Ils se sont appelés Isocèle parce qu’ils étaient trois au départ ; d’où l’idée de triangle, et un mot marrant : Isocèle…
Ce fut une démarche absolument nouvelle dans le théâtre pour enfants : un travail sur l’émotion, la sensibilité, l’ambigu, le non-dit, le fragile, l’intérieur des êtres, l’imaginaire personnel, les bords de la psychanalyse…
Doublé d’un travail sur l’objet et sur le rapport au public.
Ce fut au départ, dès le départ, une démarche « d’amateurs rigoureux », même si l’expression peut paraître bizarre. C’était des non-professionnels, des gens sans métier, sans la technique du comédien, des non-comédiens à la limite, des gens « inemployables » en tout cas dans le théâtre professionnel pour adultes ; des gens aussi qui acceptaient d’être sous-payés ou non payés. Des gens qui se lançaient totalement dans une « aventure » plus qu’aléatoire, avec un enthousiasme insensé, une ingénuité, une naïveté incroyable, qui leur ont permis de passer outre…
Le Théâtre Isocèle a créé des événements dans le théâtre pour enfants de Belgique francophone.
Ce fut d’abord Rococo et son amie Camomille en 1975 : un spectacle en marionnettes à gaine, dont le personnage principal était un arbre enrhumé. Un spectacle qui déjà, tout en restant dans une forme traditionnelle, dé-simplifiait le manichéisme habituel du théâtre pour enfants.
Puis La maison timide pour les tout petits en 1976 : l’histoire ténue d’une rencontre entre une voyageuse et une maison, une toute petite maison qui se révélait être habitée par une timide. Spectacle qui était remarquable parce que, à travers des personnages à la fois simples et complexes, et des éléments à la fois simples et fascinants pour les enfants (une maison qui bouge toute seule, qui danse, qui fait de la musique, d’où sortent un canard à roulettes, une tasse d’eau, une marionnette, et une pomme), à travers ces éléments passaient des thèmes très élaborés : le respect de la timidité, la difficulté de communiquer, la naissance méfiante d’une amitié.
Le théâtre pour tout petits sortait du gniangnian tout en restant absolument à la portée des enfants.
L’Isocèle a donné aussi Namcouticouti pour le secondaire en 1978, un jeu théâtral très subtil et très poussé, à partir d’un conte de l’île Maurice : l’histoire terrible d’une mère qui donne son enfant au loup pour ne pas être mangée elle-même.

