TROIS AUTEURS pour une pièce : le théâtre-action est d’abord une question d’équipe, là où les forces se regroupent, où les énergies s’associent pour résister. Résister à ce qui broie, écrase, distille l’oubli, estompe la mémoire pour imposer la loi de la rentabilité, la loi de l’exclusion. Groupes d’hommes et de femmes en lutte contre une vaste machinerie, le théâtre-action « décante les idées dominantes et s’en va regarder derrière les portes. » (Paul Biot in THÉÂTRE-ACTION…, Éditions du Cerisier, p.22.) Résistance par les mots, résistance par l’acte créatif lui-même puisque le théâtre-action « reconnaît à chacun un rôle critique et créateur » (op. cir., p.32) et offre à chacun — fût-il exclu des circuits traditionnels de prise de parole — la possibilité de s’exprimer à partir de son vécu et de son imaginaire. Le travail se fait essentiellement en ateliers où se dessinent les questions, les problèmes, les rêves qui donneront lieu à la pièce. Et si Paul Biot, fondateur de la Compagnie du Campus, Patricia Macaux et Giovanni Orlandi, animateurs dans la même compagnie, ont pris la plume pour assumer l’écriture de P.M. (POUR MÉMOIRE), c’est qu’il faut à un moment donné que l’écriture d’auteurs rende au matériau sa cohésion et sa charge de poésie. Des auteurs qui ont voulu entendre Le poète parfois « fugace » que chaque individu abrite en lui.
P.m. (pour mémoire)
UNE FEMME semble être tombée du train. A‑t-elle sauté ? Quelqu’un l’a‑t-il poussée ? Lui, le passager à l’ordinateur, accuse l’Acteur, troisième personnage de ce huis-clos. L’Acteur se défend mais loin de se disculper, il dresse pour Lui un portrait de la voyageuse : « une hystérique, une marginale, une asociale », passagère clandestine, inconnue, anonyme. Lui s’insurge mais le travail de sape a commencé. L’Acteur veut faire oublier cette femme. Flash-back sur les échanges entre l’Acteur et Elle, femme-mémoire qui conserve scrupuleusement dans un classeur des coupures de journaux relatant des faits divers. Curieuse, elle scrute l’Acteur et cherche à percer cet homme qui puise ses provocations et ses menaces chez Shakespeare. La violence s’accroît et Lui retirerait volontiers son épingle du jeu. Il voudrait s’effacer, effacer de sa mémoire la trace de ces deux êtres qui, justement, ne s’effacent pas. Marionnette entre les mains d’un fanatique, il est bientôt prêt à éliminer cette gêneuse, cette conscience qui ne laisse pas en paix. « Il faut oublier maintenant ; pas de mémoire, pas de responsabilité, pas de faute…»
ND
P.M. (POUR MÉMOIRE)
Publié aux éditions du Cerisier,
Cuesmes, 1993.
Création par la Compagnie du
Campus dans une théâtralisation
de Patrick Duquesne
au Goethe Institut à Bruxelles,
en novembre 1992.
Distribution : 1 femme,
2 hommes
Durée : 1h
À consulter :
THÉÂTRE-ACTION DE 1985
À 1995,
ITINÉRAIRES, REGARDS,
CONVERGENCES,
Éditions du Cerisier,
Cuesmes, 1996.

