
Valérie Dréville, seule en scène, toute à sa quête exigeante des limites du théâtre qui l’a menée de Vitez à Vassiliev. Elle exerce son art « en présence du public », devant une salle qui l’aide à élever l’édifice énergétique sur lequel son jeu se construit. Médée sur un trône de bois, déchue et immense, fait face aux spectateurs. Derrière elle, sur un écran, s’agite sans interruption une mer nordique, filmée aux confins sibériens — vidéo tournée bien avant que le projet Médée ne soit conçu, et donnée sans montage ni artifice technique. Ce qui remue derrière l’actrice agit aussi sur elle, bien qu’elle ne détourne pas son visage. Entre ces deux champs d’énergie, elle est aux prises avec des forces qu’elle contrôle dans un travail psychophysique qui entrouvre les portes du mythe où se combattent vie et mort, sexe et amour. La musicalité rude des mots qu’elle lance tels des épées en violentant l’air remue en nous, comme cette mer sur l’écran, des souvenirs, des émotions qui semblent très anciennes. Les impulsions sonores déforment son visage, lui dessinent un masque. Elle se dresse, jambes largement écartées, se rassied, ôtera sa robe, allumera le feu, y consumera, nue, les figurines de ses jeunes enfants … Aucune indécence dans cette Médée, actrice et matériau du mythe, auquel, avec Anatoli Vassiliev, Valérie Dréville a su donner cette forme théâtrale, archaïque et moderne.
Béatrice Picon-Vallin.
Lettre à Georges Banu pour faire l’éloge du festival d’Avignon en Provence et de deux hommes dignes de louanges : Alain Crombecque et Bernard Faivre d’Arcier.
Silencieux Crombecque à la rue Povarskaya. Nous jouons les SIX PERSONNAGES.
On va à Paris !
L’hôtel en face des Tuileries, où vous vous êtes promené, mon admirateur des PERSONNAGES, où je me suis promené, moi, — mais, comme dit Pouchkine, le climat de Paris est mauvais pour moi !
L’hiver, en habit modeste de prisonnier de Sverdlovsk, on commence le trajet vers Avignon.
J’écris — ça ne s’écrit pas.
Je vis — et ça ne se vit pas pour moi, ça ne s’aime pas, ça ne se respire pas, ça ne se croit pas …
J’ai plus de soixante ans déjà — dans mes désirs, pas dans mes pensées,
Quand même, parfois, encore …
Pourquoi suis-je prisonnier de ses arbres moches de Moscou, pourquoi y a‑t-il tant de dettes humaines à régler ?
Pourquoi cette Pentecôte sans cette verdure fraîche des espoirs placés sur l’Esprit Saint, et le Père, et le Fils ?
Mais … pardonnez-moi tout, pour l’amour de Dieu, pardonnez-moi ce dernier amour d’automne, cette attente de foi, cette froideur et cette chaleur d’esprit quand ça vient …
Mon Avignon ?
1. Miracle des PERSONNAGES. Un train à grande vitesse. Alain Crombecque, Antoine Vitez et les autres.
2. La Faculté de chimie. Quatre platanes. Mistral gagnant. Patrick Sommier et LE CERCEAU. Vassiliev et Dodine.

