Le théâtre pour enfants face à l’école
Non classé

Le théâtre pour enfants face à l’école

Le 19 Avr 1982
Article publié pour le numéro
AT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives ThéâtralesAT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives Théâtrales
11
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

Le théâtre pour enfants ren­con­tre la majeure par­tie de son pub­lic par le biais de l’é­cole. Ce pas­sage « priv­ilégié » est sou­vent obstrué tant par un con­texte général que par les dif­férents inter­venants. Cette voie royale se trans­forme sou­vent en sen­tier escarpé où la peur de trébuch­er rend incer­tain et appe­san­ti chaque pas.

La peur a pour vis­ages la survie, les con­di­tions de tra­vail, la com­pé­tence, le pro­gramme sco­laire, l’ou­ver­ture d’e­sprit, l’au­dace…
Suiv­ons donc les traces du Théâtre sur les chemins de l’é­cole.

Les insti­tu­tions sco­laires se réfugient der­rière un pro­gramme pour jus­ti­fi­er leur peu d’enthousiasme à par­ticiper à des activ­ités paras­co­laires.
Que l’on ne me dise pas que la for­ma­tion de l’enfant passe exclu­sive­ment par l’acquisition rigide des matières tra­di­tion­nelles.
Nous croyons plutôt que cette carence trou­ve son orig­ine tant dans le fonc­tion­nar­isme de la pro­fes­sion d’enseignant que dans l’absence de for­ma­tion de ces derniers aux mul­ti­ples dis­ci­plines du champ cul­turel.

Dans de telles con­di­tions l’acharnement de quelques-uns à porter l’idée de réno­va­tion dans leur pra­tique, s’il ne ren­con­tre pas une oppo­si­tion organ­isée, est au mieux con­finé dans la mar­gin­al­i­sa­tion de la démarche expéri­men­tale.
Le théâtre pour enfants n’échappe pas à cette désaf­fec­tion.
Il reste un pro­duit de loisir, surtout exploitable lors d’une St Nico­las.
L’école ne s’occupe que de l’intelligence cartési­enne.

Comé­di­en-chauf­feur, comé­di­en-déco­ra­teur, comé­di­en-marc­hand, comé­di­en-machin­iste, comé­di­en-chômeur, cela fait beau­coup de titres, sim­ple­ment pour nouer les deux bouts.
Dans ces con­di­tions, il est extrême­ment dif­fi­cile d’aborder sere­ine­ment un tra­vail de créa­tion. D’autant plus que pour rentabilis­er le spec­ta­cle, il aura fal­lu jouer un max­i­mum de fois et donc réduire au min­i­mum le temps réservé à la con­cep­tion de celui-ci.

Par­lons-en du tra­vail de créa­tion. D’abord, il n’existe que très peu de textes et d’auteurs pour enfants. Ensuite, quelles sont les troupes qui ont les moyens de faire appel à un vrai met­teur-en-scène pour une péri­ode suff­isam­ment longue ? Et puis, il y a comé­di­en et comé­di­en. Il ne faut pas ignor­er les moti­va­tions qui poussent cer­tains de ceux-ci à tra­vailler pour le jeune pub­lic.

Refoulés de la scène pour adultes ou trop tim­o­rés pour y accéder, ils trou­vent dans le théâtre pour enfants la porte de sec­ours leur per­me­t­tant mal­gré tout de faire car­rière. Ce sera d’ailleurs le plus impi­toy­able et le meilleur des publics qui leur pronon­cera un ver­dict sans appel.
A tra­vers ce labyrinthe tortueux et com­plexe, le théâtre pour enfants con­fron­té à l’école appa­raît comme le ser­ruri­er mal équipé s’acharnant sur une porte fer­mée.
La con­fronta­tion de deux solu­tions peut sans doute mod­i­fi­er ce con­stat.

La pre­mière con­cerne le théâtre. Il s’agirait non seule­ment d’amplifier l’aide finan­cière, mais surtout de procéder à une nou­velle ven­ti­la­tion des sub­sides octroyés.
Il con­viendrait de favoris­er davan­tage le tra­vail de créa­tion quitte à dimin­uer l’aide à la représen­ta­tion. Car, c’est bien par la qual­ité de ses pro­duc­tions que le théâtre pour enfants s’affirmera à long terme.
La sec­onde solu­tion touche l’école. Au-delà de toute mesure insti­tu­tion­nelle favorisant l’ouverture de l’école aux divers­es dis­ci­plines cul­turelles en général et au théâtre en par­ti­c­uli­er, un tra­vail de per­sua­sion doit être mené auprès des enseignants.
C’est ici qu’interviennent les ani­ma­teurs attachés aux troupes ou aux cen­tres cul­turels. Il est impor­tant que la pro­gram­ma­tion d’un spec­ta­cle s’intégre à un pro­jet dans lequel l’enseignant est par­tie prenante. Cette démarche fait appel au théâtre comme moyen d’ex­pres­sion par­ti­c­uli­er.
Elle en assure l’approche par un tra­vail d’animation adap­té aux groupes con­cernés. Elle favorise toute ini­tia­tive visant à sa réap­pro­pri­a­tion par la mise en place de for­ma­tion et la créa­tion d’ate­liers d’expression dra­ma­tique.
Un théâtre pro­fes­sion­nel pour enfants pour­suiv­ant son tra­vail de créa­tion dans la rigueur et dans des con­di­tions matérielles décentes. Une école ouverte aux inter­pel­la­tions extérieures. Telles sont les con­di­tions néces­saires au dévelope­ment har­monieux des uns et des autres.
L’époque présente n’est pas por­teuse de cet espoir.
Et pour­tant, le besoin vital de ce théâtre miroir des rêves et des cauchemars quo­ti­di­ens nous oblige à relever ce défi du temps.

Non classé
3
Partager
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
AT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives Théâtrales
#11
mai 2003

numéro 11

20 Avr 1982 — Rencontré Marcel Delval, le «superviseur» de La gare déraille. Marcel Delval a travaillé longtemps dans les écoles avec le Groupe…

Ren­con­tré Mar­cel Del­val, le « super­viseur » de La gare déraille. Mar­cel Del­val a tra­vail­lé longtemps dans les écoles avec…

Par Catherine Simon
Précédent
31 Jan 1982 — Tout art digne de ce nom est subversif: vis-à-vis de la société, vis-à-vis de la civilisation. Déconstruisant la figure d'Homère,…

Tout art digne de ce nom est sub­ver­sif : vis-à-vis de la société, vis-à-vis de la civil­i­sa­tion. Décon­stru­isant la fig­ure d’Homère, en qui il voy­ait 1’éponyme d’une mul­ti­tude de poètes grecs archaïques, Vico avance déjà qu’il…

Par Stanley Diamond
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?