Paul Emond
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Paul Emond

Le 1 Août 1997
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Paul Emond
Paul Emond

NÉ À BRUXELLES en 1944.

D’un côté du miroir, un doc­teur en philoso­phie et let­tres (Uni­ver­sité catholique de Lou­vain), ancien attaché sci­en­tifique aux Archives et musée de la lit­téra­ture qui enseigne aujourd’hui à l’TAD et à l’École des arts visuels de La Cam­bre. De l’autre côté, un auteur ironique et caus­tique, un plaisan­tin, un farceur qui a le sens du dérisoire. Mali­cieuse­ment, Paul Emond joue avec la réal­ité. Son univers, c’est le palais des glaces. Ludique et léger. Si grave pour­tant. Kun­dera n’est pas loin, que l’auteur, ama­teur de lit­téra­ture tchèque, admire. Lorsqu’il vient à l’écri­t­ure théâ­trale, en 1984, Paul Emond a déjà pub­lié trois romans (LA DANSE DU FUMISTE, PLEIN LA VUE, PAYSAGE AVEC UN HOMME NU DANS LA NEIGE aux Édi­tions Jacques Antoine/Les Éper­on­niers). Son écri­t­ure intéresse le met­teur en scène Philippe Sireuil qui lui com­mande une pièce. Ce sera LES PUPILLES DU TIGRE. Deux­ième com­mande, le texte de CONVIVES est élaboré lors d’un tra­vail avec les étu­di­ants de l’‘IAD. Paul Emond se con­sacre dès lors à l’écriture dra­ma­tique, tra­vail­lant à des adap­ta­tions tan­dis que ses pièces sont créées à Brux­elles, Mar­seille, Paris ou New York. En 1996, l’œuvre de Paul Emond est couron­née du prix Her­man Clos­son de la SACD. 

Les pupilles du tigre 

LE TIGRE RÔDE aux alen­tours, sa venue est immi­nente, mais il se refuse encore.
Sous la direc­tion de Tel­man, le met­teur en scène, les per­son­nages atten­dent et se pré­par­ent avec pas­sion : l’arrivée du tigre sera le plus beau spec­ta­cle, le plus fort, le dernier. Ils répè­tent le sac­ri­fice qu’ils vont lui offrir de leur pro­pre per­son­ne. Meis­ter­lich, maître domp­teur, tient l’animal en respect ; Tefler fait le por­trait du tigre ; Brunel­da, la can­ta­trice, la fiancée, lui dédie son plus beau chant et sa chair par­fumée. Théâtre dans le théâtre, la pièce s’or­gan­ise comme une vaste métaphore d’un temps où la méta­physique n’a plus cours. Qui est le tigre ? Quel est le sens de l’attente ? La ten­sion créée par l’an­goisse et la peur atteint un parox­ysme, donne aux per­son­nages la dimen­sion trag­ique des héros shake­speariens pour subite­ment se bris­er sur la réal­ité triv­iale : Meis­ter­lich, si hiéra­tique, n’est pas domp­teur, mais seule­ment Flip le bouch­er. « Le quo­ti­di­en a pris le théâtre d’as­saut » et le mythe s’ef­fon­dre.

Mala­ga 

« CE PAYS est un train fou lancé dans le brouil­lard », dit Flam­bard. < Seule­ment, ce soir juste­ment, les trains sont en grève et la boutade ne fait rire per­son­ne dans la salle d’attente de la gare. Il y a bien Barat qui relève timide­ment mais ça énerve Astrid, sa femme. Astrid qui n’en peut plus, Astrid qui vide son sac. De remar­ques cinglantes en scènes dés­espérées, Astrid déballe son amer­tume, ses frus­tra­tions, ses reproches, ses regrets. Parce qu’ils vont rater l’avion pour Mala­ga, parce que sa bellemère a épousé l’ancien fiancé d’Astrid juste la veille du départ — exprès —, parce qu’elle s’ap­pelle Anna, comme sa belle-mère et que ce n’é­tait pas à elle de chang­er de nom. Barat, lui, croit à Mala­ga, terre promise où tout s’arrangera. Il tem­po­rise. Mais lorsque Aman­da, une soli­taire en quête de com­pag­nie, se joint à eux, Astrid et Flam­bard débobi­nent leur vie, leurs con­ces­sions, leurs erreurs, s’inventent peut-être des vengeances, des exploits ; ils met­tent à nu leurs amours, leurs désamours jusqu’à attein­dre une vérité implaca­ble. Et Barat reste seul sur le quai pour Mala­ga…

