NÉ À BRUXELLES en 1920.
Journaliste, chargé de cours à l’‘INSAS, critique dramatique, Jean Sigrid a commencé par écrire, très jeune, de la poésie. Pour en venir très rapidement au théâtre : « C’est sans doute une sorte de cheminement solitaire qui m’y a conduit. […} Pour peupler ma solitude, jimaginais volontiers des mondes et des personnages, j’aimais créer une réalité qui devenait mienne. » Paul Willems écrira en 1983 : « Chaque pièce de Sigrid est l’étape d’une vie. »
Dans son œuvre dramatique, développée au sein d’un fidèle compagnonnage avec le Rideau de Bruxelles, Jean Sigrid distingue lui-même trois périodes, qui ne sont pas sans rapport avec son rythme de production : la période des pièces écrites « ingénument », « sans très bien savoir ce qu’était le théâtre » ; puis la période marquée par LES CAVALIERS, où la prise de conscience concentre son attention sur le « comment » de l’écriture. Entre les deux, il commence à écrire des adaptations, ce qu’il ne cessera plus de faire. Il en dira : « fles adaptations} obligent à se mettre à l’intérieur de la forme même de la pièce que l’on adapte. On apprend par là à mieux structurer, à mieux dominer l’architecture d’un texte. » La dernière étape dans son parcours d’auteur, jonction entre les deux tendances, débutera avec MORT D’UNE SOURIS.
«Au point de départ, dit-il, il y a quelque chose de vécu, quelque chose qui prend pour moi une telle importance qu’il devient impératif de le mettre sous une forme artistique. » Cela peut être un songe, comme pour L’ANGE COUTEAU.

Le bruit de tes pas
GÉRALD LODSI a le sentiment que tout ce qu’il a fait dans sa vie le conduisait à cette maison, perdue au milieu des collines. Autour de lui, rassemblée par la guerre, fragile molécule, sa famille. Son fils et ses deux enfants, sa belle-fille. Celle dont il dit : « Elle est mon soleil, ma lumière. » À tel point qu’elle éblouit Bruno, le petit-fils. Avec le danger que cela comporte. D’autant plus qu’une menace les empêche de s’éloigner : les bruits du conflit, lointains mais néanmoins présents. Arrive Robi, le vieil ami de Gérald, comme la promesse d’une nouvelle vie. Le seul changement qui survienne, c’est un char posté dans la prairie, sans raison apparente. Les soldats réquisitionnent la maison, sauf une pièce. La promiscuité, la beauté de la belle-fille, un officier qui… Que s’est-il passé vraiment ? Que se passait-il vraiment pour enfiévrer ces atomes instables, les rendant parfois étrangers à eux-mêmes ? C’est ce que Bruno, devenu cinéaste, cherchera à découvrir dix ans plus tard, en revenant faire des repérages pour son prochain film.
L’ange couteau
PIÈCE COMPOSÉE du premier, du deuxième et du troisième temps, succession d’étapes qui nous font pénétrer toujours plus profondément dans les motivations et la biographie des personnages. Cette progres- — sion seule-importe,-quitte à bousculer le réalisme de la situation. Babette se marie, sans amour. On devine que si elle aime quelqu’un, c’est son amie Petite Lou. Mais elle choisit, dans une famille où il n’y a pas d’alternative. D’ailleurs le nom de son père, qui s’est suicidé pour avoir « mal aimé », est proscrit. C’est Dan, l’Ange Couteau, qui mettra au jour la douleur et Les fractures, en révélant la vraie personnalité d’Alex, grand-père de la mariée, père du suicidé : « Celui que tu.es n’est pas ici : il attend. quelque part que tu le rejoignes. »
Ces deux pièces, écrites à peu de temps d’intervalle, illustrent une évolution évoquée par l’auteur lui-même : « Sans me démarquer entièrement d’une forme réaliste respectant les comportements psychologiques, ma conception de la théâtralité s’est, je crois, ouverte. J’aime partir de situations réalistes vécues, pour accéder progressivement et avec le plus de liberté possible, à la représentation d’une réalité qui, pour moi, existe derrière la simple réalité. »
VT
Œuvres théâtrales
LES MARAIS DE GAFFA
Création par Les Spectacles d’Art de Paule Dockx, à Bruxelles, en 1945.
BIJOUX DE FAMILLE
Publié dans Textes pour Didascalies, n° 5, 1983.
Création dans une mise en scène de Raymond Gérôme au Rideau de Bruxelles, en 1950.
Distribution : 5 femmes, 3 hommes
LES BEAUX GESTES
Création dans une mise en scène de Maurice Vaneau au Rideau de Bruxelles, en 1950.
L’HOMME À LA BRANCHE
Création dans une mise en scène de Werner Degan au Rideau de Bruxelles, en 1951.
