NÉE À GENK en 1945.
« Si on n’est plus obligé de faire des situations, des personnages, des entrées et des sorties, si on n’est plus obligé de raconter une intrigue, alots, cela peut être intéressant d’écrire pour le théâtre… » C’est en travaillant sur HAMLET-MACHINE de Heiner Müller que Michèle Fabien fit ce constat qui, en elle, libéra l’auteur. Docteur en philosophie et lettres (Université de Liège), Michèle Fabien collabore depuis 1974 comme dramaturge, au sens allemand du terme, à l’Ensemble Théâtral Mobile fondé par Marc Liebens. Elle défend un théâtre critique, inspiré par Brecht, un théâtre comme pratique civique. Alors qu’elle incitait Marc Liebens à monter ŒDIPE ROI, celui-ci lui suggère de revisiter le mythe de Jocaste. JOCASTE fut donc sa première pièce montée. Le travail d’auteur de Michèle Fabien est entièrement lié à l’Ensemble Théâtral Mobile avec lequel elle poursuit aussi sa recherche à travers des traductions et des adaptations. « Ce n’est pas le réel de la société qui m’inspire mais plutôt l’histoire et les mythes… », dit-elle. Dans la plupart de ses pièces comme de ses adaptations, elle s’intéresse à des personnages historiques ou mythologiques mais questionne aussi ardemment l’identité et la parole des femmes.
Jocaste
« REGARDE-MOI » dit Jocaste. En vain. Œdipe s’est crevé les yeux. « Soumise et transparente, Jocaste, la « mère de… la merde », celle qui « n’a pas de seins, pas de longs cheveux, pas de peau lisse et douce et molle », celle qui n’a pas de sexe, Jocaste se révolte. Elle veut exister, vivre et secouer le fardeau de la culpabilité que lui fait porter la loi des hommes. La peste est une maladie et Œdipe, pressé de devenir un homme, a toujours pris les chemins trop droits. L’évidence des héros. « Ne pouvais-tu inventer autre chose ? » demande Jocaste. Sa voix se perd, sans réponse. Jocaste est exclue, Jocaste ne compte pas. Jocaste ? Un ventre coupable, une fonction indigne. Elle veut pourtant assumer sa naissance. Elle est seule désormais. Elle fait naître sa parole, et avec elle, affirme son corps, son être féminin. Tout en se libérant, Jocaste accouche d’elle-même.
Claire Lacombe
CLAIRE LACOMBE est une femme que la Révolution a niée, que l’histoire a oubliée. Claire Lacombe n’a pas eu droit à la guillotine de la Terreur et lorsqu’elle sort de prison, elle veut reprendre le combat. Combat pour l’égalité et la fraternité. Combat des femmes pour exister politiquement. Mais comme Anne Colombe, beaucoup se sont déjà résignées : « Comment veux-tu être écoutée quand tu n’es qu’une masse qui dégoûte ? As-tu vu notre crasse… et entendu nos cris ? » Car les femmes n’ont pas de mots et pas d’autre identité : elles portent les enfants ou donnent du plaisir. « On ne fait pas l’histoire au fond d’un précipice. » D’autres femmes, comme la Logeuse, rejettent cette lutte : une « assemblée de pauvres folles », où il n’y a rien à gagner et tout à perdre. Quant à Gabrielle qui a vu sa mère guillotinée par des révolutionnaires, elle place désormais son espoir entre les pages d’un livre, sur la scène d’un théâtre. Et dans le jour qui se lève, Claire Lacombe reste seule.
Atget et Berenice
BERENICE ABBOT est jeune, elle vient d’Amérique à la rencontre de la vieille Europe, à la rencontre du photographe Atget. Que veut-elle exactement ? Enfermer Atget dans les pages d’un livre, le faire connaître outre-Atlantique ?Atget n’est pas dupe. S’il a passé sa vie à garder la trace de ce qui était voué à disparaître, à capter l’indicible, ce n’est pas pour se laisser momifier par les mots. Atget se défend, il tente d’immobiliser Berenice dans un cliché : « Inanimer l’objet pour lui prendre son Âme et ensuite la lui rendre arrangée, transformée, aménagée…» Envoyée d’un nouveau monde qui échappe à la mélancolie, Berenice esquive, va de l’avant. Au fil de leurs réflexions croisées sur la représentation, sur l’image, se noue une relation décalée où Berenice avoue sa quête d’une filiation, d’un maître tandis qu’Atget insuffle la vanité d’une vie vouée à la mort. « Il n’y a pas de place dans le monde pour le photographe, car il est à côté du temps comme il est à côté de la vie. »
L’écriture de Michèle Fabien s’est libérée de la situation, du réalisme, de la psychologie. Ses personnages existent par une prise de parole dont ils ne cessent de mettre en scène les limites et les enjeux. « Ce qui se passe sur la scène n’imite pas la réalité, c’est une réalité qui se place à côté de l’autre, celle dite de la vie. » (Michèle Fabien)
ND
Œuvres théâtrales
JOCASTE
Publié dans Didascalies, n° 1,
(avec la partition musicale
de Marc Hérouet), Bruxelles,
septembre1981.
