Eric Lacascade, PLATONOV, 2002
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Eric Lacascade, PLATONOV, 2002

Le 1 Juil 2003
PLATONOV d'Anton Tchekhov, mise en scène Eric Lacascade, photo Philippe Delacroix/festival d'Avignon.
PLATONOV d'Anton Tchekhov, mise en scène Eric Lacascade, photo Philippe Delacroix/festival d'Avignon.
PLATONOV d'Anton Tchekhov, mise en scène Eric Lacascade, photo Philippe Delacroix/festival d'Avignon.
PLATONOV d'Anton Tchekhov, mise en scène Eric Lacascade, photo Philippe Delacroix/festival d'Avignon.
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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PLATONOV a la grandeur de cer­tains débuts célèbres. Débuts dont la portée ne s’éclaire gu’ultérieurement, car oeu­vres de l’origine et non pas du par­cours. Il leur mangue ou plutôt elles sont libres de la per­fec­tion que l’auteur saura dévelop­per ensuite. Si, ici, on iden­ti­fie le futur Tchekhov, en même temps, PLATONOV dégage une démesure gui ne sera plus sienne quelques années plus tard, à l’heure des chefs‑d’oeuvre. Il faut mon­tr­er cette incer­ti­tude ini­tiale aus­si bien que la par­en­té gui se recon­naît déjà.
PLATONOV témoigne d’une volon­té d’embrasser large que Tchekhov décidera de tem­pér­er ensuite au prof­it d’un goût pour l’épure dont son théâtre devien­dra indis­so­cia­ble. Mais s’il fascine aus­si c’est dans la mesure où — accep­tons la métaphore ! — l’or n’a pas encore été dégagé du min­erai brut dont, dans PLATONOV, on repère la présence dis­séminée. C’est un por­trait brouil­lé que cette oeu­vre ébauche et en même temps c’est d’une nais­sance que nous sommes les témoins. Incer­ti­tude gui explique peut-être pourquoi Tchekhov l’a aban­don­née. Car, PLATONOV, on ne le retrou­vera qu’après sa mort, empreinte du jeune homme qu’il fut.
Éric Lacas­cade approche Tchekhov en artiste. Son Tchekhov est lyrique, un Tchekhov des pas­sions. Elles se dis­ent aus­si par des métaphores où l’on ne craint ni l’excès, ni l’accumulation. Lacas­cade écarte la pudeur qui cul­tive « le moins » aux dépens du « plus » … et il pro­pose un Tchekhov gui respire, un Tchekhov du plein air. Un Tchekhov où l’on peut pass­er de la « métapho­ri­sa­tion » du théâtre de Kos­tia par la seule référence au coeur, que le per­son­nage indique en ser­rant con­tre lui son poing, à la dilata­tion extrême de l’espace ou à des diag­o­nales ver­tig­ineuses. Cette lib­erté, nulle­ment arbi­traire, apporte de l’air et fonde ce que l’on pour­rait appel­er l’actuelle approche française de Tchekhov.
Ici où rien n’est parci­monieux ni réfrac­taire à l’intime, Lacas­cade agit en dévoreur d’espace. Il place la fête ini­tiale de PLATONOV sur la sur­face géante du Mur et ain­si le bal russe prend la dimen­sion d’un ban­quet flo­rentin : peu importe. D’emblée le spec­ta­cle entraîne Tchekhov dans une dimen­sion incon­nue, et l’ oeu­vre démesurée qu’est PLATONOV, à notre grande sur­prise, respire organique­ment. À par­tir de cette hau­teur ini­tiale s’amorce ensuite la débâ­cle de la com­mu­nauté dis­parate qui échouera à l’avant-scène du plateau par la mort de Platonov. C’est de cet écroule­ment que nous sommes les témoins.
L’attrait provient de l’énergie dévelop­pée au coeur même d’une écri­t­ure de la réserve et de l’ambiguïté que Stanislavs­ki, au Théâtre d’Art de Moscou, s’employait à explor­er avec soin. Parce que non économe et dépen­si­er, parce que réfrac­taire à l’âge adulte, parce que résol­u­ment affec­tif et pas­sion­né, le théâtre de Lacas­cade s’affirme sans pour autant faire vol­er en éclats le texte de Tchekhov. Il le déploie et l’exalte afin d’affirmer les pou­voirs de la scène et les ressources d’un art gui ne veut pas faire le deuil de la vie.

Georges Banu.

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Écrit par Georges Banu
Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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Festival d’Avignon 1980 — 2003

1 Juil 2003 — «C’est un chef-d’ oeuvre » - premiers mots murmurés au terme de ce spectacle avec la certitude d’avoir participé aux…

« C’est un chef‑d’ oeu­vre » — pre­miers mots mur­murés au terme de ce spec­ta­cle avec la cer­ti­tude d’avoir…

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