Declan Donnellan, BORIS GODOUNOV, 2001
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Declan Donnellan, BORIS GODOUNOV, 2001

Le 1 Juil 2003
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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BORIS GODOUNOV d'Alexandre Pouchkine, mise en scène Declan Donnellan, photo Enguerand.
BORIS GODOUNOV d’Alexan­dre Pouchkine, mise en scène Declan Don­nel­lan, pho­to Enguerand.

C’est à Moscou que Declan Don­nel­lan a mis en scène BORIS GODOUNOV, la pièce de Pouchkine, pièce qui a tou­jours agité le théâtre russe. Sans doute parce qu’avec LE RÉVIZOR, c’est l’oeuvre qui touche au coeur même des rap­ports avec le pou­voir et ses excès. Si chez Gogol, qui a écrit son chef‑d’oeuvre à par­tir d’une idée de Pouchkine, le grotesque l’emporte, chez Pouchkine lui-même c’est la cru­auté du poli­tique et de ses straté­gies qui s’imposent. Dans cet univers shake­spearien qui rap­pelle « le grand mécan­isme » de la prise du pou­voir et de la chute des rois dont par­lait Jan Kott, la Russie se recon­naît et les maîtres du trône craig­nent pareil effet d’identification. Dans les années 30, Mey­er­hold ne parvint pas au terme de son pro­jet et, plus tard, dans les années 60, Lioubi­mov ren­con­tra des dif­fi­cultés tout aus­si insur­monta­bles. À l’heure où la vig­i­lance poli­cière de la cen­sure sem­blait être écartée. C’est à ce texte explosif qu’un met­teur en scène anglais s’attaquait.
Tout inter­dit levé, il plaçait BORIS sous le signe du rap­proche­ment avec la Russie actuelle, la Russie de Pou­tine et de ses tech­nocrates occi­den­tal­isés équipés de talkies-walkies et caméras vidéo. Seul le moine Pimène, dans sa cel­lule, tapait rageuse­ment à la machine tel un Sol­jen­it­syne avant la let­tre, chroniqueur chargé d’écrire la vraie his­toire de ce pays démesuré. Ici Boris, bien que vêtu en com­plet veston, rece­vait la vieille couronne impéri­ale, et ain­si paré il ren­voy­ait égale­ment aux tsars de tou­jours et au maître actuel du Krem­lin que bon nom­bre de Russ­es respectent en rai­son même de cette par­en­té. D’ailleurs ne lui a‑t-on pas offert pour ses cinquante ans le man­teau des vieux maîtres du Krem­lin ? Cadeau révéla­teur.
La Russie reste fidèle à ses fon­da­tions et ce Boris con­tem­po­rain et archaïque en four­nit ici la preuve. Mais ce qui était si provo­ca­teur comme dis­cours du temps de Mey­er­hold et Lioubi­mov le reste-t-il encore aujourd’hui ? Ce qui se perce­vait alors comme attaque frontale finit main­tenant en con­stat désamor­cé. Et il va fal­loir que le chef d’orchestre Guer­guieff parvi­enne à don­ner BORIS, l’opéra de Mous­sorgs­ki, au coeur même du Krem­lin et que le tsar meur­tri­er sorte de la basilique de l’Assomption pour que le rap­proche­ment avec le pou­voir d’aujourd’hui retrou­ve sa charge explo­sive.

Georges Banu.

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Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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Festival d’Avignon 1980 — 2003

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