NÉ À NAMUR en 1930.
Avec Pierre Debauche, le seul rapprochement véritable, spirituel ou physique, que l’on puisse se permettre de faire, c’est avec Michel De Ghelderode, parce que cette fois-ci, le comparant et le comparé se sont mutuellement reconnus. Pierre Debauche a rencontré Michel de Ghelderode et il a, avec lui, fidèlement soigné une amitié « farouche et silencieuse »1.
«C’est lui qui m’a insufflé ma vocation tardive pour le théâtre, c’est lui qui m’a poussé dans le train à Paris. »2
À Paris, Pierre Debauche fait du théâtre ou plutôt, des théâtres : il fonde en 1963 le Théâtre Daniel Sorano et depuis il ne s’arrête plus de poser une pierre chaque fois qu’il fait un pas.3 C’est un « faiseur de théâtre » au sens plein : il joue et construit. C’est-à-dire qu’il joue et qu’il enseigne, qu’il joue et qu’il dirige, qu’il joue et qu’il administre, qu’il joue et qu’il écrit.
Il écrit souvent une défaite humaine et individuelle, mais défaite sublime lorsqu’elle permet au sujet qui est disponible d’ouvrir des yeux politiques sur l’atrocité du monde et peut-être encore sur l’ambiguïté douloureuse de sa création. Son infortune personnelle prend alors les dimensions d’une cause universelle et, la connaissance advenant, le bonheur se fait possible dans l’idée d’un progrès fraternel.
Flandrin, acteur
OCTOBRE 1989 — septembre 1991. Il a fallu à Pierre Debauche trois pleines années pour mettre un terme à ce qu’il a appelé l’histoire d’une folie. Celle d’un acteur qui joue en prose et vit en alexandfrins. Il finira par se perdre dans ses propres simulacres pour ne pas tricher avec ses émotions et ne pas concéder son âme au vrai mensonge et aux lâches adversaires. Flandrin qui joue le roi Lear qui joue Flandfrin dira à la fin :
«Il fallait vivre avec le cœur qui vous éclate à la figure et je campais sur mes deux pattes Ne me restent en effet que deux moments d’amour Deux moments de théâtre et la beauté du jour. » Le théâtre pour contenir sans contraindre la démesure d’une tragédie et la prosodie pour dire ces fragilités de Titan : Pierre Debauche s’impose comme poète dramatique.
CR
Œuvres théâtrales
LE VOL NUPTIAL DES MOUCHES
MÂLES SOUS LES LUSTRES
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1990.
Création dans une mise en scène de l’auteur au Théâtre de Nesle (France), le 25 septembre 1990.
Distribution : 1 homme, 3 femmes
FLANDRIN, ACTEUR
Publié aux Éditions Sixtus, Limoges, 1993.
Création dans une mise en scène de Daniel Mesguich, à La Métaphore,
Théâtre national de la Région
Nord Pas-de-Calais, Lille, le 23 mars 1993.
Distribution : 3 hommes, 3 femmes
- Pierre Debauche, in La Libre Belgique, le 5 mars 1987. ↩︎
- Pierre Debauche, in La Libre Belgique, le 5 mars 1987. ↩︎
- 1965, il fonde le Théâtre des Amandiers qu’il dirige jusqu’en 1978 ; 1968, il fonde la Maison de la Culture de Nanterre ; en 1971, le Centre dramatique de Nanterre ; en 1978, il crée Voix théâtre et musique d’aujourd’hui ; en 1981, il fonde le Festival de Lanester (Bretagne); en 1982, le Théâtre de la Soif nouvelle, (Fort de France); en 1984, il prend la direction du Centre dramatique du Limousin, il fonde dans la Creuse le Printemps des Granges et à Limoges, le Festival des francophonies ; 1986, il prend la direction de la Maison de la Culture et du Centre dramatique de Rennes ; en 1987, il fonde le Festival de Becherel (Bretagne) et le Carrefour des régions d’Europe ; 1990, il ouvre son École supérieure d’art dramatique à Paris, puis en 1991, son École internationale de mise en scène ; 1994, il fonde son théâtre : le Théâtre du Jour, et l’Académie théâtrale Françoise Danell — Pierre Debauche à Agen. ↩︎

