René Kalisky
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René Kalisky

Le 1 Jan 1997
Claude Mathieu, Jean Le Poulain, Patrice Kerbrat, Bérengère Dautun, Richard Berry, dans DAVE AU BORD DE MER de René Kalisky, mise en scène d'Antoine Vitez au Théâtre national de l'Odéon, 1979. Photo Agence Bernand.
Claude Mathieu, Jean Le Poulain, Patrice Kerbrat, Bérengère Dautun, Richard Berry, dans DAVE AU BORD DE MER de René Kalisky, mise en scène d'Antoine Vitez au Théâtre national de l'Odéon, 1979. Photo Agence Bernand.
Claude Mathieu, Jean Le Poulain, Patrice Kerbrat, Bérengère Dautun, Richard Berry, dans DAVE AU BORD DE MER de René Kalisky, mise en scène d'Antoine Vitez au Théâtre national de l'Odéon, 1979. Photo Agence Bernand.
Claude Mathieu, Jean Le Poulain, Patrice Kerbrat, Bérengère Dautun, Richard Berry, dans DAVE AU BORD DE MER de René Kalisky, mise en scène d'Antoine Vitez au Théâtre national de l'Odéon, 1979. Photo Agence Bernand.
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NÉ À BRUXELLES en 1936 et décédé à Paris en 1981. 

Un météore dans le théâtre con­tem­po­rain : tel nous appa­raît Kalisky, qui dis­parut à moins de quar­ante-qua­tre ans en inter­rompant bru­tale­ment une œuvre qui s’é­tait déjà affir­mée comme l’une des plus ambitieuses et urgentes de son temps. Un théâtre d’une totale sin­gu­lar­ité, par sa fac­ture et par son pro­pos, qui rompt en visière même avec ce qui sem­ble l’avoir le plus provo­qué — Brecht, en par­ti­c­uli­er —, qui prend en charge les grandes tragédies de son époque, qui les con­sid­ère sous un œil neuf, à pro­pre­ment par­ler vision­naire, qui a le courage de les plac­er sous un jour philosophique, sub specie uni­ver­salis. L’épreuve de la guerre, au cours de laque­lle lui fut arraché un père déporté dans les camps nazis, l’a mar­qué au point d’être han­té par le sort de la civil­i­sa­tion toute entière. Aucune de ses œuvres ne fait l’économie de cette inter­ro­ga­tion pre­mière. Ce qui explique peut-être qu’il lui fal­lut de grands inter­cesseurs pour échap­per aux fins de non-recevoir. C’est Jacques Lemarc­hand, chez Gal­li­mard, qui pub­lie qua­tre de ses pièces avant même que l’une d’entre elles soit mon­tée. C’est Antoine Vitez qui fait sauter le ver­rou en étant le pre­mier, avec la créa­tion du PIQUE-NIQUE DE CLARETTA à Brux­elles et à Paris, à met­tre son théâtre en scène.
Il restera à René Kalisky sept années à vivre : il écrira jusqu’à son dernier souf­fle, enfin recon­nu par les hommes de théâtre, la cri­tique et le pub­lic. Et trois de ses œuvres seront mon­tées à titre posthume : FALSCH, AÏDA VAINCUE et EUROPA, pour­suiv­ant son cri, sig­nifi­ant qu’il est de salubrité publique qu’il con­tin­ue de reten­tir. 

