
L’OUTRANCE, l’expectative frustrée, l’inversion des signes, la mystification, l’apologie du superflu, l’apothéose du détail inutile, les anti-proverbes, les vérités contradictoires, la fausse érudition, les lapalissades, allitérations, distorsions et même quelques calembours, voilà une grosse partie des « trucs », extraits du programme chargé que Jean-Michel Frère s’est fixé pour mener à bien et à terme un travail de recherche pour faire du théâtre. Une intervention théâtrale à la Ionesco où, contre les pouvoirs aliénants et les idéologies moralisatrices, on oppose des mots et des situations vidés de leur sens commun ou poussés à l’excès dans leur littéralité pour aboutir à une signification renouvelée de l’entité verbale et avec elle, de notre façon d’interpréter la société et l’individu. Jean-Michel Frère est né à Namur le 5 avril 1965. Il est metteur en scène et chargé de cours au Conservatoire de Liège.
Victor B.
AUJOURD’HUI, c’est son anniversaire ! En attendant, peut-être, quelqu’un qui viendra sûrement, Il (qui n’a pas de nom) parle de cet autre lui-même qu’il s’est inventé : Victor Benberg. Un long monologue prémâché et volontairement inefficace où « l’artiste peintre » nous réaffirme — sans jamais la prouver mais sans jamais discontinuer — sa « génialité » et l’insupportable incommunicabilité entre lui et les autres, et à l’occasion entre lui et lui (Cf. plus haut). Avec cette « gaieté turbulente par laquelle s’exprime [son] amour farouche de la vie Let quil est un des traits essentiels de [son] caractère »1, Victor Benberg nous donne à voir la dimension comique, mais non moins pathologique, de la mythomanie de Monsieur Tartempion qui se prend avec la plus grande fausse sincérité pour le peintre du siècle : celui qui a inspiré sans « distinguo » Cézanne et Picasso. Avec Victor Benberg (quand on parle de lui, on en a déjà plein la bouche), Jean-Michel Frère s’amuse à passer au crible de l’ironie les thèmes les plus éculés qui tournent autour de la création artistique : la vie de bohème, la vénération excessive du public-âme sœur, le discours boursouflé de la critique, l’émotion innocente devant le mystère de la création, l’artiste, passeur interprète de l’expression divine et toute la théorie soleil de « l’art c’est moi »2, Pour cela, il fait marcher les mécanismes précités, en créant un langage sans logique ni structure narrative qui détruit immédiatement la crédibilité de celui qui l’emploie et la fiabilité de ses propos. Il faut ajouter pour finir et compléter que Victor Benberg alias Victor B. s’est inspiré des MÉMOIRES D’UN VIEUX CON de Roland Topor et qu’il a donné son nom à la compagnie théâtrale que Jean-Michel Frère a créée.
CR
Œuvres théâtrales
VICTOR B.
Création par la Compagnie Victor B. en coréalisation avec le Centre théâtral de Namur, dans une mise en scène de l’auteur, en 1992.
Distribution : 1 homme
Durée : 1h10 ou 40 minutes
UNE CERTAINE IMAGE DU BONHEUR
Création par la Compagnie Victor B. en coréalisation avec le Centre théâtral de Namur, dans une mise en scène de l’auteur, en 1995.
Distribution : 2 hommes, 1 femme
Durée : 1h10

