NÉ À EDEGEM EN 1912.
Innombrables sont les facettes de Willems. Grand enchanteur de la scène, il débuta par le roman et acheva son œuvre par des nouvelles. Inventeur et « irrégulier » de la langue française, il est de souche flamande comme sa mère, Marie Gevers. Contemplatif et rêveur, il fut cependant durant plusieurs décennies capitaine aux commandes du Palais des beauxarts de Bruxelles et initiateur du festival Europalia. Inlassable voyageur aux quatre coins du monde, il demeura ancré toute sa vie dans son ermitage familial de Missembourg, non loin d’Anvers. Comme dramaturge, il est le dernier des grands septentrionaux qui, dans la lignée de Maeterlinck, Crommelynck et Ghelderode, ont fécondé la dramaturgie de langue française. Son œuvre, qui comprend des divertissements doux amers touchés par la féérie, comme IL PLEUT DANS MA MAISON, qui fit très longtemps les beaux soirs du Rideau de Bruxelles, dont l’animateur, Claude Étienne, l’avait encouragé à écrire pour le théâtre, passa pour tendrement inoffensive. Jusqu’à ce que, dès WARNA OU LE POIDS DE LA NEIGE, un autre Willems, âpre et déchiré, se révèle, qui s’est déployé au fil des années, au point de donner, au terme de son parcours, des sommets contemporains du théâtre onirique à multiples fonds. Un romantique allemand égaré au XXe siècle, tel apparaît cet écrivain majeur qu’on ne cessera sans doute de redécouvrir.
La ville à voile
JOSTY S’‘EN REVIENT dans sa ville, fichée au bord d’un fleuve, toujours prête à appareiller. Il a fait fortune à Bornéo, a pu s’acheter une boutique qui le faisait rêver dans son enfance, une brocante dont ont hérité les époux Roi et qui contenait déjà dans sa vitrine, jadis, un mannequin fascinant du nom de Fenêtre. Mais Josty ne capte pas pour autant les sortilèges de sa jeunesse, et demande à d’anciennes connaissances de stimuler sa mémoire en lançant des phrases exhumées de l’oubli. Peine perdue : il ne récolte que des « ruines » de son passé. Il tentera alors une autre quête, celle de l’amour : s’il possédait une femme qui serait la réplique charnelle de Fenêtre ? Anne-Marie, la fille des Roi, pourrait en faire office. Mais là encore, la déception menace. Et Josty ne voit plus d’autre issue que dans le retour à Bornéo, en compagnie de Féroé, une amie d’enfance, qui saura entretenir la réminiscence de la « ville à voile » …
Nuit avec ombres en couleurs
L’INTENTION de l’auteur, ici, était de retrouver « le lieu de nos insomnies, cet espace où il n’y a plus de distance entre soi et soi-même, ce moment précis où naissent nos angoisses, nos douleurs, nos espoirs et nos désespoirs. » L’espace de la pièce figure cet entre-deux : une palissade aux affiches délavées devant laquelle se retrouvent des personnages tous accompagnés de leur ombre parlante, et où règne un chat, véritable maître des énigmes, du nom d’Astrophe, qui a le don de sonder les cœurs et d’en détecter les failles. Chaque personnage en a une, béante : Vincent qui n’a pas secouru Aline quand il l’aurait fallu, et qui ne verra donc pas la main que lui tend Bella, mais aussi Mme van K. et ses deux chevaliers servants, dont la bonne humeur est de pure surface. C’est qu’on peut effectivement tout perdre, même « le sens du sanglot ». Pièce onirique comme son titre l’indique, elle épouse comme peu de textes dramatiques ont pu le faire, dans le sillage du SONGE de Strindberg, le fonctionnement apparemment désorganisé du rêve. Et elle y parvient non seulement par sa structure, mais par sa langue, à l’invention, à la diversité et à la liberté saisissantes.