Dave au bord de mer

UNE PLAGE de sable fin sur la côte israéli­enne. Shaoul, sa femme et ses deux enfants coulent des jours de détente, affec­tant d’ig­nor­er les men­aces qui pèsent sur ce con­fort apparem­ment assuré. Ils atten­dent Dave, qui tente de se faire une place de con­tre­bassiste à New York. Shaoul aimerait l’entendre lui jouer le SAÜL de Haen­del. Der­rière cet affron­te­ment con­tem­po­rain, à la lim­ite anec­do­tique, s’en pro­file un autre, mythique celui-là, qui oppose le Saül biblique et son gen­dre David, qui, porté par la vic­toire dans son com­bat con­tre Goliath, devient à ce point pop­u­laire qu’il évince son beau-père. En quoi l’om­bre portée de ces deux fig­ures affecte-t-elle la sit­u­a­tion de base ? Avec toutes les ambiguïtés que ces posi­tions com­por­tent, on y voit face à face une con­cep­tion réal­iste et utopiste de ce que Kalisky, dans son roman-essai fon­da­men­tal, a appelé L’IMPOSSIBLE ROYAUME.
Cette pièce, qui sup­pose que chaque per­son­nage assume ses mul­ti­ples dimen­sions, est un défi au type d’in­ter­pré­ta­tion que pré­con­i­sait Kalisky, le « sur-jeu » qui souligne la poly­phonie du texte dra­ma­tique. 

Sur les ruines de Carthage 

DANS CETTE BIBLIOTHÈQUE envahie par Les sables, un vieux pro­fesseur, du nom de Koschitzke, chan­tonne quelques mesures du DEUTSCHES REQUIEM de Brahms. Peut-être en est-il le dernier déposi­taire, en cette époque impré­cisée où les livres retombent en pous­sière dans l’in­dif­férence, ou se négo­cient con­tre des den­rées ali­men­taires accordées chiche­ment. Pour se prou­ver qu’il vit encore, et que l’avenir con­serve un sens, le vieil­lard garde auprès de lui une petite mutante, Elis­sa, qui peut-être sur­vivra à ce désas­tre. Mais tout laisse penser que le monde vivra sous le règne des nou­veaux seigneurs, dont Baron, le com­mis­saire qui régulière­ment vient inspecter Les lieux, est le représen­tant. En fil­igrane, c’est la destruc­tion de Carthage qui est évo­quée, l’abo­li­tion d’une cul­ture par une autre, impéri­al­iste, prag­ma­tique. Il est frap­pant de con­stater que cette pièce fut écrite à Berlin, dix ans avant la chute du Mur, et qu’elle illus­tre, sur un plan sym­bol­ique, que les destruc­tions de sociétés passent d’abord par l’é­vac­u­a­tion de leur pat­ri­moine. Le thème de la mor­tal­ité des civil­i­sa­tions a rarement été aus­si claire­ment évo­qué au théâtre. 

Aïda vain­cue 

UN GRAND RASSEMBLEMENT FAMILIAL, sur une plage de Nor­mandie que Aïda a choisie pour sa lim­pid­ité. Elle vit au Cana­da main­tenant, loin de cette cel­lule famil­iale trau­ma­tisée par la mort du père, quar­ante ans plus tôt, à Auschwitz. Elle croit que dans cet apparte­ment gorgé de lumière, face à l’océan, elle va pou­voir exor­cis­er cette tragédie fon­da­trice. Elle ne sait pas que les sou­venirs, dans cette tribu à tout jamais mar­quée par l’hor­reur, ont la vie dure. La mère ne se remet­tra pas du fait que le père s’est fait arrêter un soir qu’il se rendait chez l’une de ses maîtress­es. Le fils, Jack, en a conçu une peur de la vie inco­ercible. L’autre fils, Bob, la voca­tion de ne se vouer qu’à l’en­tre­tien inlass­able de la mémoire. La fille, Zora, le désir éper­du d’épouser la pas­sion du père, la musique. Et cette fidél­ité à l’irréparable qu’ils ont tous chevil­lée au corps aura rai­son des ten­ta­tives d’Aï­da de faire une croix sur le passé. Pièce intimiste mais imprégnée du cauchemar de l’histoire, très inten­sé­ment puisée dans le vécu de l’auteur, AÏDA VAINCUE est l’un des textes les plus émou­vants qu’il ait écrits, un aveu qui n’at­teignit son pub­lic qu’après sa mort. 

JDD 

Œuvres théâ­trales

TROTSKY, ETC.
Pub­lié aux Édi­tions Gal­li­mard, col­lec­tion Le Man­teau d’Arlequin, Paris, 1969.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1970.

