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Le 20 Avr 1982
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Ren­con­tré Mar­cel Del­val, le « super­viseur » de La gare déraille.

Mar­cel Del­val a tra­vail­lé longtemps dans les écoles avec le Groupe Ani­ma­tion Théâtre. Il con­naît donc bien ce milieu : les élèves, les pro­fesseurs. Mais c’est depuis très peu de temps qu’il s’intéresse au théâtre dit pour enfants — et ce théâtre le rend per­plexe et inter­ro­ga­teur…

Il se pose le prob­lème lui aus­si de la mar­gin­al­ité de ce théâtre : pourquoi un tel fos­sé entre le théâtre « pour enfants » et l’autre, le théâtre dit pour adultes ?

Le statut du théâtre pour enfants est très bas : non recon­nais­sance par les pou­voirs publics, non recon­nais­sance par le pub­lic, non recon­nais­sance par la presse. Peut-être faudrait-il d’abord relever son statut : faire venir à tout prix la presse, le faire entr­er dans la rubrique « Théâtre » des grands quo­ti­di­ens ? Et relever son statut amèn­erait à relever le statut du comé­di­en dans le théâtre pour enfants.

Cer­tains « comé­di­ens » qui jouent dans le théâtre pour enfants ne trou­veraient jamais à décrocher aucun rôle dans le théâtre pour adultes ; ils n’ont aucune tech­nique.

Mais par con­tre, ce qui frappe Del­val, c’est l’investissement « énorme et gra­tu­it, mer­veilleux et red­outable, fasci­nant et inquié­tant » de ces comé­di­ens. Un investisse­ment inimag­in­able dans le théâtre pour adultes.

Pourquoi, en ver­tu de quoi existe-t-il dans le théâtre pour enfants ?

Pourquoi le théâtre pour enfants reste-t-il aus­si superbe­ment ignoré par le théâtre pour adultes ?

Cer­tains comé­di­ens du théâtre pour adultes vont couram­ment voir des spec­ta­cles de leurs con­frères, mais n’ont jamais mis les pieds à un spec­ta­cle dit « pour enfants ». Tel comé­di­en a un ami qui fait du théâtre pour enfants : il ne lui a jamais posé de ques­tion sur son tra­vail.

Com­ment en sor­tir ?

Et si l’on en sor­tait, si l’on acquérait l’audience du théâtre pour adultes, si l’on arrivait à la même recon­nais­sance, est-ce qu’on ne souf­frirait pas de la même sclérose, d la même « val­ori­sa­tion sclérosante » ?

Pourquoi cer­tains comé­di­ens sont-ils si fades, dans le théâtre pour adultes, en dehors de la scène ?

L’agressivité est néces­saire.… Il ne faut jamais s’installer, il faut reculer sans cesse ses lim­ites. Là réside sans doute le prob­lème du comé­di­en. Son statut dans le théâtre pour adultes est peut-être trop sécurisant. Etant trop sécurisé, pourquoi se bat­trait-il ? Il n’y a pas de remise en cause glob­ale du « théâtre ». Il y a cyclique­ment une remise en cause du théâtre « pour enfants ». Pas par les enfants, par les adultes qui sont chargés de l’éducation des enfants.

« A quoi ça sert ? Quel est votre mes­sage ? Qu’est-ce que vous voulez leur appren­dre ? Quels sont les pro­longe­ments péd­a­gogiques que vous avez imag­iné pour votre spec­ta­cle ? » dis­ent-ils.

Mais surtout : « A quoi ça sert ? Quelle util­ité ? »

Le comé­di­en de théâtre pour adultes ne doit pas se bat­tre puisque son « util­ité » n’est pas remise en cause. Résul­tat : il s’endort, il s’ar­rondit, il sort, il boit, il se dés­in­téresse, il devient inin­téres­sant. Sauf excep­tions.

Il y a dans le théâtre pour enfants une qual­ité de comé­di­ens qu’on trou­ve rarement dans l’autre : des comé­di­ens qui cherchent, qui s’impliquent, qui n’attendent pas que le met­teur en scène leur dise tout, qui font de l’acrobatie, de la musique, de la jon­g­lerie, des stages, des comé­di­ens vivants.

Pourquoi, dit Del­val, n’y a‑t-il pas de ten­ta­tives d’écriture dans le théâtre pour adultes comme il y en a dans le théâtre pour enfants ?

Pourquoi une telle coupure entre le théâtre pour enfants et l’autre ?

Manque d’information, dit Del­val.

Les gens ne sont pas au courant. Les gens croient tou­jours que le théâtre pour enfants est quelque chose de plus ou moins débile, de gni­angn­ian, de pass­able­ment manichéen : inodore, incol­ore, insipi­de.

A quoi sert la presse ? A ven­dre un spec­ta­cle qui reste un mois ou deux à l’affiche. Là, la presse se sent néces­saire. Mais peut-être ne se sent-elle pas « néces­saire » dans le théâtre pour enfants ?

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mai 2003

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19 Avr 1982 — Le théâtre pour enfants rencontre la majeure partie de son public par le biais de l'école. Ce passage «privilégié» est…

Le théâtre pour enfants ren­con­tre la majeure par­tie de son pub­lic par le biais de l’é­cole. Ce pas­sage « priv­ilégié » est sou­vent obstrué tant par un con­texte général que par les dif­férents inter­venants. Cette voie royale…

Par Christian Masai
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