Jacques Lassalle, DOM JUAN, 1993
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Jacques Lassalle, DOM JUAN, 1993

Le 5 Juil 2003
DOM JUAN de Molière, mise en scène Jacques Lassalle, avec Roland Bertin et Andrzej Sewerin, photo Marc et Brigitte Enguerand.
DOM JUAN de Molière, mise en scène Jacques Lassalle, avec Roland Bertin et Andrzej Sewerin, photo Marc et Brigitte Enguerand.
DOM JUAN de Molière, mise en scène Jacques Lassalle, avec Roland Bertin et Andrzej Sewerin, photo Marc et Brigitte Enguerand.
DOM JUAN de Molière, mise en scène Jacques Lassalle, avec Roland Bertin et Andrzej Sewerin, photo Marc et Brigitte Enguerand.
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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L’essence du théâtre, peut-être : deux se sont arrêtés là pour par­ler de ce qui leur tient à coeur. Deux sont là, un peu de lumière, un siège. Tout le théâtre. Sganarelle, bonne mère inquiète des incom­préhen­si­bles pen­sées d’un fils laconique, forme ici avec Dom Juan une fig­ure de pietà inver­sée : c’est le fils qui tient dans ses bras la mère effon­drée. Il fal­lait la ron­deur de Roland Bertin pour que l’image soit pos­si­ble : elle a été aban­don­née dans une ver­sion ultérieure de la mise en scène avec une autre dis­tri­b­u­tion. Les corps, au théâtre, sont inter­prètes, il est demandé aux acteurs d’y con­sen­tir.

Jean-Loup Riv­ière.

Quar­ante années de fréquen­ta­tion assidue, dix créa­tions, dans sept lieux dif­férents, ne font de moi ni un mémo­ri­al­iste ni un devin, encore moins une « con­science » du fes­ti­val d’Avignon. Mais ils m’inspirent quelques rap­pels, répa­ra­tions et vig­i­lances.

Rap­pels

Le Fes­ti­val est né dans la Cour d’honneur du palais des Papes. Longtemps elle fut son unique lieu, et la troupe de Vilar, dev­enue ensuite celle du Théâtre Nation­al Pop­u­laire, son unique invitée. Les lieux, les troupes, les dis­ci­plines artis­tiques, les espaces de ren­con­tre, de débats, d’analyses se sont mul­ti­pliés, sous l’impulsion, il ne faut pas l’oublier, de Vilar lui-même, qui com­prit le pre­mier, con­tre les farouch­es par­ti­sans d’une main­te­nance des orig­ines, la néces­sité pro­gres­sive d’une évo­lu­tion pluridis­ci­plinaire, intergénéra­tionnelle, décen­tral­isée, inter­na­tion­al­isée de son Fes­ti­val.
Mais la Cour d’honneur est restée, gage d’avenir autant qu’héritage du passé. Le sort du Fes­ti­val passe tou­jours par elle. Qu’elle soit mal pro­gram­mée, le pub­lic la déserte, et avec elle, le reste du Fes­ti­val qu’il soit in ou off. La majorité des spec­ta­teurs ne passe guère plus de deux ou trois jours au Fes­ti­val. Ils réser­vent d’abord pour la Cour. Ensuite, ils voient venir. On peut le déplor­er, les choses sont ain­si. Elles ont lesté et les­teront encore toute poli­tique de direc­tion, d’autant que celle-ci ne peut plus guère s’appuyer sur les grandes insti­tu­tions nationales qui n’ont pas grand-chose à gag­n­er pen­dant et beau­coup à per­dre après une créa­tion dans la Cour. Il faut donc décou­vrir et con­va­in­cre, en France et à l’étranger, des parte­naires de pro­duc­tion et met­tre en place ensuite, avec l’équipe per­ma­nente d’administrateurs et de tech­ni­ciens, une struc­ture de dif­fu­sion et d’exploitation pro­pre au Fes­ti­val. Cela peut con­duire évidem­ment à s’appuyer sur l’attractivité d’une star, plus ou moins en con­gé de ciné­ma ou de télévi­sion, pour mieux réserv­er ailleurs la part du risque et des décou­vertes.

