KATIE MITCHELL s’est fait connaître dès les débuts de sa carrière par des productions qui tranchaient toujours par leur profondeur et leur intensité. Après des études à l’Université d’Oxford, elle a débuté comme assistante à la mise en scène avant de fonder sa compagnie d’avant-garde, Classics on a Shoestring, qui fut très vite remarquée pour des spectacles comme VASSAZ HELEZNOVA de Gorki et WOMEN OF TROY d’Euripide au tout petit Gate Theatre. Son travail s’est enrichi d’une étude qu’elle a réalisée en 1989 dans des théâtres européens. Elle est influencée par des artistes aussi différents que Pina Bausch ou la compagnie polonaise Gardzienice.
Elle a ensuite travaillé régulièrement avec les trois troupes de théâtre britanniques majeures, la Royal Court, la Royal Shakespeare et plus récemment le National, où elle est maintenant metteure en scène associée. Outre ses réinterprétations de tragédies grecques souvent controversées, elle a mis en scène avec succès Shakespeare, Strindberg, Beckett et Tchekhov, ainsi que des auteurs contemporains comme Martin Crimp et Jon Fosse. Son travail a été présenté dans de nombreux théâtres européens, notamment le Dramaten à Stockholm (KRAPP’S LAST TAPE), le Piccolo à Milan (ATTEMPTS ON HER LIFE), la Schaubühne à Berlin (MISS JULIE) et le Schauspiel à Cologne (WUNSCHKONZERT).
Chez Mitchell, le temps des répétitions est plus long que pour la plupart des metteurs en scène britanniques et implique une analyse psychologique appuyée des personnages — en 2004, elle a dirigé une série d’ateliers sur Stanislavski et les neurosciences au studio du National Theatre. Elle s’est aussi de plus en plus servie de techniques vidéo dans ses spectacles, d’une ORESTEIA surmenée en 2000 au très accompli WAVES, une adaptation de Virginia Woolf, en 2007. Les danseurs rêveurs de sa deuxième mise en scène de WOMEN OF TROY, la même année, témoigne de son affection pour Pina Bausch. Plus récemment, le public du National Theater a découvert une nouvelle Mitchell, malicieuse, dans ses deux spectacles pour enfants, CATIN THE HAT du Dr Seuss (2009) et BEAUTY AND THE BEAST (2010) réalisé avec l’influence de sa fille de quatre ans, Edie.
Sa réputation de metteure en scène d’opéra grandit encore depuis une série de productions pour l’Opéra national gallois. Son registre de travail est très étendu, de Luigi Nono (AL GRANS OLEC ARICOD ‘AMORE)a u Festival de Salzbourg et James MacMillan (PARTHENOGENESIS, 2010 et CLEMENCY 2011) au Royal Opera House (Covent Garden) de Londres, à Bach (PASSION SELON ST MATTHIEU) et Mozart (IDOMÉNÉE) pour l’Opéra national anglais. Sa relation avec les critiques londoniens n’a pas toujours été facile : Nicholas Hymer, le directeur du National Theatre, l’a accusée d’afficher une attitude misogyne dans ses spectacles. Mais on comprend la perplexité qui peut s’emparer du critique devant la grande variété de spectacles résultant de son travail dévoué et intense. Au pire ceux-ci peuvent paraître introvertis et inutilement obscurs, au mieux ils s’affranchissent de toute critique par leur beauté théâtrale. La nomination en 2009 de Katie Mitchell à l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) pour ses services rendus au théâtre peut servir de preuve tangible qu’elle est une des figures majeures — et des plus européennes — du théâtre anglais.
Traduit de l’anglais par Laurence Van Goethem.



