute parler de Florette, Florence ou Simone qu’il a perdue, qu’il a cherchée. D’ailleurs, elle s’appelait Nicole. Mais Roger s’énerve : est-il bien attentivement écouté ? Il vérifie. Indiscret, il fouille le sac de la jeune femme, sa vie privée, un peu son âme puis reprend ses récits entremêlés, son débit rapide qui, surtout, évitera les temps morts. Version bouffonne de Shéhérazade, il fait surgir Boubois, Tricart, Beyrouth, Saïgon… Des marionnettes perdues dans l’histoire. Un peu comme lui qui vit de manier tous ces fils, tous ces mots qui le retiennent assemblé. Tant qu’il y a un public…
Les forts, les faibles
NEUF PERSONNAGES ancrés dans un aujourd’hui qu’on ne sait plus comment définir. Il y a ceux qui montent, nouveaux riches, nouveaux arrivés, exploiteurs de la crédulité, discoureurs extrémistes. Il y a les gens « aisés », ceux qui, comme Yvonne, ne se doutent pas. Ou font semblant. Il y a des ombres, des complètement paumés qui oscillent, en mal d’identité, et s’accrochent aux autres comme à une bouée. Prêts à tout pour ne pas se sentir trop vides. Il y a Dumont qui résiste sans plus très bien savoir à quoi parce que l’ennemi triomphant finit par se diluer, être partout ou nulle part. Et puis, il y a Claudia, idéaliste d’un rêve impossible, qui refuse le bonheur dans un monde qui va mal. Mais ces personnages-là abritent aussi leur contraire. L’amour rend l’extrémiste vulnérable. Force de la faiblesse, faiblesse de la force, chacun est traversé par une dualité, une ligne de partage, une faille. Juste là où situer l’espoir.
«.. Dans le grain le plus fin de nos vies s’inscrit le sceau du moment historique qu’on traverse », écrit Jean-Marie Piemme. « Animaux sociaux » qui se diluent, s’engluent dans un monrie usé et miné, ses personnages sont confrontés à leur propre impuissance. Naïfs ou cyniques, comiques ou tragiques, ils témoignent tous de l’enlisement, de la décomposition et de la perte irréparable dans une société où l’homme n’a plus sa place. Pourtant, dans chaque pièce, une femme se relève, survit, résiste…
ND
Œuvres théâtrales
NEIGE EN DÉCEMBRE
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1988.
Création dans une mise en scène de François Beukelaers au Théâtre de la Place à Liège, en novembre 1987.
Distribution : 2 femmes, 3 hommes
Durée : 2h
SANS MENTIR
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1989.
Création par le Centre théâtral de Namur, dans une mise en scène de Bernard Debroux, en mars 1989.
Diffusion radiophonique sur France Culture en 1990.
Diffusion télévisuelle dans une réalisation de Freddy Charles sur la RTBF en 1991 et 1992.
Distribution : 2 femmes, 5 hommes
Durée : 1h50
LES INSTITUTEURS IMMORAUX
d’après Sade
Publié aux Éditions Nocturnes, Bruxelles, 1989.
Création par le Théâtre de l’Éveil dans une mise en scène de Guy Pion au Nouveau Théâtre de Belgique, en mai 1989.
Distribution : 2 femmes, 3 hommes
Durée : 1h50
COMMERCE GOURMAND
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1991.
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq, en janvier 1991.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
Durée : 2h
LE BADGE DE LÉNINE
Publié aux Éditions Actes
Sud — Papiers, Paris, 1992.
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq, en février 1992.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Durée : 2h
SCANDALEUSES
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1994.
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil au Théâtre Varia, Bruxelles, en février 1994.
Distribution : 4 femmes, 1 homme
Durée : 2h
COPIE COULEUR
Lecture publique dans une mise en voix de Lorent Wanson au Théâtre Varia, en 1995.
Distribution : 4 femmes, 5 hommes
Durée : 2h
ON DIRAIT DES VRAIS
Création dans une mise en scène
de Lorent Wanson dans le cadre du festival
Théâtre en Compagnie à Bruxelles, en novembre 1994.
Distribution : 5 femmes, 2 hommes
Durée : 1h40
SAUTS D’OBSTACLES
Lecture publique dans une mise
en voix de Martine Paschoud
au Théâtre de Poche de Genève, en 1994.
