NÉ À BRUXELLES en 1936.
Pour cet homme qui aurait voulu être marin, écrire est une escale sur le retour du chantier. Car c’est en s’arrêtant pour se laver et se changer qu’il a pris cette habitude. Il pouvait dessiner, peindre, sculpter dans le bruit des enfants et du quotidien, mais écrire, non. Alors, parce qu’il avait un appartement vide à disposition quelques instants par jour, il a conçu romans et nouvelles. Et parce que sa formation de photographe l’avait amené à faire des clichés de plateau, il s’est mis à penser une histoire dans un décor, et à écrire pour le théâtre. Toujours pour raconter une histoire, pour décrire ou pour expliquer quelque chose de bien réel. Ainsi, dans la vie de Raymond Ceuppens, tout peut s’expliquer par des événements, des circonstances ancrées dans le concret. Quand il parle de quelqu’un, il a toujours un cliché à montrer, sur un mur, dans un coin de miroir ou de vitre. De même dans son œuvre, il parle de ce qu’il connaît parce ce qu’il l’a vu, côtoyé, expérimenté, dans une réalité parfois des plus dures. Mais une nuée d’hirondelles en faïence se repose sur le mur de sa cheminée.
La puissance du manque
JULUIS EST PAUVRE. C’est sa qualité, son état, son présent. Et si son but n’est pas d’être pauvre, son but est la pauvreté, ce « manque de tout ». Pour comprendre, il parcourt inlassablement la ville, de jour comme de nuit, pour aller constater, observer. Il n’a pas de visée sociologique, loin de là. D’ailleurs il fait très bien la différence entre ceux qui choisissent la pauvreté et ceux qui en sont victimes. Il suffit de regarder les femmes. Celles qui sont pauvres par choix restent souriantes, minces et disponibles, elles n’ont jamais l’air fatigué. Les autres se fanent et s’épaississent en pleine jeunesse. Observer sans trêve n’aide pas Juluis à s’en sortir, ce n’est que la révélation de son inadéquation à ce qui l’environne. S’il était né dans un autre milieu, s’il avait étudié, peut-être saurait-il quoi faire de ce qu’il se sent poussé à faire. Mais ce n’est pas Le cas. Un manque de plus. Et il en reste au fantasme d’un article à écrire pour expliquer. LA PUISSANCE DU MANQUE se compose d’un roman et d’une pièce de théâtre qui racontent la même histoire et sont rassemblés dans un même ouvrage. Ils s’éclairent mutuellement, mais sont tout à fait indépendants l’un de l’autre.
VT

