
NÉ À BRUXELLES en 1956.
Écrire : se donner un outil de connaissance. Écrire : se mettre en jeu, se mettre en doute, se connaître, se pousser plus loin à travers le mot. Écrire : devenir un outil pour l’écriture en s’immergeant dans sa logique. Et l’écriture, dit-il, doit aller « au-delà de mon expression personnelle, de mon plaisir, qui pourrait être de la simple graphomanie, elle doit révéler quelque chose de fort ou ne pas être. » Quand Patrick Bonté écrit, la rigueur et la circonspection sont de mise. Une trace de sa formation de philosophe ? Plutôt une façon d’être, à l’image de sa discrétion. Et une constante. Qu’il se pose comme auteur en quête d’anti-théâtre, comme acteur ou comme metteur en scène, reste son besoin d’écrire dans un rapport d’échanges : avec ceux qu’il choisit pour travailler, avec la pensée et l’univers d’autres créateurs, Hülderlin, Muno, Rops. Mais surtout avec sa complice dans la coréalisation de spectacles explorant l’étrange et sa limite : Nicole Mossoux, chorégraphe et danseuse. Ces échanges sont autant de remises en questions, questions présentes dans la chair même du texte, qu’il soit verbal, écrit pour être parlé, ou non verbal, base de travail de la recherche sur comment le représenter. Comment le représenter ? Encore une question, encore et encore… Des réponses ?Peut-être dans le point d’exclamation de son téléscope pointé vers le ciel.
Les enfers secondaires
FÉLICIEN a une femme : Aurélie. Félicien a une femme : Léontine. Félicien a deux femmes ?Pas du tout. Félicien a deux fois une femme. C’est probablement ce qui leur permet de cohabiter. Et s’il y a parfois confusion, ce qui prête à rire, ce n’est pas très grave, puisque de toute façon elles sont sœurs. Modèles du peintre, elles représentent l’entourage de l’artiste, qui ne comprend pas toujours ses besoins, même les plus simples : on parle d’un café promis, sans cesse différé, qui n’arrivera jamais. Elles sont la référence marquant le décalage entre un artiste et son époque, par la distance au monde que lui impose son travail. Mais elles assurent également la cohérence de son univers. Peut-être sont-elles soucieuses à l’annonce de ce nouveau modèle, cette Clara Blum, qui passera comme un rêve de mort, catin-philosophe qui vient faire du pied à Félicien, provoquer sa parole. Une parole brève, aux phrases interrompues, à la typographie témoignant des ruptures de la pensée. Une écriture dramatique baignée de l’univers et de l’œuvre de Rops, sans que les références ne soient pesantes.
Les dernières hallucinations de Lucas Cranach l’Ancien
LES PRINCES MALSAINS, Crucifixion en rose, Les anges déchus n’annoncent plus… Quinze séquences, parfois de quelques lignes seulement. « Images aberrantes », propositions d’«actes troubles », sans repères chronologiques ni ordre, inspirées par la peinture de Lucas Cranach et marquant une certaine prédilection pour les poissons. Sensation d’‘étrange, d’ambiance riche en détails et en petites choses qui en disent long, révélant l’absurdité par la focalisation. Cette suite n’est qu’une proposition, libre à celui qui veut les faire vivre de toutes les prendre en compte ou de ne s’attacher qu’à quelques-unes. C’est la porte ouverte sur l’inconnu, une exploration de zones sombres à la recherche de l’inattendu. Pour l’auteur, c’est l’occasion de s’aventurer dans une autre écriture, intégrant le mouvement, non comme substitution de la parole, mais comme élément composant ou révélateur de la fiction. Et s’en dégagent des sensations inhabituelles : le frottement des étoffes, des murmures, des tics, des lumières. C’est dans sa collaboration avec Nicole Mossoux que Patrick Bonté explore cet autre versant de l’écriture.
VT
Œuvres théâtrales
LE TIERS DES TROIS
Création dans une mise en scène
de Daniel Nicodème aux Midis
du Rideau de Bruxelles,
en 1980.
Distribution : 3 femmes,
1 homme
Durée : 1h
L’AMOUR À MORT
Création dans une mise en scène
de l’auteur aux Midis du Rideau
de Bruxelles, en 1981.
Distribution : 3 femmes,
1 homme
Durée : 50 minutes
LES ENFERS SECONDAIRES
Publié, suivi de LES DERNIÈRES
HALLUCINATIONS DE LUCAS
CRANACH L’ANCIEN,
aux Éditions L’Éther Vague -
Patrice Thierry Éditeur,
Toulouse, 1991.
Création sous le titre ÉRUCTE,
ROPS dans une mise en scène
de Bernard Damien au Théâtre
du Grand Midi à Bruxelles,
en 1987.
Distribution : 3 femmes,
2 hommes
LES DERNIÈRES
HALLUCINATIONS DE LUCAS
CRANACH L’ANCIEN
Publié, précédé de LES ENFERS
SECONDAIRES, aux Éditions
l’Éther Vague — Patrice Thierry
Éditeur, Toulouse, 1991.
Création dans une mise en scène
et une chorégraphie de l’auteur
et de Nicole Mossoux
au Theater De Synagoge,
à Tilburg (Pays-Bas), en 1990.
Distribution : étant donné
le type particulier d’écriture,
la répartition des rôles dépend
du travail envisagé
L’TRRÉCONCILIATION
d’après la vie et l’œuvre
d’Hôülderlin
Création dans une mise en scène
de l’auteur, sur un projet
de Pascal Crochet, à la chapelle
des Brigittines à Bruxelles,
en 1991.
Distribution : 1 femme,
1 homme
Durée : 1h
Adaptations
CAMÉLÉON
d’après les romans et nouvelles
de Jean Muno
Publié aux Éditions Jacques
Antoine (Les Éperonniers),
Bruxelles, 1983.
Création dans une mise en scène
de l’auteur au Théâtre
de l’Esprit frappeur à Bruxelles,
en 1981.
Distribution : 1 homme
Durée : 1h15
L’ORDURE LYRIQUE
d’après les romans et essais
de Marcel Moreau
Création dans une mise en scène
de l’auteur au Centre Bruegel
à Bruxelles, en 1985.
Distribution : 1 femme
(rôle muet), 1 homme
Durée : 1h
Pièces radiophoniques
BÂLE TERMINUS
Mise en ondes de Pierre Pivin,
RTBE, 1981.
TOUTE LA POLOGNE
CONTRE LA MORT
Mise en ondes de Jerzy
Tuszewski, Radio Varsovie,
1983.
ORSON DANS L’ANGLE MORT
Mise en ondes de l’auteur,
RTBE, 1990.

