ON NE PEUT pas aimer le ciel et la cuisine comme ça sans être suspect, surtout quand on mélange sans scrupules les deux et que l’on en fait deux lieux de fantasmes et d’inspiration. « La cocotte minute affolait les narines du ciel…» Ce n’est pas nous qui le lui avons fait dire. Ainsi, depuis le ciel jusque dans la cuisine, Patrick Lerch éveille nos soupçons et nous soumet à la tentation. Pour cela, il s’est acoquiné avec ses personnages dont le relief évoque, sans jamais aller jusqu’à la caricature, la peinture de certains illustrateurs comiques1 ou Les largesses sculpturales du travail d’un Botero : ils sont plus vrais que vrais et prennent à chaque fois toute la place dans l’histoire. Et comme les chats ne font pas des chiens, ils sont généralement préoccupés par deux questions essentielles : « Qui je suis ? » et « Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » Pour essayer de soulager ces désarrois, Patrick Lerch remplit ses textes de mères qui amortissent comme elles peuvent tous les chocs et donnent tant bien que mal tout leur amour. Et puis surtout, il permet de temps en temps à ses personnages de se dérober d’un quotidien difficile et cruel en leur créant une voie de communication idéale, le chemin de l’imaginaire qui transfigure — on a envie de dire, heureusement — le réel. Mais seuls les arbres et les oiseaux et ceux qui les fréquentent semblent l’avoir remarqué. Si dans les pièces de Patrick Lerch le vocabulaire est obsessionnel et propose une version illustrée des angoisses philosophiques quant au combat du corps et de l’âme, l’auteur laisse parler les histoires, les grandes et Les petites, celles des gens qui font la vie. Auteur, acteur, Patrick Lerch est né en 1959 à Paris. Il vit et travaille aujourd’hui à Bruxelles.
L’ange et le cuisinier
L’ANGE DUDU est en quelque sorte un chargé de mission : il doit, sur terre, trouver un cuisinier et le ramener au ciel. Accessoirement, il doit apporter sa grâce aux « gens d’ailleurs et de si peu ». Les gens d’en bas, Dudu les regarde avec cette naïveté angélique qui n’a pas son pareil ; il juge certainement l’incongruité de leur situation. « Les gens d’ailleurs et de si peu » semblent fonctionner de manière autonome, sans aucune possibilité de solidarité ou d’interférences jusqu’à ce qu’un jour, ils se croisent — peutêtre par hasard — dans le restaurant du cuisinier. C’est à ce moment que l’Ange Dudu oublie sa mission céleste et tombe amoureux de Mère, la surcharge pondérale de la pièce. Il n’ira pas jusqu’au terme de son envie, interrompu par les anges Norbert et Gabriel qui ont fait une descente (ils n’auraient pas dû d’ailleurs…) Tout se termine comme un repas de grande fête : avec le désordre des miettes et des odeurs, avec les petites morts et les grandes réconciliations et Dieu… qui profite toujours de ces moments-là pour livrer un message dont il est le seul à posséder le sens profond.
CR
Œuvres théâtrales
LES NUAGES DANS LES YEUX BLEUS DE MA MÈRE
Traduit en néerlandais par Franck Neyens, Bruxelles, 1993.
Distribution : 4 hommes, 2 femmes, 1 enfant
LES SILENCES DE MONSIEUR TARWITZ
Monologue.
Publié aux Éditions du Groupe Aven, Fascicules, n° 10, Bruxelles, 1994.
Création en lecture publique au Théâtre Essaïon, Paris, 1994.
ZILOU PARLE
Lecture en collaboration avec le Magasin d’Écriture théâtrale, à l’Espace Senghor, Bruxelles, en janvier 1997.
Distribution : 3 femmes, 2 hommes
L’ANGE ET LE CUISINIER
Publié aux Éditions du Groupe Aven, Bruxelles, 1997.
Écrit en résidence d’auteur à La Chartreuse de Villeneuve-lezAvignon (janvier-avril 1996).
Bourse de la Direction du théâtre et des spectacles (France).
Lecture publique par Roland
Bertin organisée par Théâtrales au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées, Paris.
Distribution : 12 acteurs et des petites fées
PÉCHÉ DE BOUCHE
Pièce courte.
Commande de Jean-Marie Piemme dans le cadre d’un projet sur les péchés capitaux.
Lecture-spectacle au Théâtre de la Balsamine, Bruxelles, en avril 1997.
- On pense à Dubout. ↩︎

