Michèle Fabien
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Michèle Fabien

Le 1 Jan 1997
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NÉE À GENK en 1945. 

« Si on n’est plus obligé de faire des sit­u­a­tions, des per­son­nages, des entrées et des sor­ties, si on n’est plus obligé de racon­ter une intrigue, alots, cela peut être intéres­sant d’écrire pour le théâtre… » C’est en tra­vail­lant sur HAMLET-MACHINE de Hein­er Müller que Michèle Fabi­en fit ce con­stat qui, en elle, libéra l’auteur. Doc­teur en philoso­phie et let­tres (Uni­ver­sité de Liège), Michèle Fabi­en col­la­bore depuis 1974 comme dra­maturge, au sens alle­mand du terme, à l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile fondé par Marc Liebens. Elle défend un théâtre cri­tique, inspiré par Brecht, un théâtre comme pra­tique civique. Alors qu’elle inci­tait Marc Liebens à mon­ter ŒDIPE ROI, celui-ci lui sug­gère de revis­iter le mythe de Jocaste. JOCASTE fut donc sa pre­mière pièce mon­tée. Le tra­vail d’au­teur de Michèle Fabi­en est entière­ment lié à l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile avec lequel elle pour­suit aus­si sa recherche à tra­vers des tra­duc­tions et des adap­ta­tions. « Ce n’est pas le réel de la société qui m’in­spire mais plutôt l’histoire et les mythes… », dit-elle. Dans la plu­part de ses pièces comme de ses adap­ta­tions, elle s’in­téresse à des per­son­nages his­toriques ou mythologiques mais ques­tionne aus­si ardem­ment l’i­den­tité et la parole des femmes. 

Jocaste 

« REGARDE-MOI » dit Jocaste. En vain. Œdipe s’est crevé les yeux. « Soumise et trans­par­ente, Jocaste, la « mère de… la merde », celle qui « n’a pas de seins, pas de longs cheveux, pas de peau lisse et douce et molle », celle qui n’a pas de sexe, Jocaste se révolte. Elle veut exis­ter, vivre et sec­ouer le fardeau de la cul­pa­bil­ité que lui fait porter la loi des hommes. La peste est une mal­adie et Œdipe, pressé de devenir un homme, a tou­jours pris les chemins trop droits. L’év­i­dence des héros. « Ne pou­vais-tu inven­ter autre chose ? » demande Jocaste. Sa voix se perd, sans réponse. Jocaste est exclue, Jocaste ne compte pas. Jocaste ? Un ven­tre coupable, une fonc­tion indigne. Elle veut pour­tant assumer sa nais­sance. Elle est seule désor­mais. Elle fait naître sa parole, et avec elle, affirme son corps, son être féminin. Tout en se libérant, Jocaste accouche d’elle-même. 

Claire Lacombe 

CLAIRE LACOMBE est une femme que la Révo­lu­tion a niée, que l’histoire a oubliée. Claire Lacombe n’a pas eu droit à la guil­lo­tine de la Ter­reur et lorsqu’elle sort de prison, elle veut repren­dre le com­bat. Com­bat pour l’é­gal­ité et la fra­ter­nité. Com­bat des femmes pour exis­ter poli­tique­ment. Mais comme Anne Colombe, beau­coup se sont déjà résignées : « Com­ment veux-tu être écoutée quand tu n’es qu’une masse qui dégoûte ? As-tu vu notre crasse… et enten­du nos cris ? » Car les femmes n’ont pas de mots et pas d’autre iden­tité : elles por­tent les enfants ou don­nent du plaisir. « On ne fait pas l’histoire au fond d’un précipice. » D’autres femmes, comme la Logeuse, rejet­tent cette lutte : une « assem­blée de pau­vres folles », où il n’y a rien à gag­n­er et tout à per­dre. Quant à Gabrielle qui a vu sa mère guil­lot­inée par des révo­lu­tion­naires, elle place désor­mais son espoir entre les pages d’un livre, sur la scène d’un théâtre. Et dans le jour qui se lève, Claire Lacombe reste seule. 

