
Tout est clos encore bien qu’à ciel ouvert. Les proues de Rodrigue et Prouhèze, comme les deux grandes lèvres de la bouche d’ombre, s’entrouvrent sur l’inconnu. Et j’entends les cris d’oiseaux, jetés au ciel à la volée comme le seront bientôt les plus belles pensées du poète. Le théâtre va prendre la mer.
L’annoncier dit les premiers mots que l’on sait, par coeur, et Jeanne Vitez qui, tout à l’heure, sera l’ombre double des amants, est la vivante présence du généreux donateur, celui qui fut l’ouvrier du rêve. Dans bien longtemps, c’est elle encore qui chantera explicit opus mirandum, juste avant que les applaudissements des âmes captives enfin délivrées n’éclatent au grand jour.
Cette seule image suffit à réveiller l’entièreté de la représentation dans ma mémoire. Les voix, les intonations, les gestes, tout est là, intact. Miracle du simulacre qui nous lie parfois pour la vie à un tel événement accompli en pure perte. Oui, le théâtre rayonne et travaille bien au-delà de ce qu’on croit lorsqu’il est fondé en Poésie.
Éloi Recoing.

