Quelques aspects de la problématique actuelle du théâtre pour la jeunesse
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Quelques aspects de la problématique actuelle du théâtre pour la jeunesse

octobre 1981

Le 21 Avr 1982
Article publié pour le numéro
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Depuis 1970, le théâtre pour les jeunes spec­ta­teurs con­naît un regain d’intérêt en Bel­gique d’expression française.
Onze années de pra­tique régulière (créa­tion et dif­fu­sion), stages, fes­ti­vals, ren­con­tres, col­lo­ques, recherch­es, pub­li­ca­tions, insti­tu­tions… nous amè­nent à pos­er un cer­tain nom­bre de ques­tions de fond sur divers aspects de cette activ­ité des­tinée à la jeunesse.
Nous voudri­ons en évo­quer ici trois qui nous parais­sent aujourd’hui essen­tielles : l’institutionnalisation, le pro­fes­sion­nal­isme, l’adéquation à la réal­ité actuelle.

L’Institutionnalisation

Ceux qui se bat­tent en Bel­gique afin que le théâtre pour l’enfance et la jeunesse soit recon­nu comme un art à part entière (et non comme un « sous-pro­duit » pour un « sous-pub­lic ») dénon­cent con­tin­uelle­ment une igno­rance non seule­ment des besoins réels des jeunes publics mais aus­si du dynamisme créa­teur de quelques com­pag­nies théâ­trales.

Le droit spé­ci­fique de la jeunesse à béné­fici­er d’un théâtre qui lui soit des­tiné en pri­or­ité reste donc d’actualité.

Cepen­dant, sans vouloir nier ni met­tre en cause l’intense tra­vail accom­pli depuis une décen­nie1, il est cap­i­tal aujourd’hui pour le théâtre de la jeunesse d’approfondir sa réflex­ion : pourquoi faire du théâtre pour enfants (pré­ci­sion des objec­tifs); pour qui (les types de rela­tion des théâtres aux jeunes publics); com­ment (les dif­férentes util­i­sa­tions de l’outil-théâtre).

L’enfermement dans un sys­tème fonc­tion­nant rel­a­tive­ment bien risque de provo­quer sclérose et paralysie : l’inféodation du théâtre pour enfants à l’institution sco­laire (paramètre économique qui con­stitue pra­tique­ment le seul marché de la dif­fu­sion) et, con­séquem­ment, la lim­i­ta­tion sco­las­tique de la créa­tion théâ­trale ; le fonc­tion­nement du théâtre pour la jeunesse sur des idéolo­gies his­torique­ment datées (exem­ple : la prob­lé­ma­tique générale du « théâtre pop­u­laire » de type Vilar) mais dont la cohérence sem­ble ne plus cor­re­spon­dre à l’analyse des sit­u­a­tions sociales actuelles (il n’ex­iste pas un pub­lic pop­u­laire mais des publics diver­si­fiés qui jus­ti­fient des pra­tiques théâ­trales dif­férentes); l’atomisation des troupes débouchant très sou­vent sur un théâtre minia­tur­isé (lim­i­ta­tion du nom­bre de comé­di­ens, réduc­tion des dis­posi­tifs scéniques…) con­tribue à ren­forcer cer­tains préjugés dénon­cés plus haut ; le repli sur elles-mêmes de plusieurs com­pag­nies pio­nnières arrivées aujourd’hui à l’essoufflement ; le fait de vouloir touch­er (théorique­ment du moins) tous les enfants empêche (pra­tique­ment) toute expéri­men­ta­tion (formes) et exerce une cer­taine cen­sure (con­tenus). Le théâtre pour la jeunesse se main­tient dès lors dans une pra­tique du juste milieu en s’interdisant des actions de recherche comme il en existe en théâtre pour adultes (exem­ple : théâtre du corps); les con­di­tions con­crètes de la dif­fu­sion répon­dant à une logique quan­ti­ta­tive ren­dent dif­fi­cile l’aménagement de péri­odes de tra­vail néces­saires pour assur­er un authen­tique renou­velle­ment ; le manque de lieux d’implantation oblige la plu­part des troupes à l’itinérance con­tin­ue, ce qui n’est pas sans influer sur la dégra­da­tion des spec­ta­cles ain­si dif­fusés, etc.

Le pro­fes­sion­nal­isme

La ten­dance du théâtre pour la jeunesse à revendi­quer le pro­fes­sion­nal­isme va certes crois­sant depuis 1970 mais on est encore loin d’un niveau général de qual­ité réelle­ment pro­fes­sion­nel même si des spec­ta­cles sem­blent plus tra­vail­lés que cer­taines pro­duc­tions des­tinées aux adultes.

Plusieurs indices traduisent le souci actuel de rem­plir les exi­gences qual­i­ta­tives du tra­vail théâ­tral chez quelques troupes : la diver­si­fi­ca­tion du ques­tion­nement qui pousse des créa­teurs à se situer en regard de la prob­lé­ma­tique du théâtre de la jeunesse ; l’augmentation du temps de créa­tion, la recherche de formes d’écriture dra­ma­tique et scénique qui aboutis­sent à des spec­ta­cles plus élaborés ; le mode de fonc­tion­nement moins hiérar­chisé et plus égal­i­taire qui accroît l’intéressement de tous les mem­bres du groupe créa­teur.

L’Adéquation à la réal­ité actuelle

Plusieurs propo­si­tions con­stituent, à nos yeux, autant de signes précurseurs de la matu­rité d’un vaste courant théâ­tral et cul­turel en faveur de la jeunesse : la mise en place de struc­tures telles que des cen­tres de recherche, d’animation et de for­ma­tion s’avère indis­pens­able pour assur­er des réal­i­sa­tions théâ­trales plus abouties ; l’implantation d’équipes per­ma­nentes en liai­son avec les pop­u­la­tions dans lesquelles elles sont inté­grées per­met d’élaborer des pro­jets globaux rem­plaçant le « coup par coup » non inscrit dans une réflex­ion cohérente (poli­tique, cul­turelle, théâ­trale, péd­a­gogique); l’établissement de rela­tions du théâtre pour enfants avec le reste de l’activité théâ­trale et avec l’ensemble de l’action cul­turelle appa­raît comme le meilleur anti­dote à son isole­ment ; l’ouverture de petits groupes théâ­traux et leur « fédéra­tion » en des entités facil­i­tant la cir­cu­la­tion des idées, la con­fronta­tion des expéri­ences, les occa­sions de recherche mais aus­si l’amélioration des con­di­tions de pro­duc­tion et l’organisation respon­s­able de la dif­fu­sion.

  1. Pour s’en faire une idée, nous indiquons au lecteur une étude mul­ti­dis­ci­plinaire (sor­tie de presse en décem­bre 81) inti­t­ulée 1970 – 1980 : dix années de théâtre pro­fes­sion­nel pour enfants en Bel­gique d’expression française réal­isée par notre Cen­tre et pub­liée dans la col­lec­tion JEB/Théâtre (78, Galerie Raven­stein 1000 Brux­elles) ↩︎
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