LA SENSUALITÉ, le désir de rencontre et le miracle qu’il sous-tend, l’insoutenable clivage, le mystère assassin de l’autre, le frôlement théorique de l’union parfaite, les sentiments inutiles à combler la faille originelle et enfin « la parole débordée »1, obligée de l’être pour dire l’impossible et couvrir l’espace d’une pensée hors limites.
On n’entre pas dans la poésie de Nicolas Florence comme dans un moulin. Il faut prendre le temps de pénétrer sa forme serrée. Il faut labourer et faire les aller retour nécessaires pour ouvrir Les sillons de sa terre. Se dessine alors, exprimée de son apparence première, la fragilité précieuse d’une pensée inquiète.
L’écriture de Nicolas Florence comme l’expérience ou la frustration de la rencontre et des mouvements de relation qu’elle provoque… Souvent, entre deux personnages qui sont le déploiement infini de la pensée de Rimbaud : « Je est un autre ». L’aspect monolithique de chaque personnage se fissure et nous laisse voir des béances où l’auteur s’écrit, se reconnaissant, séparé et plusieurs, et à la recherche d’une impossible union.
Nicolas Florence est né à Bruxelles le 19 septembre 1942, quinze minutes après son frère jumeau. Il fait des études de médecine et sort dipômé de l’Université de Louvain en 1968. En 1972, il se spécialisera en gynécologie-obstétrique. Il est aujourd’hui accoucheur.
L’une d’elles

SUR SCÈNE, se côtoient, divisés et antithétiques, les décors inséparables de deux chambres, intérieurs symboliques de deux mémoires d’une seule histoire : celle d’un père qui s’en va pour fuir la guerre ou autre chose, emmenant avec lui l’une de ses deux filles jumelles, sectionnant définitivement en deux sa progéniture. À trente ans, on les entend encore souffrir de n’être que la moitié d’elles et désirer fatalement ce qui, en un seul instant, les comblerait et les ferait mourir. L’autre devient alors et en même temps le sujet obsessionnel de la haine, de l’amour. Parce qu’elle est monstre vivant, à la fois et en même temps : la différente et la pareille, l’inacceptée et l’inévitable.
Nicolas Florence reprend le thème mythologique du double pour faire, peut-être, une représentation physique du drame constitutif et essentiel qui travaille en chacun de nous : « Parce que l’homme est à moitié né, il est ce qu’il aime, ou il est son amour. Passage d’un sexe dans l’autre. »2 Les deux femmes, chacune dans leur chambre, se taisent et n’en finissent pas de parler dans la tête de l’autre. Elles créent un dialogue virtuel, enivrant et douloureux qui ne s’interrompra qu’avec la mort fictive de l’une et réelle de l’autre. Mais qui est qui, de l’une et de l’autre ?
CR
Œuvres théâtrales
EN CET ÉTAT D’IVRESSE
Publié aux Éditions Nocturnes, Bruxelles, 1990.
Création dans une mise en scène de François Beukelaers au Centre culturel Le Botanique à Bruxelles, le 1er juin 1990.
Distribution : 2 hommes (jumeaux), 1 femme
Durée : 1h
SUPPLIQUE DE L’ARTISTE À SON MODÈLE
Publié aux Éditions Le Passant distrait, Bruxelles, 1991.
Distribution : 3 hommes, 2 femmes
Durée : 1h30
L’UNE D’ELLES
Publié aux Éditions Le Passant distrait — Art Maniac, Bruxelles, 1994.
Création par Art Maniac dans une mise en scène de Bernard Mouffe dans les combles du Doyenné, à Bruxelles, le 7 novembre 1994.
Distribution : 2 femmes (jumelles) et un troisième personnage, homme ou femme personnifiant les didascalies
Durée : 1h