Atget et Berenice 

BERENICE ABBOT est jeune, elle vient d’Amérique à la ren­con­tre de la vieille Europe, à la ren­con­tre du pho­tographe Atget. Que veut-elle exacte­ment ? Enfer­mer Atget dans les pages d’un livre, le faire con­naître out­re-Atlan­tique ?Atget n’est pas dupe. S’il a passé sa vie à garder la trace de ce qui était voué à dis­paraître, à capter l’indicible, ce n’est pas pour se laiss­er momi­fi­er par les mots. Atget se défend, il tente d’immobiliser Berenice dans un cliché : « Inanimer l’objet pour lui pren­dre son Âme et ensuite la lui ren­dre arrangée, trans­for­mée, amé­nagée…» Envoyée d’un nou­veau monde qui échappe à la mélan­col­ie, Berenice esquive, va de l’avant. Au fil de leurs réflex­ions croisées sur la représen­ta­tion, sur l’image, se noue une rela­tion décalée où Berenice avoue sa quête d’une fil­i­a­tion, d’un maître tan­dis qu’Atget insuf­fle la van­ité d’une vie vouée à la mort. « Il n’y a pas de place dans le monde pour le pho­tographe, car il est à côté du temps comme il est à côté de la vie. » 

L’écri­t­ure de Michèle Fabi­en s’est libérée de la sit­u­a­tion, du réal­isme, de la psy­cholo­gie. Ses per­son­nages exis­tent par une prise de parole dont ils ne cessent de met­tre en scène les lim­ites et les enjeux. « Ce qui se passe sur la scène n’imite pas la réal­ité, c’est une réal­ité qui se place à côté de l’autre, celle dite de la vie. » (Michèle Fabi­en) 

ND 

Œuvres théâ­trales

JOCASTE
Pub­lié dans Didas­calies, n° 1,
(avec la par­ti­tion musi­cale
de Marc Hérou­et), Brux­elles,
septembre1981.
Réédi­tion dans Didas­calies, n° 4,
jan­vi­er 1983.
Réédi­tion, suivi de DÉJANIRE
et de CASSANDRE, aux Édi­tions
Didas­calies, Brux­elles, 1995.
Pub­lié en améri­cain dans une
tra­duc­tion de Richard Miller,
dans PLAYS BY WOMEN,
AN INTERNATIONAL ANTHOLOGY,
Ubu Reper­to­ry The­ater Pub­li­ca­tions, 1988.
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, avec le musi­cien Marc Hérou­et, à Brux­elles, en sep­tem­bre 1981.
Créa­tion en néer­landais dans une mise en scène de Trinz Sni­jbers à la Haagse Come­die à La Haye.
Lec­ture publique en améri­cain sous la direc­tion de Françoise Kouril­sky à Ubu Reper­to­ry The­ater, en 1993.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme

NOTRE SADE
Pub­lié dans Didas­calies, n° 8, juin 1985.
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à Brux­elles, en juin 1985.
Prix tri­en­nal de lit­téra­ture dra­ma­tique en 1987.
Dis­tri­b­u­tion : 1 per­son­nage

SARA Z.
Créa­tion en lec­ture-spec­ta­cle par Théâtre Ouvert sous la direc­tion de Mar­cel Bozon­net à Paris, en octo­bre 1982.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 1 homme

TAUSK
Pub­lié aux Édi­tions Actes Sud — Papiers, 1987.
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens à la Mai­son de la Cul­ture de Mons, en sep­tem­bre 1987.
Créa­tion en ital­ien dans une tra­duc­tion d’Ella Cata­lano et Lam­ber­to Con­sani et une mise en scène de Vezio Rug­geri au Teatro Vil­la à Rome.
Cette pièce a béné­fi­cié de l’aide à l’écri­t­ure du Cen­tre nation­al des let­tres en 1984.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 3 hommes

CLAIRE LACOMBE et BERTY ALBRECHT
Pub­liés aux Édi­tions Actes Sud — Papiers, 1989.
Tra­duc­tion en améri­cain d’Anne-Marie Glasheen de CLAIRE LACOMBE à paraître aux États-Unis. Créa­tion des deux pièces sous le titre DES FRANÇAISES dans une mise en scène de Lau­rence Févri­er au CAC Les Gémeaux à Sceaux, en avril 1989.
Créa­tion de CLAIRE LACOMBE dans une mise en scène de Marc Liebens au Cen­tre cul­turel Jacques Franck, en sep­tem­bre 1989.
Dis­tri­b­u­tion :
CLAIRE LACOMBE : 4 femmes
BERTY ALBRECHT : 4 femmes, 2 hommes

