EN APPARENCE, Marie-France Collard n’a rien de borderline. D’elle, il émane une certaine détermination quant à son chemin, à sa quête. Et dans ses mots, récurrent, l’impossible deuil de la mort. Après des études de biologie, elle travaille dans le domaine social et y mène plusieurs recherches souvent liées au médium audiovisuel. Spécialiste du montage, elle collabore à la réalisation de nombreuses vidéos. Elle écrit des scénarios de films, de documentaires ou de vidéo-performance qu’elle réalise (FLEUR DE PEAU, 1987 ; AMNÉSIE, 1989 ; DEATH ; LA MACHINE DE VISION, 1993 ; MAÎTRESSES. J’AI UN AMANT SE DISAIENT-ELLES, 1996… ). Par un ami, elle entend parler du projet TRASH de Jacques Delcuvellerie et du Groupov. Immédiatement, cette « conviction irrépressible » qu’elle doit en faire partie. TRASH se dessine comme le deuxième volet du projet VÉRITÉ du Groupov après L’ANNONCE FAITE À MARIE, de Paul Claudel et avant LA MÈRE, de Brecht. Ce triptyque tente de mettre en évidence les raisons de défendre une vérité, que celle-ci se situe dans le catholicisme (Claudel), la pornographie et le terrorisme (TRASH) ou dans le marxisme (LA MÈRE). Lorsque Marie-France Collard rencontre Jacques Delcuvellerie, Le projet est déjà nettement balisé. TRASH abordera « le cul parlé, et par les femmes, en même temps que la mythologie suicidaire et rédemptrice du terrorisme politique »1. Réinvestir Le territoire du sexe, parler au beau milieu des tabous et des interdits, laisser la femme parler le désir dans le sillage des mystiques, de Sade et de Bataille, des mauvaises littératures érotiques. Ou à contresens. Suivant quelques indications très précises, Marie-France Collard entame TRASH qu’elle retravaille en fonction des remarques de Jacques Delcuvellerie, lui-même écrivant le monologue du personnage masculin.
Trash (a lonely prayer)
CINQ FEMMES, cinq historiennes, profèrent les paroles des fantasmes, des souffrances ultimes, des déchirures béantes et des jouissances suprêmes, divines, peut-être. Sexe, sang et larmes. Cinq « logodiarrhées » d’une violence extatique, en quête d’une impossible transcendance, d’un absolu introuvable, indéfiniment approché par la poésie obscène de ces mots, indéfiniment refusé. Le verbe devient révolte, convoque une société, la nôtre, éructe toutes ses abjections, dominations, manipulations, humiliations, mutilations : « Pour éliminer la pauvreté, éliminons les pauvres »2. Où est l’homme ?Où est Dieu ?Pas de réponse. Flux irrépressible, les mots s’écoulent, dégringolent. Ils scrutent au plus près les territoires extrêmes, les limites du corps et des sens, du pensé et de l’impensable. Avant de s’abîmer dans un chant de douleur, cinq monologues adressés à l’homme aimé et qui est mort. Discours solitaire d’une improbable résignation qui se love dans tous les interstices de vie qui demeurent : un peu de terre, un peu de végétal et quelques mots « pour ceux peut-être qui viendront après nous ».
ND
TRASH (A LONELY PLAYER)
Écrit avec Jacques Delcuvellerie.
Publié dans les Cahiers Groupov (coédition La Rose des Vents de Villeneuve d’Asq), n° 1, novembre 1993.
Création par le Groupov dans une mise en scène de Jacques Delcuvellerie, à l’Atelier Sainte-Anne, en mai 1992.
Désigné par le journal Le Soir comme l’événement théâtral de l’année 1992.
Distribution : 5 femmes, 1 homme
Durée : 2h
Sur le Groupov
Alternatives théâtrales, n° 38, « Mettre en scène aujourd’hui », juin 1991.
Alternatives théâtrales, n° 44, « Théâtre et vérité », juillet 1993.

