Marie-France Collard
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Marie-France Collard

Le 5 Août 1997
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EN APPARENCE, Marie-France Col­lard n’a rien de bor­der­line. D’elle, il émane une cer­taine déter­mi­na­tion quant à son chemin, à sa quête. Et dans ses mots, récur­rent, l’impossible deuil de la mort. Après des études de biolo­gie, elle tra­vaille dans le domaine social et y mène plusieurs recherch­es sou­vent liées au médi­um audio­vi­suel. Spé­cial­iste du mon­tage, elle col­la­bore à la réal­i­sa­tion de nom­breuses vidéos. Elle écrit des scé­nar­ios de films, de doc­u­men­taires ou de vidéo-per­for­mance qu’elle réalise (FLEUR DE PEAU, 1987 ; AMNÉSIE, 1989 ; DEATH ; LA MACHINE DE VISION, 1993 ; MAÎTRESSES. J’AI UN AMANT SE DISAIENT-ELLES, 1996… ). Par un ami, elle entend par­ler du pro­jet TRASH de Jacques Del­cu­vel­lerie et du Groupov. Immé­di­ate­ment, cette « con­vic­tion irré­press­ible » qu’elle doit en faire par­tie. TRASH se des­sine comme le deux­ième volet du pro­jet VÉRITÉ du Groupov après L’ANNONCE FAITE À MARIE, de Paul Claudel et avant LA MÈRE, de Brecht. Ce trip­tyque tente de met­tre en évi­dence les raisons de défendre une vérité, que celle-ci se situe dans le catholi­cisme (Claudel), la pornogra­phie et le ter­ror­isme (TRASH) ou dans le marx­isme (LA MÈRE). Lorsque Marie-France Col­lard ren­con­tre Jacques Del­cu­vel­lerie, Le pro­jet est déjà net­te­ment bal­isé. TRASH abor­dera « le cul par­lé, et par les femmes, en même temps que la mytholo­gie sui­cidaire et rédemptrice du ter­ror­isme poli­tique »1. Réin­ve­stir Le ter­ri­toire du sexe, par­ler au beau milieu des tabous et des inter­dits, laiss­er la femme par­ler le désir dans le sil­lage des mys­tiques, de Sade et de Bataille, des mau­vais­es lit­téra­tures éro­tiques. Ou à con­tre­sens. Suiv­ant quelques indi­ca­tions très pré­cis­es, Marie-France Col­lard entame TRASH qu’elle retra­vaille en fonc­tion des remar­ques de Jacques Del­cu­vel­lerie, lui-même écrivant le mono­logue du per­son­nage mas­culin. 

Trash (a lone­ly prayer) 

CINQ FEMMES, cinq his­to­ri­ennes, profèrent les paroles des fan­tasmes, des souf­frances ultimes, des déchirures béantes et des jouis­sances suprêmes, divines, peut-être. Sexe, sang et larmes. Cinq « logo­di­ar­rhées » d’une vio­lence exta­tique, en quête d’une impos­si­ble tran­scen­dance, d’un absolu introu­vable, indéfin­i­ment approché par la poésie obscène de ces mots, indéfin­i­ment refusé. Le verbe devient révolte, con­voque une société, la nôtre, éructe toutes ses abjec­tions, dom­i­na­tions, manip­u­la­tions, humil­i­a­tions, muti­la­tions : « Pour élim­in­er la pau­vreté, élim­i­nons les pau­vres »2. Où est l’homme ?Où est Dieu ?Pas de réponse. Flux irré­press­ible, les mots s’é­coulent, dégringo­lent. Ils scru­tent au plus près les ter­ri­toires extrêmes, les lim­ites du corps et des sens, du pen­sé et de l’impensable. Avant de s’abîmer dans un chant de douleur, cinq mono­logues adressés à l’homme aimé et qui est mort. Dis­cours soli­taire d’une improb­a­ble résig­na­tion qui se love dans tous les inter­stices de vie qui demeurent : un peu de terre, un peu de végé­tal et quelques mots « pour ceux peut-être qui vien­dront après nous ». 

ND 

TRASH (A LONELY PLAYER)
Écrit avec Jacques Del­cu­vel­lerie.
Pub­lié dans les Cahiers Groupov (coédi­tion La Rose des Vents de Vil­leneuve d’Asq), n° 1, novem­bre 1993.
Créa­tion par le Groupov dans une mise en scène de Jacques Del­cu­vel­lerie, à l’Ate­lier Sainte-Anne, en mai 1992.
Désigné par le jour­nal Le Soir comme l’événe­ment théâ­tral de l’année 1992.
Dis­tri­b­u­tion : 5 femmes, 1 homme
Durée : 2h

Sur le Groupov

Alter­na­tives théâ­trales, n° 38, « Met­tre en scène aujourd’hui », juin 1991.
Alter­na­tives théâ­trales, n° 44, « Théâtre et vérité », juil­let 1993.

  1. Jacques Del­cu­vel­lerie, in « Matéri­aux pour TRASH », Cahiers Groupov, n° 1, p. 50.  ↩︎
  2. TRASH, Cahiers Groupov, n° 1, p. 27. ↩︎
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