Avec Sanchotte, notre frère
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Avec Sanchotte, notre frère

Le 26 Jan 1981
Photos Jean-Paul Hubin
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Article publié pour le numéro
AT 6-7-Couverture du Numéro 6-7 d'Alternatives ThéâtralesAT 6-7-Couverture du Numéro 6-7 d'Alternatives Théâtrales
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Ici. face à cette vit­re, pres

des voix ampli­fiées par un

micro et en même temps

feu­trées, proches et

loin­taines, J’é­coutais, Je

voy­ais la déam­bu­la­tion d’un

des­tin unique et de tous, un

per­son­nage his­torique, un

je con­tra­dic­toire, frag­ile.

cos­mique et par­fois

ridicule, qui peu à peu

per­dait ses apparences, le

théätre même pour une

sorte d’im­mo­bil­ité, de

désert vers lequel, depuis le

com­mence­ment, il devait

ten­dre sans doute à son

insu.

Un homme, jeune encore,

s’ag­i­tait (par­lait, mar­chait

d’un coin à l’autre d’une

cage vit­rée).

Photos Emile Debruyne
Pho­tos Emile Debruyne

De quoi par­le le per­son­nage ? Du com­mence­ment, de ce qui le fit gliss­er dans l’histoire, appren­dre l’irréel du réel, l’insupportable, l’intolérable. Cela s’appelait alors cat­a­stro­phe de Marcinelle, incendie de l’innovation. Procès des Rosen­berg. Cela ren­con­trait l’étranger, l’étrangère (l’exil, la dou­ble mis­ère), reli­ait le privé (les études, le cur­ricu­lum vitae) et le poli­tique (la lutte con­tre l’injustice, les guer­res de Mon­sieur Bons Offices), cela jette entre deux (la déam­bu­la­tion mon­tre l’unité per­due), dans la con­tra­dic­tion, là où le mono­logue reprend de plus belle. Paroles
et marche
dans tous les sens.
Agi­ta­tion et impuis­sance.

Photos Emile Debruyne
Pho­tos Emile Debruyne

Trois femmes venaient et par­taient (portes, escalier) pour revenir, tour­naient autour· de son iden­tité. L’admirable roman épis­to­laire, dis­con­tinu, éclaté était devenu ce huis-clos (avec fauss­es sor­ties) dont nous étions les voyeurs et, quoique assis et de l’autre côté, les déam­bu­lants.
Car nous seri­ons jetés de notre immo­bil­ité de spec­ta­teurs dans le mou­ve­ment de la crise de l’histoire et du sujet pour retomber à la fin, et non sans dom­mage, dans notre désert.

Le per­son­nage s’appelle Paul San­chotte (épopée et déri­sion), son mono­logue ren­con­tre tour à tour trois voix de femmes, trois images, trois corps per­dus (tranch­es d’histoire et de vie): Rox­ane, Leilah, Clara …

La troisième écoute, se tait presque tou­jours et son silence, sa presque immo­bil­ité gênent, comme si elle était, dans le théâtre, le pub­lic et le proche, le témoin, le juge et le dou­ble.

Photos Emile Debruyne
Pho­tos Emile Debruyne

Les deux pre­mières sont plus étroite­ment liées à l’existence inquiète et com­plaisante du per­son­nage, à sa pas­sion et à ses rup­tures, à sa fuite et à ses vél­léités de courage, à son échec devant l’amour, devant l’histoire, devant la femme et la cause à défendre.

Photos Emile Debruyne
Pho­tos Emile Debruyne
Photos Emile Debruyne
Pho­tos Emile Debruyne

Comme si devant elles, il ne restait à San­chotte (notre frère de l’exil) que des morceaux de moi et du monde, que des ques­tions sans réponse (encore des paroles, des déam­bu­la­tions autour, à côté). Comme si on n’échappait pas à la soli­tude — sur fond d’amour et de monde‑, à soi-même, au désert qui clôt la représen­ta­tion, qui est encore dans la représen­ta­tion, dans la non-réso­lu­tion — ambiguïté de soi et du théâtre, jusqu’à la fin.

Photo Katina Avgouloupi
Pho­to Kati­na Avgouloupi

Cette pièce longue (plus de deux heures) ne devait jamais finir, ne peut finir, con­tin­ue en nous son chemin, ses ques­tions, ses images, son mor­celle­ment et son essai de rassem­ble­ment. Livre porté à la scène, recréé, réin­car­né par une équipe qui a eu la grâce du texte et la grâce du théâtre, où l’auteur se voit refait et défait (héros vrai­ment de son livre) par l’adaptatrice (Michèle Fabi­en), le met­teur en scène (Marc Liebens) et les qua­tre acteurs de cette fable pour notre temps.
Livre à relire … C’est le cer­cle des fic­tions opérantes, elles génèrent notre désir de voir, de recom­mencer, de sur­vivre.

P.S. Peut-être que le romanci­er est vrai­ment proche du théâtre, de la musique de notre monde réel et imag­i­naire. Livret­tiste de nos vies …

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