Le petit garçon, déguisé en indien, joue sur la pelouse avec un camarade déguisé en cow-boy. Pour les nécessités de leur histoire, ils ont l’un et l’autre besoin d’un buisson. Sur l’étendue verte, rien, pas la moindre protubérance derrière laquelle pouvoir se dissimuler. Alors, le petit garçon déguisé en indien propose ceci : « Là, on dira qu’il y avait un buisson », et il en dessine rapidement la forme sur le sol avec un bâton qui lui servait juste avant de fusil, de telle manière à ce qu’il puisse se cacher derrière et surprendre son camarade de jeu.
Le petit garçon déguisé en indien, c’est moi, il y a presque cinquante ans ; cette histoire me revient souvent à l’esprit, et je suis enclin à penser que, si je pratique encore aujourd’hui mon métier, c’est qu’il m’a été donné de pouvoir garder en moi cette capacité propre à l’enfance, celle d’inventer une histoire avec quelques bricoles, de pouvoir s’accommoder de la réalité et de la plier à sa propre inventivité, celle de ne pas se soucier de ce qui est vraisemblable et de ce qui ne l’est pas, celle de représenter des mondes, avec la fantaisie et la chimère pour boussole.
«Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne », écrit Achille Chavée. Être cela, juste cela, tout cela, le plus longtemps possible.
Quelle Histoire? La sienne ou celle du monde?Cette interrogation recèle toute la complexité de Philippe et de son rapport au…