La vita breve
SUR ce Findor, navire qui cingle d’Anvers vers Naples, plane un mystère. Dans la ville de destination, une femme est morte : elle était la courtisane la plus convoitée d’une fameuse maison de plaisirs, et s’appelait Hamalissa. Qui a pu commettre ce meurtre dont les motifs peuvent être les plus divers ?Tout peut y avoir sa part : le désir de possession, la jalousie, l’orgueil bafoué, la fixation à la mère, les blessures narcissiques. À bord du Findor, tous, des officiers de bord au capitaine, du Lord trop racé pour être honnête à l’altière Mademoiselle, ont de bonnes ou moins bonnes raisons d’avoir « fait le coup ». Mais ce fil policier a pour fonction de lester un récit dramatique qui tient surtout de la navigation entre les règnes, celui du réel, si peu vraisemblable, celui du songe, au contraire étonnamment crédible.
JDD
Œuvres théâtrales
LE BON VIN DE MONSIEUR NUCHE
Publié dans les Cahiers du Rideau de Bruxelles, n° 16, 1983.
Création dans une mise en scène de Claude Étienne au Rideau de Bruxelles, en 1949.
Traduit en allemand (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin), en américain, en néerlandais.
Joué en Allemagne, aux USA
(New York), en Autriche.
LAMENTABLE JULIE
Création au Rideau de Bruxelles en 1949.
PEAU D’OURS
Publié aux Éditions des Artistes, Bruxelles, 1958.
Création dans une mise en scène de Jacques Huisman sur une musique de Pierre Moulaert au Théâtre national de Belgique, en 1951.
Traduit en allemand
(Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin), en nérlandais, en italien.
Joué en Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Australie.
AIR BARBARE ET TENDRE
Création dans une mise en scène de Claude Étienne et de Maurice Vaneau au Rideau de Bruxelles, en 1952.
OFF ET LA LUNE
Publié dans PAUL WILLEMS, THÉÂTRE (1954 – 1962), Éditions
Labor, collection Archives du futur, Bruxelles, 1995.
Création dans une mise en scène de Jacques Huisman et de Roger Broe au ThéÂtre national de Belgique, dans le cycle Petite Province, en 1955.
Traduit en allemand et en espagnol.
LA PLAGE AUX ANGUILLES
Publié dans PAUL WILLEMS, THÉÂTRE (1954 – 1962), Éditions Labor, coll. Archives du futur, Bruxelles, 1995.
Création dans une mise en scène d’Emile Lanc au Rideau de Bruxelles, en 1959.
Traduit en allemand (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin), et en russe (aux éditions Iskusstvo, Moscou, 1975).
Joué en Allemagne.
MARCELINE
Écrit en 1962.
Publié, précédé de OFF ET LA LUNE et de LA PLAGE AUX
ANGUILLES, dans PAUL WILLEMS, THÉÂTRE (1954 – 1962), Éditions Labor, coll. Archives du futur,
Bruxelles, 1995.
IL PLEUT DANS MA MAISON
Publié aux Éditions Brepols, Bruxelles, 1963.
Publication d’une version remaniée dans les Cahiers du Rideau, n° 3, Bruxelles, 1976.
Création en allemand au Theater an der Josefstadt à Vienne, et aux Bühnen der Stadt Këôlnen à Cologne, en 1958.
Création en français dans une mise en scène de Pierre Laroche sur une musique de Ralph Darboen au Rideau de Bruxelles, en 1962.
Traduit en allemand, (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1958), en néerlandais, en tchèque, en polonais (dans Dialog, n° 2, Varsovie, 1967), en anglais, en américain (in FOUR PLAYS OF PAUL WILLEMS, Garland Publishing, New York, Londres, 1992).
Joué en Russie, au Canada, en Suisse, en Pologne, aux USA (Omaha), en Irlande, en Autriche.