Distribution : 1 femme, 3 hommes
Durée : 1h
LES YEUX INUTILES
Création dans une mise en scène de Janine Godinas au Théâtre Varia, en janvier 1993.
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 2h30
COPIE COULEUR, ON DIRAIT DES VRAIS, SAUTS D’OBSTACLES et LES YEUX INUTILES
sont réunis sous le titre :
CIEL ET SIMULACRES.
CA VA CRAQUER
Création en néerlandais sous le titre HET GAAT BARSTEN dans une mise en scène de Jappe Claes au Theater Theater de Malines, en septembre 1993.
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 1h30
LES FORTS, LES FAIBLES
Publié aux Éditions Médianes, collection Villégiatures, Rouen, 1995.
Publié en néerlandais aux Éditions Atlas, Amsterdam, 1995.
Création dans une mise en scène de Claude Thébert à Morge (Suisse), en mars 1994.
Distribution : 3 femmes, 6 hommes
Durée : 2h
PIÈCES D’IDENTITÉ RÉCIT DE MA NAISSANCE
Création dans une mise en scène d’Annie Lucas au Théâtre de la Folle Pensée à Saint-Brieuc, en mai 1993.
Nouvelle création dans une mise en scène de Philippe Sireuil au
Théâtre de la Balsamine à Bruxelles, en avril 1997.
Distribution : 1 homme
Durée : 15 minutes
LES PETITS BÉNÉFICES
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil au Théâtre de la Balsamine, en avril 1997.
Distribution : 2 hommes
Durée : 20 minutes
JE NE SENTAIS QUE TRÈS FAIBLEMENT NOTRE ODEUR
Publié sous le titre L’AIR DU SOIR dans les Cahiers de Prospero, n° 6.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Durée : 15 minutes
TROMPE‑L ŒIL
Publié dans le Journal des Bernardines, 1995.
Création dans une mise en scène de Michel Bernard au Théâtre de la Balsamine, en avril 1997.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Durée : 15 minutes
CHRONIQUE DE CES ANNÉES-LÀ.
I : LES GRANDES OMBRES
Création dans une mise en scène de Michel Bernard au Théâtre de la Balsamine, en avril 1997.
Distribution : 1 femme, 5 hommes
Durée : 40 minutes
CHRONIQUE DE CES ANNÉES-LÀ.
II : TANGO/TANGAGE
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil au Théâtre de la Balsamine, en avril 1997.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Durée : 45 minutes
CHRONIQUE DE CES ANNÉES-LÀ.
IT : LIVRE D’IMAGES
Création dans une mise en scène de Robert Cantarella au Théâtre de la Folle Pensée à Saint-Brieuc, en 1994. Nouvelle création dans une mise en scène de Philippe Sireuil au Théâtre de la Balsamine, en avril 1997.
Distribution : 3 femmes, 1 homme
Durée : 30 minutes
LETTRE À UNE ACTRICE
Publié dans Alternatives théâtrales, n° 47, « Lettres aux acteurs », 1994.
Lecture publique dans une mise en espace de Michel Bernard dans le cadre des Rencontres internationales de Théâtre contemporain au musée d’Art moderne de Liège, en octobre 1995.
Distribution : 1 femme
Durée : 45 minutes
Les PIÈCES D’IDENTITÉ sont publiées en un recueil aux Éditions Médianes, Rouen, 1997.
Partition Strindberg
Création en néerlandais sous le titre BEN HEEL LEVEN IN EEN UUR OF TWEE au Theater Teater de Malines, en octobre 1994.
1953
Création annoncée dans une mise en scène de Marc Liebens en 1998.
Sur Jean-Marie Piemme
Benoit Vreux, Jean-Christophe Lauwers, « Piemme l’écrivain qui lisait le journal », in Alternatives théâtrales, n° 43, avril 1993.
Nancy Delhalle, « Jean-Marie Piemme : l’intensité du présent », in Le Carnet et les Instants, n° 76, janvier-mars 1993.
Linda Lewkowicz, Corinne Rigaud, « Sur Scandaleuses », in Alternatives théâtrales, n° 46, juillet 94.
Nancy Delhalle, « Scènes de ville, scènes de vi(d)e », in Écritures, n° 7, 1995.
Cécil Michel, « Ciel et simulacre », in Textyles, n° 13, 1997.

