
NÉ À GEMBLOUX en 1941.
« J’ai passé mon adolescence en pension, partageant les guerres de garçons ou m’écartant pour rêver et me masturber. J’allais aussi à confesse et à communion. » L’auteur se présente ici mieux que quiconque : rêves, garçons… provocation. Toute son œuvre est là. « J’aimerais être romancier, dramaturge. Mais jusqu’à présent, je n’ai réussi qu’à être poète. » Mais quel poète ! Le « Buster Keaton de la versification » (C. Roy), cet « ecclésiaste mal élevé » (C. Roy), celui qui utilise la métrique la plus classique pour mettre en dérision la poésie, celui qui doit en avoir pour cela une maîtrise des plus sûres. Et comme le naufrageur confère à une simple marchandise une valeur de trésor, dans l’exagérément prosaïque, il puise le matériau d’un lyrisme unique et personnel.
La poésie constitue la quasi-totalité de l’œuvre de William Cliff, et c’est elle qui l’a fait connaître, avant même qu’il n’ait terminé ses études de philosophie et de lettres. Mais il est indéniablement présent dans l’univers théâtral. Car s’il n’a écrit qu’une pièce de théâtre, des metteurs en scène ont adapté et fait jouer AMERICA, CONRAD DETREZ et AUTOBIOGRAPHIE.

De Styrie à Nono
UN VIEUX COUPLE d’Autrichiens, installé depuis quinze ans dans le même immeuble détesté.
On devine leur histoire, à travers toutes Les petites choses qu’il raconte de leur petite vie. Car c’est un couple, mais il n’y a de mots que pour un. Seul l’homme parle, balisant son récit de tous les endroits où il n’a pas cessé d’envoyer sa femme. Peut-être est-ce pour cela qu’elle ne parle pas, toujours sortie ? Entre ces scènes où se dévide leur existence, des monologues ou des dialogues avec un partenaire muet — la télé ? —, constituent l’autre partie du texte. Cela pourrait être la parole de celui que le vieil Autrichien semble épier sans relâche, mais il pourrait aussi s’agir de plusieurs, épiés tout pareil. Et puis un meurtre est raconté, qui est peut-être le moteur de la parole depuis le début, mais qui n’en prend pas pour autant une place primordiale. Ce qui importe, c’est la parole proférée à l’instant, dans cet instant, isolée de toute continuité, parole qui en traitant l’alentour de l’objet plus que l’objet lui-même confère à l’universalité, et nous revient, effilée comme une lame.
VT