Distribution : 3 femmes, 4 hommes
Durée : 2h15
WARNA ou LE POIDS DE LA NEIGE
Publié aux Éditions Brepols, Bruxelles, 1963.
Publication d’une nouvelle version dans Didascalies, Bruxelles, 1984.
Création dans une mise en scène de Pierre Laroche au Rideau de Bruxelles, en 1962.
Traduit en allemand, (chez Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1963), en nérlandais, en américain (in FOUR PLAYS OF PAUL WILLEMS,
New York, 1992). Joué au Burgtheater en Autriche.
L’ÉCHO
Pièce pour la télévision.
Création en allemand par le Südwestfunk Baden-Baden, en 1963.
LE MARCHÉ DES PETITES HEURES
Comédie musicale.
Publié dans Textes pour Didascalies, Bruxelles, n° 6, 1983.
Création en allemand par l’Europa-Studio dans une mise en scène de Werner Düggelin sur une musique d’Eugène Thomas au Festival de Salzbourg, en 1964.
Création en français dans une mise en scène de Pierre Laroche, sur une musique de Ralph Darbo, au Rideau de Bruxelles, en 1966.
PLUS DE DANGER POUR BERTO
Pièce radiophonique.
Création en allemand pat Le Süddeutscher Rundfunk, Stuttgart, en 1966.
LA VILLE À VOILE
Publié aux Éditions Gallimard, Paris, 1967.
Nouvelle publication aux Éditions Labor, collection Espace Nord, n° 55, 1989.
Création dans une mise en scène de Jo Dua et un décor sonore de Frédéric de Vreese au Théâtre national de Belgique, en 1967.
Traduit en allemand, (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1967), en néerlandais, en américain (in FOUR PLAYS OF PAUL WILLEMS, 1992).
Joué aux Pays-Bas, aux USA et en Chine.
Distribution : 3 femmes, 5 hommes
Durée : 2h30
LE SOLEIL SUR LA MER
Création dans une mise en scène de Julien Bertheau au Rideau de Bruxelles, en 1970.
LES MIROIRS D’OSTENDE
Publié aux Éditions Jacques Antoine, Bruxelles, 1974.
Réédition aux Éperonniers, Bruxelles, 1989.
Création dans une mise en scène de Claude Étienne au Rideau de Bruxelles, en 1974.
Traduit en allemand (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1976) et en espagnol.
Joué à Paris et au Mexique.
LE VIOL DES CERISES
Livret d’opéra.
NUIT AVEC OMBRES EN COULEURS
Publié dans Textes pour Didascalies, Bruxelles, n° 6, 1983.
Création dans une mise en scène d’Henri Ronse au Théâtre national de Belgique, en 1983.
Traduit en allemand et en américain.
Joué aux USA.
ELLE DISAIT DORMIR POUR MOURIR
Publié dans les Cahiers du Rideau, Bruxelles, n° 16, 1983.
Création dans une mise en scène de Claude Étienne et Henri Ruder, sur une musique de Marc Hérouet, au Rideau de Bruxelles, en 1983.
Traduit en américain (in FOUR PLAYS OF PAUL WILLEMS, 1992) et en allemand (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1984)
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 2h
LA VITA BREVE
Publié aux Éditions Labor, coll. Espace Nord, n° 55, Bruxelles, 1989.
Création par le Nouveau Théâtre de Belgique dans une mise en scène de Henri Ronse, sur une musique de Thanos Mikroutsikos, au Festival de Spa, en 1993.
Traduit en américain (in THE DROWNED LAND AND LA VITA BREVE, éd. Peter Lang, New York, 1994) et en allemand (Kiepenheuerbühnenverlag, Berlin, 1995).
LA NEIGE, LE PETIT CHAT VERT, HISTOIRE D’UN GARÇON QUI VOULAIT DÉCROCHER LA LUNE
Recueil de textes publié aux Éditions Labor, coll. Espace Nord, Junior, n° 3, Bruxelles, 1996.