Inac­ces­si­bles amours 

DANS UN BISTROT de Brux­elles, Cara­cala attend. Pour tuer le temps, il enroule les mots autour de sa soli­tude. Cara­cala est bouch­er mais il préfère Le pois­son. Cara­cala est timide mais il assume. Sou­vent, ses par­ents l’oubliaient dans un coin. Cara­cala, un petit chauve qui racon­te sa mère si grande, si fière et son père, bien chevelu, qui est par­ti avec une négresse. Cara­cala aus­si a con­nu une négresse, il l’’employait dans sa boucherie. Elle l’a quit­té sans un mot un jour que la porte du grand frigidaire s’est refer­mée sur eux. Cara­cala ne con­naît pas les femmes : « On est tou­jours seul. » Il a pris un chat — noir — et offre des fleurs — blanch­es — à la serveuse. Il est comme ça, Cara­cala. Il n’aime pas trop les pédés ni les Arabes. La serveuse s’attendrit sur ce type qui lui fait des con­fi­dences, un timide, un gen­til. Mais on ne s’apitoie pas sur Cara­cala : il a sa fierté. Il querelle la serveuse puis vient gen­ti­ment deman­der par­don. Cara­cala, c’est un ten­dre, pas comme cet éner­gumène qui déboule dans le bar avec son his­toire d’amour ratée…

Les per­son­nages de Paul Emond répan­dent un flot de paroles, délivrent des suc­ces­sions de mots qui ne sont jamais que des frag­ments d’une parole labyrinthe, d’un dis­cours cen­sé combler ou vider. Révéler et mas­quer. Comme les éclats d’un miroir cassé. 

ND

Œuvres théâ­trales

LES PUPILLES DU TIGRE Pub­lié aux Édi­tions Didas­calies,
Brux­elles, 1986.
Créa­tion dans une mise en scène de Philippe Sireuil
au Théâtre de la Place à Liège, en sep­tem­bre 1986.
Réal­i­sa­tion ciné­matographique de Michel Jakar dif­fusée par la RTBF en 1987.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 5 hommes
Durée : 2h

CONVIVES
Pub­lié aux Édi­tions Les
Éper­on­niers, Brux­elles, 1990.
Créa­tion dans une mise en scène de Jules-Hen­ri Marchant au Théâtre Blocry à Lou­vain­la-Neuve, en mai 1990.
Nou­velle mise en scène de Lukas Hem­leb au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1992.
Dis­tri­b­u­tion : 5 femmes, 4 hommes
Durée : 1h30

INACCESSIBLES AMOURS
Pub­lié à Théâtre Ouvert, col­lec­tion Tapuscrits, n° 69, Paris, 1992.
Nou­velle pub­li­ca­tion aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Beau­mar­chais, Carnières, 1994.
Pub­lié en anglais dans NEW FRENCH LANGUAGE PLAYS,
Ubu Reper­to­ry The­ater, 1993.
Pub­lié en néer­landais
sous le titre LOOZE LIEFDES dans une tra­duc­tion de François Beuke­laers, aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Bilingue, Carnières, 1996.
Créa­tion dans une mise en scène de Roumen Tchakarov aux Midis du Rideau de Brux­elles en avril 1992.

