
NÉ À GEMBLOUX en 1942.
Animateur de radio, cofondateur de T’XT — revue littéraire qu’il portera jusqu’au dernier numéro —, collaborateur de nombreuses revues d’Europe et d’ailleurs, Jean-Pierre Verheggen a été professeur de français à Gembloux durant vingt-cinq ans. Il partage aujourd’hui son temps entre le service de la Promotion des lettres du ministère de la Culture, et le travail qu’il a commencé en apprenant à écrire, celui d’apprendre à écrire.
Il écrit, pour la performance, une poésie faite pour être entendue. L’expérience a prouvé maintes fois qu’elle s’entend bien. Il y a bien une pièce de théâtre, LES PIEDS, mais elle est destinée au catalogue d’un ami sculpteur : cet irréductible Wallon est un « briseur de genre ». « La langue, la langue est première » dit-il. La langue qu’on entend, oui, mais aussi celle qui se contracte et se tord pour aider la phonation, pour que la pensée se fasse dans la bouche. Alors commence le long travail de « décomposition française », « d’apprendre à parler grand nègre », parce que les pensées basses, celles qui sont les plus profondes et les plus enfouies, permettent d’élever la pensée, et cette pensée issue de cette langue mène à la jouissance de l’oreille, à l’«ouissance ». Ainsi, sur la porte de son bureau, on peut lire : « Poètes en bâtiments, peintres du manche, sculpteurs de pneus, cinéastes de quartier, accordéonistes en bretelles, essayistes de matelas, compositeurs de menus, nègres de romanciers blancs, philozobs de tous bords, modèles de tous poils, s’adresser ici. »
Stabat Mater
« ALCHTIMIE » du verbe : ou la verbalisation du ventre. Ça fouaille les tréfonds à la recherche du comment dire cet endroit-là avec ce qu’il y a là-dedans. Et ça décline les intestins et tous les trous à tous les genres, ça vous borborygme les cordes vocales.
«Stabête Mater ! »: c’est du ventre de la mère qu’il est question, de comment celle-là a bien pu faire celui-là, et comment ça peut faire si mal quand elle n’est plus là. L’exploration en long en large, encore une fois dans tous les sens, de ce lien connu et vécu, mais dont toute la force s’est trouvée révélée par la déchirure de la mort. Et ça hurle à s’en faire exploser la glotte, pour se distraire de la grande douleur de la perte. « Miséréré » : voilà que c’est Le ventre du fils qui fait des siennes. Mis hors jeu par ses intestins. Découverte de La poésie médicale, de vessie piriforme en cholécystectomie, et le voilà qui parle sa souffrance pour la maintenir à distance.
Telles sont les trois étapes de ce poème qui sonne comme une incantation, qui appelle le souffle et la parole. C’est toute la colonne d’air qu’il ébranle. On commence à lire, et puis tout à coup on s’entend le dire.
VT
Œuvres
(poésie parlée)
LA GRANDE MITRAQUE Publié aux Éditions
Henri Fagne, 1968.
LE GRAND CACAPHONE
Publié aux Éditions Chambelland, 1974.
SKEIN
Création, dans une mise en scène et une interprétation de Raphaël Goudino, à la Vieille Halle-aux-Blés, Bruxelles, 1976.
SIX LETTRES À ANDRÉÏ
JDANOV, STARDUST
Publié chez Maxime BenoîtJanin Éditeur, 1977.
LE DEGRÉ ZORRO DE L’ÉCRITURE
Publié aux Éditions Bourgois, collection TXT, 1978.
DIVAN LE TERRIBLE
Publié aux Éditions Bourgois, collection TXT, 1979.
WEST SADE STORY
(PORNOWALLIE )
Création par le Théâtre-Poème, à Bruxelles, en 1980.
VIE ET MORT PORNOGRAPHIQUE DE MADAME MAO
Publié aux Éditions PO.L. Hachette, 1981.
NI-NIETZSCHE, PEAU D’CHIEN
Publié par TXT-Limage 2, 1983.
LETTRE D’AMOUR À GISELLA FUSANI
Publié par Nouvelle Barre du Jour, 1986.
STABAT MATER
Publié par Cadex Éditions, l’Ostiaque, Montpellier, 1986.
Création dans une mise en scène de Daniel Simon, à la Maison de la Culture de Mons, en 1992.
LES FOLIES-BELGÈRES
Publié dans Points-Virgule, n° 82, 1989.
ARTAUD RIMBUR
Publié aux Éditions La Différence, 1989.
Création dans une mise en scène de Robert Lemaire au Théâtre Poème à Bruxelles, en 1991.
PUBÈRES, PUTAINS ; PORCHES, PORCHERS ; STABAT MATER ; POUR L’AMOUR D’UN PORC
Recueil de textes publié aux
Éditions Labor, Espace Nord, n° 64, 1991.
RIDICULUM VITÆ
Création par le Théâtre du Fol ordinaire, dans une mise en scène de Michel Liard, à Nantes, en 1997.
LES PIEDS
(avec Marc Gérontin, sculpteur)
Publié aux Éditions Rencontres, Charleville, 1997.
RECOMMANDATIONS AUX DAMES
(avec Colette Deblé, peintre)
Publié aux Éditions Rencontres, Charleville, 1997.
Sur Jean-Pierre Verheggen
Alain Tricnaux, JEAN-PIERRE VERHEGGEN, Service du Livre luxembourgeois, coll. Dossiers L., n° 22, fasc. 4, Arlon.
Christian Prigent, « Trouver une langue », in LA LANGUE ET SES
MONSTRES, Cadex Éditions, l’Ostiaque, Montpellier, 1989.
DANS LE CARNAVAL DE L’HISTOIRE
EN CEUX QUI MERDRENT, Éditions PO.L., Paris, 1981.
Jean-Marie Klinkenberg, « La quête de la langue »,
in L’ÉCRIVAIN ET SES LANGUES,
Revue littéraire, n° 101, Éditions Larousse, 1996.