Réédition dans Didascalies, n° 4,
janvier 1983.
Réédition, suivi de DÉJANIRE
et de CASSANDRE, aux Éditions
Didascalies, Bruxelles, 1995.
Publié en américain dans une
traduction de Richard Miller,
dans PLAYS BY WOMEN,
AN INTERNATIONAL ANTHOLOGY,
Ubu Repertory Theater Publications, 1988.
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, avec le musicien Marc Hérouet, à Bruxelles, en septembre 1981.
Création en néerlandais dans une mise en scène de Trinz Snijbers à la Haagse Comedie à La Haye.
Lecture publique en américain sous la direction de Françoise Kourilsky à Ubu Repertory Theater, en 1993.
Distribution : 1 femme
NOTRE SADE
Publié dans Didascalies, n° 8, juin 1985.
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Bruxelles, en juin 1985.
Prix triennal de littérature dramatique en 1987.
Distribution : 1 personnage
SARA Z.
Création en lecture-spectacle par Théâtre Ouvert sous la direction de Marcel Bozonnet à Paris, en octobre 1982.
Distribution : 2 femmes, 1 homme
TAUSK
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, 1987.
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à la Maison de la Culture de Mons, en septembre 1987.
Création en italien dans une traduction d’Ella Catalano et Lamberto Consani et une mise en scène de Vezio Ruggeri au Teatro Villa à Rome.
Cette pièce a bénéficié de l’aide à l’écriture du Centre national des lettres en 1984.
Distribution : 2 femmes, 3 hommes
CLAIRE LACOMBE et BERTY ALBRECHT
Publiés aux Éditions Actes Sud — Papiers, 1989.
Traduction en américain d’Anne-Marie Glasheen de CLAIRE LACOMBE à paraître aux États-Unis. Création des deux pièces sous le titre DES FRANÇAISES dans une mise en scène de Laurence Février au CAC Les Gémeaux à Sceaux, en avril 1989.
Création de CLAIRE LACOMBE dans une mise en scène de Marc Liebens au Centre culturel Jacques Franck, en septembre 1989.
Distribution :
CLAIRE LACOMBE : 4 femmes
BERTY ALBRECHT : 4 femmes, 2 hommes
ATGET ET BERENICE
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, 1989.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens à la Maison de la Roquette à Arles, en juillet 1989.
Cette pièce a bénéficié de l’aide à l’écriture du Centre national des lettres en 1988.
Distribution : 1 femme, 1 homme
AMPHITRYON
d’après Kleist
Publié, suivi de AMPHITRYON de Plaute (traduction de M. Fabien), aux Éditions Didascalies, Bruxelles, 1992.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre national de Belgique, en octobre 1991.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
DÉJANIRE
Publié aux Éditions Didascalies, Bruxelles, 1995.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens, dans le cadre du 3 : festival de la Convention théâtrale européenne et de Luxembourg 95, au Théâtre des Capucins à Luxembourg et au Théâtre national de la Communauté française à Bruxelles, en mai 1995.
Distribution : 3 femmes, 2 hommes
Adaptations
MAISON DE POUPÉE
d’Ibsen
Publié dans les Cahiers Théâtre Louvain, n° 1, 1975.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens dans le cadre du Festival du jeune théâtre, au Foyer culturel du Sart-Tilman, à Liège, en 1975.
LES BONS OFFICES
de Pierre Mertens
Création dans une mise en scène de Marc Liebens à l’Ensemble Théâtral Mobile, à Bruxelles, en 1980.
OUI
de Thomas Bernhard
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, en 1981.
AURÉLIA STEINER
de Marguerite Duras
Publié dans Didascalies, n°3, avril 1982.
Création par l’Ensemble Théâtral Mobile dans une mise en scène de Michèle Fabien, en 1982.
CASSANDRE
d’après Christa Wolf
Publié aux Éditions Didascalies, Bruxelles, 1995.
Création dans une mise en scène de Marc Liebens à la Raffinerie du Plan K à Bruxelles, en février 1995.
UNE PAIX ROYALE
de Pierre Mertens
Création annoncée dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre Marni à Bruxelles, le 23 septembre 1997.
Traductions
AFFABULAZIONE
de Pier Paolo Pasolini
(en collaboration avec Titina Maselli)
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, 1988.
Création dans une mise en scène de Christophe Perton.
PYLADE
de Pier Paolo Pasolini
(en collaboration avec Titina Maselli)
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1990.
Création dans une mise en scène de Stanislas Nordey.
AMPHITRYON
de Plaute
Publié, précédé de AMPHITRYON d’après Kleist de M. Fabien, aux Éditions Didascalies, Bruxelles, 1992.
Sur Michèle Fabien et l’Ensemble Théâtral Mobile
Marc Quaghebeur, LETTRES BELGES ENTRE ABSENCE ET MAGIE, Éditions Labor, Bruxelles, 1990. Didascalies, 1 4,
(textes de Danielle Bajomée, Marcelle Marini, Christian Vereecken,…), Bruxelles, 1983.
Paul Aron, LA MÉMOIRE EN JEU, Théâtre national de Belgique/ La Lettre volée, Bruxelles, 1995.