ATGET ET BERENICE
Pub­lié aux Édi­tions Actes Sud — Papiers, 1989.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens à la Mai­son de la Roquette à Arles, en juil­let 1989.
Cette pièce a béné­fi­cié de l’aide à l’écri­t­ure du Cen­tre nation­al des let­tres en 1988.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 1 homme

AMPHITRYON
d’après Kleist
Pub­lié, suivi de AMPHITRYON de Plaute (tra­duc­tion de M. Fabi­en), aux Édi­tions Didas­calies, Brux­elles, 1992.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre nation­al de Bel­gique, en octo­bre 1991.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 4 hommes

DÉJANIRE
Pub­lié aux Édi­tions Didas­calies, Brux­elles, 1995.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens, dans le cadre du 3 : fes­ti­val de la Con­ven­tion théâ­trale européenne et de Lux­em­bourg 95, au Théâtre des Capucins à Lux­em­bourg et au Théâtre nation­al de la Com­mu­nauté française à Brux­elles, en mai 1995.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 2 hommes

Adap­ta­tions

MAISON DE POUPÉE
d’Ibsen
Pub­lié dans les Cahiers Théâtre Lou­vain, n° 1, 1975.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens dans le cadre du Fes­ti­val du jeune théâtre, au Foy­er cul­turel du Sart-Tilman, à Liège, en 1975.

LES BONS OFFICES
de Pierre Mertens
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens à l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile, à Brux­elles, en 1980.

OUI
de Thomas Bern­hard
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Marc Liebens, en 1981.

AURÉLIA STEINER
de Mar­guerite Duras
Pub­lié dans Didas­calies, n°3, avril 1982.
Créa­tion par l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile dans une mise en scène de Michèle Fabi­en, en 1982.

CASSANDRE
d’après Christa Wolf
Pub­lié aux Édi­tions Didas­calies, Brux­elles, 1995.
Créa­tion dans une mise en scène de Marc Liebens à la Raf­finer­ie du Plan K à Brux­elles, en févri­er 1995.

UNE PAIX ROYALE
de Pierre Mertens
Créa­tion annon­cée dans une mise en scène de Marc Liebens au Théâtre Marni à Brux­elles, le 23 sep­tem­bre 1997.

Tra­duc­tions

AFFABULAZIONE
de Pier Pao­lo Pasoli­ni
(en col­lab­o­ra­tion avec Titi­na Masel­li)
Pub­lié aux Édi­tions Actes Sud — Papiers, 1988.
Créa­tion dans une mise en scène de Christophe Per­ton.

PYLADE
de Pier Pao­lo Pasoli­ni
(en col­lab­o­ra­tion avec Titi­na Masel­li)
Pub­lié aux Édi­tions Actes Sud — Papiers, Paris, 1990.
Créa­tion dans une mise en scène de Stanis­las Nordey.

AMPHITRYON
de Plaute
Pub­lié, précédé de AMPHITRYON d’après Kleist de M. Fabi­en, aux Édi­tions Didas­calies, Brux­elles, 1992.
Sur Michèle Fabi­en et l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile
Marc Quaghe­beur, LETTRES BELGES ENTRE ABSENCE ET MAGIE, Édi­tions Labor, Brux­elles, 1990. Didas­calies, 1 4,
(textes de Danielle Bajomée, Mar­celle Mari­ni, Chris­t­ian Vereeck­en,…), Brux­elles, 1983.
Paul Aron, LA MÉMOIRE EN JEU, Théâtre nation­al de Belgique/ La Let­tre volée, Brux­elles, 1995.

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Écrit par Nancy Delhalle
Nan­cy Del­halle est pro­fesseure à l’Université de Liège où elle dirige le Cen­tre d’Etudes et de Recherch­es sur...Plus d'info
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