Nou­velle mise en scène
d’Abbès Zah­mani au Théâtre
du Gym­nase à Mar­seille et à
Théâtre Ouvert à Paris,
en 1995.
Créa­tion en améri­cain
sous le titre TALK ABOUT LOVE !
dans une tra­duc­tion
de Richard Miller et une mise
en scène de Shirley Kaplan
au Ubu Reper­to­ry The­ater of New
York, en novem­bre 1993.
Adap­ta­tion pour la télévi­sion
slo­vaque sous Le titre SAMOTA
LASKY dans une mise en scène
de Juraj Nvota.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h30

MALAGA
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man,
col­lec­tion Beau­mar­chais, n° 3,
Carnières, 1994.
Créa­tion dans une mise en scène
d’Abbès Zah­mani au Théâtre
du Gym­nase à Mar­seille,
en novem­bre 1996.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 1h45

Moi, JEAN-JOSEPH CHARLIER
DIT JAMBE DE BOIS, HÉROS
DE LA RÉVOLUTION BELGE
Pub­lié dans les Cahiers du Rideau,
n° 21, Brux­elles, 1994.
Créa­tion dans une mise en scène
de Jules-Hen­ri Marchant
au Rideau de Brux­elles, en sep­tem­bre 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 1 homme
Durée : 1h

CAPRICES D’IMAGES
Pub­lié par Théâtre Ouvert,
col­lec­tion Tapuscrits, n° 80,
Paris, 1995.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 4 hommes
Durée : 2h

LE ROYAL
Écrit en 1997.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 6 hommes
Durée : 2h

GRINCEMENTS ET AUTRES BRUITS
À paraître aux Édi­tions Lans­man
en 1997.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 2h

LA DÉCISION
Écrit en 1997.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 2 hommes
Durée : 1h45

Pièces radio­phoniques

GRAND FROID (1986);
LA NUIT TRAVERSÉE (1986);
TÊTE À TÊTE (1990).
Réal­i­sa­tions de la RTBF
dans le cadre de l’émis­sion Stu­dio­Théâtre pro­duite par Jean-Louis Jacques.

Tra­duc­tions et adap­ta­tions

LES CHÂTEAUX MAGNIFIQUES
d’Eu­gen O’Neill
Créa­tion dans une mise
en scène de Roumen Tchakarov au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1990.

LE JOURNAL INTIME DE SALLY MARA
de Ray­mond Que­neau
Créa­tion dans une mise
en scène de Guy Pio­naux Arbalestri­ers à Mon­set au Théâtre de Poche à Brux­elles, en 1994.

LE ROI LEAR
de Shake­speare
Pub­lié dans les Cahiers du Rideau, n° 22, Brux­elles, 1994.
Créa­tion dans une mis­een scène de Roumen Tchakarov
au Rideau de Brux­elles, en 1994.

LE MARCHAND DE VENISE
de Shake­speare
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, Carnières, 1995.
Créa­tion dans une mise en scène de Michel Tan­ner aux Arbalestri­ers à Mons et au Théâtre nation­al de la Com­mu­nauté française de Bel­gique, en 1995.

L’ODYSSÉE
d’Homère
Créa­tion dans une mise en scène de Jules-Hen­ri Marchant au Rideau de Brux­elles, en févri­er 1996.

LETTRES D’AMOUR DE PIRANDELLO À MARTHA ABBA
Créa­tion dans une mise
en scène de Roumen Tchakarov
au Rideau de Brux­elles,
en jan­vi­er 1997.

LES BACCHANTES
d’Euripi­de
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, coll.
Passé croisé, n° 6, Carnières, 1997.
Créa­tion dans une mise en scène de Michel Tan­ner au Foy­er cul­turel de Saint­Ghis­lain, en févri­er 1997.
Sur Paul Emond
Dominique Meu­rant, in Dossiers L, n° 48, Marche-en-Famenne, 1996.

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Écrit par Nancy Delhalle
Nan­cy Del­halle est pro­fesseure à l’Université de Liège où elle dirige le Cen­tre d’Etudes et de Recherch­es sur...Plus d'info
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