Le théâtre pour enfants rencontre la majeure partie de son public par le biais de l’école. Ce passage « privilégié » est souvent obstrué tant par un contexte général que par les différents intervenants. Cette voie royale se transforme souvent en sentier escarpé où la peur de trébucher rend incertain et appesanti chaque pas.
La peur a pour visages la survie, les conditions de travail, la compétence, le programme scolaire, l’ouverture d’esprit, l’audace…
Suivons donc les traces du Théâtre sur les chemins de l’école.
Les institutions scolaires se réfugient derrière un programme pour justifier leur peu d’enthousiasme à participer à des activités parascolaires.
Que l’on ne me dise pas que la formation de l’enfant passe exclusivement par l’acquisition rigide des matières traditionnelles.
Nous croyons plutôt que cette carence trouve son origine tant dans le fonctionnarisme de la profession d’enseignant que dans l’absence de formation de ces derniers aux multiples disciplines du champ culturel.
Dans de telles conditions l’acharnement de quelques-uns à porter l’idée de rénovation dans leur pratique, s’il ne rencontre pas une opposition organisée, est au mieux confiné dans la marginalisation de la démarche expérimentale.
Le théâtre pour enfants n’échappe pas à cette désaffection.
Il reste un produit de loisir, surtout exploitable lors d’une St Nicolas.
L’école ne s’occupe que de l’intelligence cartésienne.
Comédien-chauffeur, comédien-décorateur, comédien-marchand, comédien-machiniste, comédien-chômeur, cela fait beaucoup de titres, simplement pour nouer les deux bouts.
Dans ces conditions, il est extrêmement difficile d’aborder sereinement un travail de création. D’autant plus que pour rentabiliser le spectacle, il aura fallu jouer un maximum de fois et donc réduire au minimum le temps réservé à la conception de celui-ci.
Parlons-en du travail de création. D’abord, il n’existe que très peu de textes et d’auteurs pour enfants. Ensuite, quelles sont les troupes qui ont les moyens de faire appel à un vrai metteur-en-scène pour une période suffisamment longue ? Et puis, il y a comédien et comédien. Il ne faut pas ignorer les motivations qui poussent certains de ceux-ci à travailler pour le jeune public.
Refoulés de la scène pour adultes ou trop timorés pour y accéder, ils trouvent dans le théâtre pour enfants la porte de secours leur permettant malgré tout de faire carrière. Ce sera d’ailleurs le plus impitoyable et le meilleur des publics qui leur prononcera un verdict sans appel.
A travers ce labyrinthe tortueux et complexe, le théâtre pour enfants confronté à l’école apparaît comme le serrurier mal équipé s’acharnant sur une porte fermée.
La confrontation de deux solutions peut sans doute modifier ce constat.
La première concerne le théâtre. Il s’agirait non seulement d’amplifier l’aide financière, mais surtout de procéder à une nouvelle ventilation des subsides octroyés.
Il conviendrait de favoriser davantage le travail de création quitte à diminuer l’aide à la représentation. Car, c’est bien par la qualité de ses productions que le théâtre pour enfants s’affirmera à long terme.
La seconde solution touche l’école. Au-delà de toute mesure institutionnelle favorisant l’ouverture de l’école aux diverses disciplines culturelles en général et au théâtre en particulier, un travail de persuasion doit être mené auprès des enseignants.
C’est ici qu’interviennent les animateurs attachés aux troupes ou aux centres culturels. Il est important que la programmation d’un spectacle s’intégre à un projet dans lequel l’enseignant est partie prenante. Cette démarche fait appel au théâtre comme moyen d’expression particulier.
Elle en assure l’approche par un travail d’animation adapté aux groupes concernés. Elle favorise toute initiative visant à sa réappropriation par la mise en place de formation et la création d’ateliers d’expression dramatique.
Un théâtre professionnel pour enfants poursuivant son travail de création dans la rigueur et dans des conditions matérielles décentes. Une école ouverte aux interpellations extérieures. Telles sont les conditions nécessaires au dévelopement harmonieux des uns et des autres.
L’époque présente n’est pas porteuse de cet espoir.
Et pourtant, le besoin vital de ce théâtre miroir des rêves et des cauchemars quotidiens nous oblige à relever ce défi du temps.