PITIÉ POUR VIOLETTE
Publié dans Textes pour Didascalies, n° 5, 1983.
Création dans une mise en scène de Werner Degan au Rideau de Bruxelles, en 1953.
Distribution : 5 femmes, 3 hommes
BIJOUX DE FAMILLE, LES BEAUX GESTES, L’HOMME À LA BRANCHE et PITIÉ POUR VIOLETTE
sont publiés en un recueil, sous le titre JEAN SIGRID : THÉÂTRE, aux Éditions De Visscher,
Bruxelles, 1954.
LA GRANDE VOLIÈRE ou LE PLAISIR D’ÊTRE DUPE
Publié dans Adaces, 1955.
Distribution : 3 femmes, 5 hommes
LES CAVALIERS
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 15, 1983.
Création dans une mise en scène de Claude Étienne au Rideau
de Bruxelles, en 1959.
Prix Vaxelaire 1959.
Distribution : 1 femme, 8 hommes
MORT D’UNE SOURIS
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 15, 1983.
Création dans une mise en scène de Henri Chanal au Rideau de Bruxelles, en 1968.
Nouvelle création dans une mise en scène de Bernard Damien aux Midis du Rideau de Bruxelles, en 1983.
Distribution : 2 femmes, 1 petite fille, 2 hommes, des musiciens
QUOI DE NEUF, ARUSPICE ?
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 10, 1979.
Création dans une mise en scène de Pierre Laroche au Rideau de Bruxelles, en 1970.
Grand Prix de littérature du Gouvernement 1972.
Distribution : plus de 50 rôles à répartir
L’ESPADON
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 5, 1977.
Création dans une mise en scène de Philippe van Kessel au Rideau de Bruxelles, en 1976.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
L’AUTO-STOPPEUR
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 5, 1977.
Publié en américain, dans une traduction de David Willinger et Luc Dereulin, in ANTHOLOGY OF CONTEMPORARY BELGIAN PLAYS, Whitston Publishing Company, Troy, New York, 1984.
Création dans une mise en scène de Jo Dua au Rideau de Bruxelles, en 1977.
Distribution : 4 femmes, 2 hommes
LE BRUIT DE TES PAS
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 10, 1979.
Publié en italien dans une traduction de Gianni Poli, in
TEATRO BELGA CONTEMPORANEO,
Éditions Costa et Nolan, 1984.
Création dans une mise en scène de Jo Dua au Rideau de Bruxelles en 1979.
Distribution : 3 femmes, 4 hommes
L’ANGE COUTEAU
Publié aux Éditions Jacques Antoine, Bruxelles, 1980.
Publié en italien
dans une traduction d’Antonietta Zerone in LA PAROLE DELL ALTRAVE, Grafice Editoriale, 1995.
Création dans une mise en scène de Bernard Damien au Rideau de Bruxelles, en 1980.
Création en anglais dans une traduction d’Anne-Marie Glasheen, Brighton, 1981. Grand Prix de littérature du Gouvernement 1981.
Adaptations
LES MAINS D’EURYDICE
de Pedro Bloch
EN CAUSE J. ROBERT OPPENHEIMER
de Heinar Kipphart
OUTRAGE AU PUBLIC
de Peter Handke
ROMANCE À LÉNINGRAD
d’Arbuzov
TEENAGER LOVE
de Bruun Olsen
LES DARDS & SYNODE POUR UN CADAVRE
de Lodewijk de Boer
VENDREDI
de Hugo Claus
FLAMMES (FLINT )
de David Mercer
NIGHT
de Harold Pinter
UN LION EN HIVER
de James Goldman
VIVAT VIVAT REGINA
de Robert Bolt
LES SEPT MANIÈRES DE TRAVERSER LA RIVIÈRE
de Lodewijk de Boer
MOI, CLAUDIUS
de John Mortimer.
ÊTRE OU NE PAS ÊTRE LÉONARD
d’Alan Ayckbourn
WERTHER 7/5 (LES NOUVELLES SOUFFRANCES DU JEUNE W.)
d’Ulrich Plenzdof
PAS DE DEUX
de Hugo Claus
(en collaboration avec Jacques De Decker)
DES FILLES ET DES GARÇONS
d’Yvonne Keuls (en collaboration avec Jacques De Decker)
BONNE NUIT, MILADY (KINGFISCHER )
de William Douglas Home.
HISTOIRE D’UN CHEVAL
de Mark Rosowski, d’après Tolstoï.
Toutes ces adaptations et autres œuvres ont été créées et certaines éditées.
Jean Sigrid a reçu le prix SACD 1965 et Le prix Malpertuis de l’Académie 1975
«pour le caractère important et personnel de son œuvre ».
Sur Jean Sigrid
Textes pour Didascalies, n°5,
Bruxelles, 1983.

