Dans la cabane-théâtre en bois qui réunit salle et scène, Jacques Nichet révèle un Euripide inattendu. Celui d’un Alceste qui n’est pas homme mais … femme. La mise en scène est en épure. Accompagnés de Gabriel Monnet, les acteurs sont jeunes, distillant une troublante fraîcheur tout au long de ce spectacle marqué au sceau des jeux de la mort et de l’amour.
Didier Méreuze.
Ma mémoire me joue des tours et vous me demandez un souvenir !
Les dates de mon agenda s’emmêlent et sur scène, l’accordéon du temps se plie et se déplie si facilement !
Je crois me rappeler que je n’étais pas né le jour de la première d’Alceste à Athènes.
Quelque temps après, par chance, un soir, au lycée Saint-Joseph, dans un vieux gymnase, j’ai rencontré Euripide.
C’était un mardi, un vendredi peut-être, je ne sais plus …
Il n’avait pas changé. Il s’est assis, incognito, parmi les spectateurs installés les uns face aux autres dans une cabane en bois.
Au milieu du public, sur un chemin étroit, les personnages passaient, allant de la vie à la mort.
Il ne cessait de les regarder.
Je me souviens de son émotion, il avait comme moi les larmes aux yeux, au retour d’Alceste qu’Héraclès ramenait des enfers.
Sous son voile blanc de mariée, la reine encore morte respirait déjà et la vie revenait sur le rythme mélancolique et lent d’une valse portugaise.
L’espace d’un instant, il suffit de voir pour croire.
Soudain le monde semble sauvé de la laideur, du découragement pendant quelques minutes au moins, davantage peut-être.
Au moment du salut, je me suis retourné pour inviter l’auteur à se faire connaître.
Il s’était éclipsé, discrètement.
Jacques Nichet.



