Nicolas Florence
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Nicolas Florence

Le 1 Août 1997
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LA SENSUALITÉ, le désir de ren­con­tre et le mir­a­cle qu’il sous-tend, l’insoutenable cli­vage, le mys­tère assas­sin de l’autre, le frôle­ment théorique de l’union par­faite, les sen­ti­ments inutiles à combler la faille orig­inelle et enfin « la parole débor­dée »1, oblig­ée de l’être pour dire l’impossible et cou­vrir l’espace d’une pen­sée hors lim­ites.
On n’en­tre pas dans la poésie de Nico­las Flo­rence comme dans un moulin. Il faut pren­dre le temps de pénétr­er sa forme ser­rée. Il faut labour­er et faire les aller retour néces­saires pour ouvrir Les sil­lons de sa terre. Se des­sine alors, exprimée de son apparence pre­mière, la fragilité pré­cieuse d’une pen­sée inquiète.
L’écri­t­ure de Nico­las Flo­rence comme l’ex­péri­ence ou la frus­tra­tion de la ren­con­tre et des mou­ve­ments de rela­tion qu’elle provoque… Sou­vent, entre deux per­son­nages qui sont le déploiement infi­ni de la pen­sée de Rim­baud : « Je est un autre ». L’aspect mono­lithique de chaque per­son­nage se fis­sure et nous laisse voir des béances où l’auteur s’écrit, se recon­nais­sant, séparé et plusieurs, et à la recherche d’une impos­si­ble union.
Nico­las Flo­rence est né à Brux­elles le 19 sep­tem­bre 1942, quinze min­utes après son frère jumeau. Il fait des études de médecine et sort dipômé de l’U­ni­ver­sité de Lou­vain en 1968. En 1972, il se spé­cialis­era en gyné­colo­gie-obstétrique. Il est aujourd’hui accoucheur. 

L’une d’elles 

Laurence Vielle dans L'UNE D'ELLES de Nicolas Florence, Bruxelles, 1994. Photo Valérie Carro.
Lau­rence Vielle dans L’UNE D’ELLES de Nico­las Flo­rence, Brux­elles, 1994. Pho­to Valérie Car­ro.

SUR SCÈNE, se côtoient, divisés et antithé­tiques, les décors insé­para­bles de deux cham­bres, intérieurs sym­bol­iques de deux mémoires d’une seule his­toire : celle d’un père qui s’en va pour fuir la guerre ou autre chose, emmenant avec lui l’une de ses deux filles jumelles, sec­tion­nant défini­tive­ment en deux sa progéni­ture. À trente ans, on les entend encore souf­frir de n’être que la moitié d’elles et désir­er fatale­ment ce qui, en un seul instant, les comblerait et les ferait mourir. L’autre devient alors et en même temps le sujet obses­sion­nel de la haine, de l’amour. Parce qu’elle est mon­stre vivant, à la fois et en même temps : la dif­férente et la pareille, l’inacceptée et l’inévitable.
Nico­las Flo­rence reprend le thème mythologique du dou­ble pour faire, peut-être, une représen­ta­tion physique du drame con­sti­tu­tif et essen­tiel qui tra­vaille en cha­cun de nous : « Parce que l’homme est à moitié né, il est ce qu’il aime, ou il est son amour. Pas­sage d’un sexe dans l’autre. »2 Les deux femmes, cha­cune dans leur cham­bre, se taisent et n’en finis­sent pas de par­ler dans la tête de l’autre. Elles créent un dia­logue virtuel, enivrant et douloureux qui ne s’interrompra qu’avec la mort fic­tive de l’une et réelle de l’autre. Mais qui est qui, de l’une et de l’autre ? 

CR 

Œuvres théâ­trales

EN CET ÉTAT D’IVRESSE
Pub­lié aux Édi­tions Noc­turnes, Brux­elles, 1990.
Créa­tion dans une mise en scène de François Beuke­laers au Cen­tre cul­turel Le Botanique à Brux­elles, le 1er juin 1990.
Dis­tri­b­u­tion : 2 hommes (jumeaux), 1 femme
Durée : 1h

SUPPLIQUE DE L’ARTISTE À SON MODÈLE
Pub­lié aux Édi­tions Le Pas­sant dis­trait, Brux­elles, 1991.
Dis­tri­b­u­tion : 3 hommes, 2 femmes
Durée : 1h30

L’UNE D’ELLES
Pub­lié aux Édi­tions Le Pas­sant dis­trait — Art Mani­ac, Brux­elles, 1994.
Créa­tion par Art Mani­ac dans une mise en scène de Bernard Mouffe dans les combles du Doyen­né, à Brux­elles, le 7 novem­bre 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes (jumelles) et un troisième per­son­nage, homme ou femme per­son­nifi­ant les didas­calies
Durée : 1h

  1. André Du Bouchet, in LE POÉTIQUE, LE RÉEL, Franc Ducros, Méri­di­ens Klinck­sieck, Paris, 1987.  ↩︎
  2. Joe Bous­quet, D’UN REGARD L’AUTRE, Édi­tions Verdier.  ↩︎
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Écrit par Corinne Rigaud
Corinne Rigaud est née à Orange, un trois avril. Elle a déjà dit qu’elle aimait les jupes de...Plus d'info
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Par Corinne Rigaud
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