NÉE À TROYES en 1965.
Le feu de la jeunesse, si cela existe, dure longtemps pour les âmes habitées. On peut être née en Champagne, avoir grandi en Bourgogne, avoir parcouru un peu le monde, être tombée à Bruxelles, avoir 32 ans, une formation de comédienne à l’‘INSAS, des rôles clés à son actif. On peut avoir commencé à griffonner dans les marges, lu et écrit comme tout un chacun : rien de cela n’explique la vérité d’une écriture neuve, débordante, qui a déjà produit deux textes forts.
Dans le domaine de l’écriture, l’expérience extérieure ne sert à rien, seule existe la fraîcheur d’une urgence qui ne doit rien au métier. Pour Virginie hit Thiriion comme pour Mallarmé, il n’ a rien à apprendre d’autre que l’écriture même, et il s’agit pour cela « d’épousseter, de son illumination native, tout ce qui quotidiennement s’accumule sous le nom d’expérience. » On ne vaut jamais que par son feu. Celui de Virginie Thirion est d’une clarté surprenante. La rigueur, la pudeur, l’ardeur, s’y lisent tour à tour. Déjà dans V.I.P. (1994), le personnage s’inventait une urgence et même une brûlure de l’intérieur qui le forçait à parler pour survivre, pour trouver l’oxygène nécessaire. Mais avec RÉUSSITES (1996), on est tout près de la vie quotidienne, agile, banale et drôle, mais qui se détruit à toute vitesse pour produire son sens. Le théâtre est un lieu de poussière de carton et de regrets du passé vivant, sauf quand le feu s’y met : et c’est le texte. Sauf quand ce feu produit et consomme son propre alcool intérieur, et c’est le cas pour la parole échappée à cette comédienne en liberté.
Réussites
DANS SON ANTRE en forme de piège, Bob fait des réussites en attendant qu’une nouvelle proie vienne s’engluer. Survient Ess. Il semble qu’elle soit brusque, garçonne et douce à la fois. Elle ne détesterait pas se garder et se taire. Mais ses petites blessures intimes sont à vif. Un simple déclic va faire jaillir comme un peu de sang des vérités fragiles et douloureuses qui bouleversent ce dernier refuge. Le maître des lieux est un gros dégueulasse. La fille entreprend de Le déshabiller. Au propre comme au figuré..Elle « l’apprend ». Leurs rapports sont ambigus. Tantôt presque complices, tantôt violents. Ils jouent aux cartes et finissent par se taper dessus. Un jeune photographe revient sans arrêt pour rechercher la fille. Histoire louche en toile de fond. Un flic s’est fait descendre. On entend la police s’approcher. Le jeune homme est suspect. La fille voudrait bien se réfugier chez le gros, mais ils savent tous les deux, tous les trois, que c’est impossible. Il lui donne du fric pour qu’elle s’en aille. Ce qu’elle finit par faire. Dans RÉUSSITES il n’y a pas de paix séparée. On est dans la difficulté d’être tout le temps et tout de suite. Elle est la même pour tous, et autorise toutes les guerres intérieures.
YM
Œuvres théâtrales
V.I.P.
Publié aux Éditions Lansman, collection Tirages légers, n°13, Carnières, 1994.
Création dans une mise en scène d’Alain Sionneau et une interprétation de l’auteur au Théâtre de la Balsamine, en janvier 1995.
Distribution : 1 personnage
Durée : 1h20
RÉUSSITES
Distribution : 3 personnages
Durée : 1h

