La mentalité américaine du do it et son goût pour l’expérience directe du tout de suite maintenant remet en question le spectacle pour toute une pratique et une théorisation de l’événement. Il semble que tout ce mouvement s’interroge sur le mouvement de la vie même plus que de sa mise en représentation. Cette spontanéité fascine et déconcerte l’européen encombré d’un bagage culturel lourd de références et d’histoires. New-York apparaît comme la nouvelle ville, la nouvelle vie où tout est possible, où tout est permis. Il faut voir !

Rupture avec le dramatisme et l’expressionnisme. Merce Cunningham a libéré la danse du corps dramatique qui veut faire preuve. Steve Paxton dit, sur l’imrirovisation : « il ne s’agit pas de jouer un rôle (sauf si cela est voulu) mais bien d’être ouvert au jeu des forces pour servir les moments. Nous vivons chaque moment pour son unique qualité, l’improvisation n’est pas historique.» (C’est une qualité de vide que cherche le corps du danseur).
Le Feeling, la relation agir — ne pas agir La communication entre individus et ce qui y est relatif travaille la danse dès le début des années 1960 tout comme les autres expressions artistiques qui lui sont immédiatement liées.
Je vois tout de suite des musiciens qui jouent avec les danseurs et qui trouvent des variations, des modes d’interaction et je vois alors que le danseur ne bouge pas sur la musique mais avec. Ce qui n’a rien à voir. La musique est une chose, la danse en est une autre et on peut explorer plusieurs manières d’être avec. Recherche donc d’autonomie et de liberté. La Judson Dance Theater animée par Yvonne Rainer et qui a contenu la plupart des Post-modern d’aujourd’hui ouvre la danse à ces nouveaux réseaux d’interactions artistiques. Avant elle, Merce Cuningham y avait mis sa touche bien sûr avec des musiciens comme John Cage. Les expériences musicales de la Monte Young ouvraient en parallèle des expériences similaires sur le processus de l’écriture. Tout un mouvement travaille dur à ce moment-là.

L’énergie est le maître-mot. .. comment elle travaille les formes, comment elle circule, comment la maîtriser. D’abord la laisser vivre, lai~ser le corps dire, saisir le mouvement à son origine biologique. Agir et non-agir mais ne pas faire pour combler un vide, non. Le vide est indispensable pour l’écoute d’une énergie nouvelle et d’un nouveau mouvement. « Nous revendiquons de nouvelles techniques » dit encore Steve Paxton. Suppression du compte et du calcul mental qui imposent au corps un ordre. Pas de développement intellectualisé·mais une danse vécue, reconnaissante du jeu des forces qui la mènent. Contrôle du corps sur l’esprit et de l’esprit sur le corps. « The Mind is a muscle » (Yvonne Rainer). Travail, non exhibition du savoir faire.

Photo Babette Mangalte
L’influence de l’Orient travaille l’art américain : interaction des espaces i ntérieu r‑extérieu r. Mouvement/immobilité : même nature : chaque énergie pour donner naissance à un état d’équilibre qui se dégage des forces contraires (et qu’elle contient à l’état de germe) a besoin de son contrepoint, c’est-à-dire de sqn complément. Le mouvement trouve son accomplissement dans son contraire, le repos, qui crée l’équilibre. Croisement des pensées orientales-occidentales.
Le minimal (pose sa qu_estion): réduire les composants de la forme à leur plus simple expression et ainsi aller vers une analyse plus fine : on expérimente là à partir du matériau restreint, un maximum de possibles, de limites, de combinaisons … (la répétition)! De ces jeux combinatoires naît le plaisir. On s’interroge même pendant l’acte et l’hésitation qui devient phénoménale fait partie du processus, elle fait trace du jeu tangible des forces créatrices. Elle peut ouvrir une autre voie. Mouvement minimal exemples : lever un bras, tourner la tête, marcher, courir, tomber, sauter, tourner etc …

La répétition comme moyen de transformation. De la quantité à la qualité. Dont la caractéristique principale est que du rythme effectué dans son acte de répéter, la perception s’en trouve transformée. Toute accentuation du mouvement donne naissance à un décalage de la régularité, à un épaississement ou à un éclaircissement du champ de la conscience. Les derviches-tourneurs dans leurs circonvolutions répétées atteignent l’extase, ce qui veut dire étymologiquement : se tenir en dehors. La répétition affine, épure, transforme.

Autonomie. Disponibilité. Tentative de la Danse, comme« bouger » plus que figure stylisée. Tentative avec les Medias pour faire voir la machine. Vidéo pour proposer un regard entre autre ou en particulier, un paysage de raccords-télés. Qu’est-ce que c’est que ça ? Rainer articule à des mouvements de danse des mouvements de (cinémas) projection de dias … de films. Dé-standardisef l’oeil ? Corps fragmentés, moléculaires. Transformation des espaces. Travail encore sur l’intervalle, l’interaction des formants entre eux. Trisha Brown danse sur les toits de New-York, danse à l’horizontale autour des colonnes dans les lofts.
Meredith Monk travaille sa voix aux confins des limites et dans l’excès crée de nouveaux espaces. Luncida Childs, puriste, propose des « configurations spatiales et rythmiques„ dont le son des pas constitue la musique. Steve Paxton réintroduit le prélude à la danse, rituel qui iui confère une fonction « religieuse»· Danse tous azimuts, éclatée, rigoureuse aussi et ouverte en même temps ; atomique. New-York : vertige des tentatives qui apparaissent et disparaissent fait trace d’une recherche de nouvelles cultures. (A suivre)
Déterritorialiser : rupture comme pratique de libération, pour donner au corps une disponibilité plus grande à tout changement de situation. C’est une qualité de vide qui permet au danseur de trouver une connexion avec l’environnement, avec la musique, avec l’autre. Le danseur ne fait pas semblant d’être d’emblée accordé, il expérimente, il évalue, il considère. Il est « à l’écoute ». S’il perd cette qualité d’écoute et qu’il concentre trop son attention sur l’objet, sur l’autre, il réduit les forces qui sous-tendent la création.