Répa­ra­tions

Après Vilar, et Paul Puaux qui pro­longea fidèle­ment l’action de son « patron » dans ses ouver­tures, son atten­tion à la réal­ité locale et asso­cia­tive, son sou­tien aux jeunes troupes de la décen­tral­i­sa­tion dra­ma­tique, en affir­mant une cer­taine sen­si­bil­ité sociale et his­torique dans le choix des oeu­vres et des troupes, deux hommes se sont croisés à la direc­tion du fes­ti­val d’Avignon, Bernard Faivre d’Arcier et Alain Crombecque. Le sec­ond, fidèle à ses ori­en­ta­tions du fes­ti­val d’ Automne, favorisa l’émergence des « arts frères », la place de la lit­téra­ture, de la poésie, de la musique, des écoles et de ses amis créa­teurs. C’est ain­si que Vitez (LE SOULIER DE SATIN), Chéreau (HAMLET), Brook (LE MAHABHARATA) lui val­urent de mémorables suc­cès, d’autant que la presse et la pro­fes­sion lui apportèrent un indé­fectible et qua­si unanime sou­tien.
Il n’en alla pas tou­jours de même avec Bernard Faivre d’ Arci­er. Son action fut pour­tant pri­mor­diale et le plus sou­vent en con­ver­gence avec celle de Crombecque. Avi­gnon lui doit le pas­sage de l’artisanat prag­ma­tique à la plan­i­fi­ca­tion et à l’informatisation. Organ­i­sa­tion ciblée des publics ; étude de marchés ; analyse com­par­a­tive avec les autres grands fes­ti­vals mon­di­aux ; invi­ta­tion parte­nar­i­ale sur préal­able thé­ma­tique avec tel ou tel pays ou région du monde ; médi­ati­sa­tion accrue ; inté­gra­tion finale­ment paci­fique du « off » ; col­lab­o­ra­tion main­tenue avec des tutelles : État, régions, ville, pour­tant poli­tique­ment diver­gents ; équili­bres ménagés entre danse et théâtre, ten­dances et généra­tions, événe­ments et essais, avec trois loco­mo­tives « récur­rentes » et « trans­ver­sales » : Bartabas, Pina Bausch, Jan Fab­re … Cela est beau­coup, com­mande respect, grat­i­tude, et con­damne l’attitude sou­vent hos­tile et con­de­scen­dante d’une par­tie de la presse.

Vig­i­lances

Deux dan­gers ont, depuis Vilar, men­acé le Fes­ti­val chaque fois qu’il s’est agi de nom­mer un nou­veau directeur. Ces men­aces s’accentuent avec les années. On peut les attribuer, sur fond d’électoralisme, à la dém­a­gogie locale, à l’élitarisme parisien.
La ville d’Avignon, qui en a tant prof­ité, n’a jamais vrai­ment aimé son Fes­ti­val. En 68, il l’a même effrayé. Après l’ancrage à gauche de Vilar, le gauchisme post Liv­ing des années 70, elle se résign­erait sans doute à l’éclectisme com­merçant et finale­ment peu coû­teux du off. Le Fes­ti­val n’y sur­vivrait pas longtemps. On verserait ici et là quelques larmes de croc­o­diles, mais l’inconscient col­lec­tif, depuis longtemps déjà, y aurait été pré­paré.
Les min­istres con­cernés, la presse nationale ont générale­ment du goût pour ce qui brille et « fait la une ». D’où l’évocation régulière d’un homme prov­i­den­tiel, ce grand artiste créa­teur, de statut inter­na­tion­al, dont le charisme et l’éclat artis­tique ramèn­eraient le Fes­ti­val aux dimen­sions humaines et irra­di­antes de ses seules créa­tions. Ce ser­pent de mer presqu’aussi ancien, mais infin­i­ment plus dan­gereux, que le mon­stre du Loch Ness, con­duirait, si on lui don­nait corps, à la pire invo­lu­tion, au pire déni de la pen­sée prospec­tive de Vilar.
Le fes­ti­val d’Avignon n’est pas un théâtre de plus. Il a mis­sion d’accueillir, de favoris­er les con­fronta­tions, les échanges entre tous les théâtres du monde. L’oublier, vouloir son con­traire, ce serait sac­ri­fi­er le théâtre, le théâtre français et les autres, avec leur his­toire sin­gulière, leurs con­tra­dic­tions, leurs promess­es, leurs forces de vie et de survie, au prof­it de pro­duits de haut man­age­ment, étince­lants comme des présen­ta­tions de grand cou­turi­er, glam­ours comme des pub­lic­ités de par­fums, fugaces et finale­ment anodins comme un ren­dez-vous saison­nier de divas.
En nom­mant, in extrem­is, Vin­cent Bau­driller et auprès de lui Hort­ense Archam­bault, le gou­verne­ment français a sur­mon­té une fois de plus (par rai­son I par résig­na­tion?) son incor­ri­gi­ble pen­chant. Vin­cent Bau­driller, engagé par Crombecque, puis col­lab­o­ra­teur rap­proché de Bernard Faivre d’Arcier, n’aura qu’à se sou­venir. Pour le reste, son âge, ses curiosités, ses pro­pres prédilec­tions, son adapt­abil­ité aux formes en devenir, l’aideront à trou­ver une suite à l’Histoire, à inven­ter aux Fes­ti­vals de demain un avenir qui ne soit pas le fos­soyeur de leur passé.

Jacques Las­salle.

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et Jean-Loup Rivière
Jean-Loup Riv­ière est Pro­fesseur à l’École nor­male supérieure (Lyon) et au Con­ser­va­toire nation­al supérieur d’art dra­ma­tique (Paris ).Plus d'info
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