
Après l’époque des salons et de la dispersion mondaine, Proust ferme les volets et décide de vivre comme un ermite au coeur même de la ville. Seul avec la maladie, il se retire dans l’écriture en remplissant des pages et en murmurant, pour soi, presque pour les mettre à l’épreuve, les mots minutieusement réunis. Prières athées d’un écrivain qui désormais fait de l’art sa religion ! Serge Maggiani, dans le spectacle de Charles Tordjman et la scénographie de Daniel Jeanneteau, renvoyait à la retraite proustienne dans la chambre blanche de l’ oeuvre arrachée au quotidien. Dans cette solitude extrême où l’air ne circule pas et le soleil ne pénètre point, le corps du comédien qui égrène les paroles donnait à entendre, en quelque sorte, les accords secrets de l’écrit, son cours souterrain. « De la musique avant toute chose. » Le texte de Proust ressurgissait dans la cellule ouatée de son abbaye intérieure. Et, sur le seuil, tout près, nous subissions son pouvoir hypnotique. Tout était étouffé, à la limite de l’extinction imminente, oeuvre arrachée à soi au prix de la vie. C’est de cet effort extrême consenti par l’écrivain attaché à son projet jusqu’à l’épuisement ultime que le spectacle de Tordjman parlait aussi. Effort de l’artiste qui, parce que retrouvé, parvient à se confronter à l’absolu. Sans spasmes ni violence, mais avec la dévotion d’un apôtre de la littérature.

