
NÉ À BRUXELLES en 1944.
D’un côté du miroir, un docteur en philosophie et lettres (Université catholique de Louvain), ancien attaché scientifique aux Archives et musée de la littérature qui enseigne aujourd’hui à l’TAD et à l’École des arts visuels de La Cambre. De l’autre côté, un auteur ironique et caustique, un plaisantin, un farceur qui a le sens du dérisoire. Malicieusement, Paul Emond joue avec la réalité. Son univers, c’est le palais des glaces. Ludique et léger. Si grave pourtant. Kundera n’est pas loin, que l’auteur, amateur de littérature tchèque, admire. Lorsqu’il vient à l’écriture théâtrale, en 1984, Paul Emond a déjà publié trois romans (LA DANSE DU FUMISTE, PLEIN LA VUE, PAYSAGE AVEC UN HOMME NU DANS LA NEIGE aux Éditions Jacques Antoine/Les Éperonniers). Son écriture intéresse le metteur en scène Philippe Sireuil qui lui commande une pièce. Ce sera LES PUPILLES DU TIGRE. Deuxième commande, le texte de CONVIVES est élaboré lors d’un travail avec les étudiants de l’‘IAD. Paul Emond se consacre dès lors à l’écriture dramatique, travaillant à des adaptations tandis que ses pièces sont créées à Bruxelles, Marseille, Paris ou New York. En 1996, l’œuvre de Paul Emond est couronnée du prix Herman Closson de la SACD.
Les pupilles du tigre
LE TIGRE RÔDE aux alentours, sa venue est imminente, mais il se refuse encore.
Sous la direction de Telman, le metteur en scène, les personnages attendent et se préparent avec passion : l’arrivée du tigre sera le plus beau spectacle, le plus fort, le dernier. Ils répètent le sacrifice qu’ils vont lui offrir de leur propre personne. Meisterlich, maître dompteur, tient l’animal en respect ; Tefler fait le portrait du tigre ; Brunelda, la cantatrice, la fiancée, lui dédie son plus beau chant et sa chair parfumée. Théâtre dans le théâtre, la pièce s’organise comme une vaste métaphore d’un temps où la métaphysique n’a plus cours. Qui est le tigre ? Quel est le sens de l’attente ? La tension créée par l’angoisse et la peur atteint un paroxysme, donne aux personnages la dimension tragique des héros shakespeariens pour subitement se briser sur la réalité triviale : Meisterlich, si hiératique, n’est pas dompteur, mais seulement Flip le boucher. « Le quotidien a pris le théâtre d’assaut » et le mythe s’effondre.
Malaga
« CE PAYS est un train fou lancé dans le brouillard », dit Flambard. < Seulement, ce soir justement, les trains sont en grève et la boutade ne fait rire personne dans la salle d’attente de la gare. Il y a bien Barat qui relève timidement mais ça énerve Astrid, sa femme. Astrid qui n’en peut plus, Astrid qui vide son sac. De remarques cinglantes en scènes désespérées, Astrid déballe son amertume, ses frustrations, ses reproches, ses regrets. Parce qu’ils vont rater l’avion pour Malaga, parce que sa bellemère a épousé l’ancien fiancé d’Astrid juste la veille du départ — exprès —, parce qu’elle s’appelle Anna, comme sa belle-mère et que ce n’était pas à elle de changer de nom. Barat, lui, croit à Malaga, terre promise où tout s’arrangera. Il temporise. Mais lorsque Amanda, une solitaire en quête de compagnie, se joint à eux, Astrid et Flambard débobinent leur vie, leurs concessions, leurs erreurs, s’inventent peut-être des vengeances, des exploits ; ils mettent à nu leurs amours, leurs désamours jusqu’à atteindre une vérité implacable. Et Barat reste seul sur le quai pour Malaga…
Inaccessibles amours
DANS UN BISTROT de Bruxelles, Caracala attend. Pour tuer le temps, il enroule les mots autour de sa solitude. Caracala est boucher mais il préfère Le poisson. Caracala est timide mais il assume. Souvent, ses parents l’oubliaient dans un coin. Caracala, un petit chauve qui raconte sa mère si grande, si fière et son père, bien chevelu, qui est parti avec une négresse. Caracala aussi a connu une négresse, il l’’employait dans sa boucherie. Elle l’a quitté sans un mot un jour que la porte du grand frigidaire s’est refermée sur eux. Caracala ne connaît pas les femmes : « On est toujours seul. » Il a pris un chat — noir — et offre des fleurs — blanches — à la serveuse. Il est comme ça, Caracala. Il n’aime pas trop les pédés ni les Arabes. La serveuse s’attendrit sur ce type qui lui fait des confidences, un timide, un gentil. Mais on ne s’apitoie pas sur Caracala : il a sa fierté. Il querelle la serveuse puis vient gentiment demander pardon. Caracala, c’est un tendre, pas comme cet énergumène qui déboule dans le bar avec son histoire d’amour ratée…
Les personnages de Paul Emond répandent un flot de paroles, délivrent des successions de mots qui ne sont jamais que des fragments d’une parole labyrinthe, d’un discours censé combler ou vider. Révéler et masquer. Comme les éclats d’un miroir cassé.