SKANDALON
Pub­lié aux Édi­tions Gal­li­mard, coll. Le Man­teau d’Arlequin, Paris, 1970.
Créa­tion dans une mise en scène de Daniel Benoin, au Théâtre Daniel Sora­no, à Vin­cennes, en 1975.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1975.
Red­if­fu­sion en 1981 et 1986.

JIM LE TÉMÉRAIRE
Pub­lié aux Édi­tions Gal­li­mard, coll. Le Man­teau d’Arlequin, Paris, 1972.
Créa­tion par l’Ensem­ble
Théâ­tral Mobile, dans une mise en scène de Marc Liebens, à Lille, en 1982.

LE PIQUE-NIQUE DE CLARETTA
Pub­lié aux Édi­tions Gal­li­mard, coll. Le Man­teau d’Arlequin, Paris, 1973.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1973.
Créa­tion par le Théâtre des
Quartiers d’Ivry et le Théâtre de Poche dans une mise en scène d’An­toine Vitez, en 1974.

EUROPA
Pub­lié dans Alter­na­tives théâ­trales, n° 29 – 30, mars 1988.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1976.
Red­if­fu­sion en 1978.
Créa­tion par le Théâtre des Capucins, dans une mise en scène de Marc Olinger, à Lux­em­bourg, en 1995.

LA PASSION SELON PIER PAOLO PASOLINI
Pub­lié, suivi de DAVE AU BORD DE MER, aux Édi­tions Stock, col­lec­tion Théâtre Ouvert, Paris, 1977.
Créa­tion dans une mise en scène d’Albert-André Lheureux au Théâtre du Jardin Botanique, Brux­elles, en 1977.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1977.
Red­if­fu­sion en 1978.

DAVE AU BORD DE MER
Pub­lié, précédé de LA PASSION SELON PIER PAOLO PASOLINI,
aux Édi­tions Stock, col­lec­tion Théâtre Ouvert, Paris, 1977.
Nou­velle pub­li­ca­tion aux Édi­tions de l’Arche, Paris, 1992.
Créa­tion dans une mise en scène d’An­toine Vitez, au Théâtre nation­al de l’‘Odéon, Paris, en 1979.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes, 3 hommes
Durée : 2h30

SUR LES RUINES DE CARTHAGE
Pub­lié dans Théâtre. Revue pro­gramme du Cen­tre dra­ma­tique nation­al de Reims, n° 6, 1980.
Deux­ième ver­sion pub­liée aux Édi­tions Labor, Espace Nord, 66, Brux­elles, 1991.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1979.
Red­if­fu­sion en 1985.
Créa­tion dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, au Cen­tre dra­ma­tique nation­al de Reims, en 1980.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 2 hommes
Durée : 2h

AÏDA VAINCUE
Pub­lié dans les Cahiers du Rideau, n°13, Brux­elles, 1982.
Créa­tion radio­phonique sur France-Cul­ture en 1978.
Red­if­fu­sion en 1981.
Créa­tion dans une mise en scène de Bernard De Coster au Rideau de Brux­elles, en 1982.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 2 hommes

FALSCH
Pub­lié par le Théâtre nation­al de Chail­lot, Paris, 1983.
Nou­velle pub­li­ca­tion aux Édi­tions Labor, Espace Nord, 66, Brux­elles, 1991.
Créa­tion dans une mise en scène d’An­toine Vitez, au Théâtre nation­al de Chail­lot, Paris, 1983.

CHARLES LE TÉMÉRAIRE OU L’AUTOPSIE D’UN PRINCE
Scé­nario.
Pub­li­ca­ton aux Édi­tions Jacques Antoine,
Écrits du Nord, 10, Brux­elles, 1984.

FANGO
Texte inachevé.
Pub­lié dans Chail­lot 6, Paris, 1982.
Nou­velle pub­li­ca­tion à Brux­elles, Cir­cuit, 1994.
(Édi­tion revue par Mechtild Kalisky.)

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