ND
Œuvres théâtrales
LES PUPILLES DU TIGRE Publié aux Éditions Didascalies,
Bruxelles, 1986.
Création dans une mise en scène de Philippe Sireuil
au Théâtre de la Place à Liège, en septembre 1986.
Réalisation cinématographique de Michel Jakar diffusée par la RTBF en 1987.
Distribution : 2 femmes, 5 hommes
Durée : 2h
CONVIVES
Publié aux Éditions Les
Éperonniers, Bruxelles, 1990.
Création dans une mise en scène de Jules-Henri Marchant au Théâtre Blocry à Louvainla-Neuve, en mai 1990.
Nouvelle mise en scène de Lukas Hemleb au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1992.
Distribution : 5 femmes, 4 hommes
Durée : 1h30
INACCESSIBLES AMOURS
Publié à Théâtre Ouvert, collection Tapuscrits, n° 69, Paris, 1992.
Nouvelle publication aux Éditions Lansman, collection Beaumarchais, Carnières, 1994.
Publié en anglais dans NEW FRENCH LANGUAGE PLAYS,
Ubu Repertory Theater, 1993.
Publié en néerlandais
sous le titre LOOZE LIEFDES dans une traduction de François Beukelaers, aux Éditions Lansman, collection Bilingue, Carnières, 1996.
Création dans une mise en scène de Roumen Tchakarov aux Midis du Rideau de Bruxelles en avril 1992.
Nouvelle mise en scène
d’Abbès Zahmani au Théâtre
du Gymnase à Marseille et à
Théâtre Ouvert à Paris,
en 1995.
Création en américain
sous le titre TALK ABOUT LOVE !
dans une traduction
de Richard Miller et une mise
en scène de Shirley Kaplan
au Ubu Repertory Theater of New
York, en novembre 1993.
Adaptation pour la télévision
slovaque sous Le titre SAMOTA
LASKY dans une mise en scène
de Juraj Nvota.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h30
MALAGA
Publié aux Éditions Lansman,
collection Beaumarchais, n° 3,
Carnières, 1994.
Création dans une mise en scène
d’Abbès Zahmani au Théâtre
du Gymnase à Marseille,
en novembre 1996.
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 1h45
Moi, JEAN-JOSEPH CHARLIER
DIT JAMBE DE BOIS, HÉROS
DE LA RÉVOLUTION BELGE
Publié dans les Cahiers du Rideau,
n° 21, Bruxelles, 1994.
Création dans une mise en scène
de Jules-Henri Marchant
au Rideau de Bruxelles, en septembre 1994.
Distribution : 1 homme
Durée : 1h
CAPRICES D’IMAGES
Publié par Théâtre Ouvert,
collection Tapuscrits, n° 80,
Paris, 1995.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
Durée : 2h
LE ROYAL
Écrit en 1997.
Distribution : 2 femmes, 6 hommes
Durée : 2h
GRINCEMENTS ET AUTRES BRUITS
À paraître aux Éditions Lansman
en 1997.
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 2h
LA DÉCISION
Écrit en 1997.
Distribution : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h45
Pièces radiophoniques
GRAND FROID (1986);
LA NUIT TRAVERSÉE (1986);
TÊTE À TÊTE (1990).
Réalisations de la RTBF
dans le cadre de l’émission StudioThéâtre produite par Jean-Louis Jacques.
Traductions et adaptations
LES CHÂTEAUX MAGNIFIQUES
d’Eugen O’Neill
Création dans une mise
en scène de Roumen Tchakarov au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1990.
LE JOURNAL INTIME DE SALLY MARA
de Raymond Queneau
Création dans une mise
en scène de Guy Pionaux Arbalestriers à Monset au Théâtre de Poche à Bruxelles, en 1994.
LE ROI LEAR
de Shakespeare
Publié dans les Cahiers du Rideau, n° 22, Bruxelles, 1994.
Création dans une miseen scène de Roumen Tchakarov
au Rideau de Bruxelles, en 1994.
LE MARCHAND DE VENISE
de Shakespeare
Publié aux Éditions Lansman, Carnières, 1995.
Création dans une mise en scène de Michel Tanner aux Arbalestriers à Mons et au Théâtre national de la Communauté française de Belgique, en 1995.
L’ODYSSÉE
d’Homère
Création dans une mise en scène de Jules-Henri Marchant au Rideau de Bruxelles, en février 1996.
LETTRES D’AMOUR DE PIRANDELLO À MARTHA ABBA
Création dans une mise
en scène de Roumen Tchakarov
au Rideau de Bruxelles,
en janvier 1997.
LES BACCHANTES
d’Euripide
Publié aux Éditions Lansman, coll.
Passé croisé, n° 6, Carnières, 1997.
Création dans une mise en scène de Michel Tanner au Foyer culturel de SaintGhislain, en février 1997.
Sur Paul Emond
Dominique Meurant, in Dossiers L, n° 48, Marche-en-Famenne, 1996.

