Il est des spectacles dont la mémoire a gardé juste une image. Forte.
Prégnante. Obsédante. Du CALDERON présenté par Jean-Louis Martinelli, c’est la reprise d’un tableau de Vélasquez : LES MÉNINES. Sous le regard mystérieux d’un jeune homme muet, sa mise en scène se faisait labyrinthique. Qu’importe que je m’y sois perdu ? Vingt ans après le charme interrogateur agit toujours …
Didier Méreuze.
Les premières sensations qui me reviennent en mémoire lorsque je pense à Avignon ne sont pas liées à tel ou tel spectacle créé dans la Cité des Papes, mais à mes premiers passages en cette ville alors même que j’approchais la planète Théâtre avec une troupe d’étudiants lyonnais.
En juillet 1972, avec Éliane et un autre couple d’étudiants, nous partons en 4 L pour la Corse. Avignon est sur notre route. Nous faisons halte une journée. L’effervescence de l’après 68 porte celle des recherches qui se font jour dans le laboraroire des formes du Théâtre Ouvert de Lucien et Micheline Attoun. J’assiste à une lecture de LA COLONIE de Rezvani par la Compagnie Vincent-Jourdheuil où Denise Feron notamment prête sa fantaisie à Riri le Mongolien.
Deux ans plus tard, je montais cette pièce avec la troupe d’étudiants avec laquelle je faisais mes premiers pas en jouant MONSIEUR CHOUPAILLE. Depuis lors, je reste très attaché à ce qui peut advenir dans le cadre du Théâtre Ouvert à Avignon. Cette façon d’être au théâtre pendant la période d’été constitue pour moi ce que devrait être un festival, lieu de villégiature estivale, où entre amis il est possible d’approcher de nouveaux territoires et d’échanger au long de chaudes nuits, sur ces propositions, animés par la foi de ceux qui cherchent en fraternité, face à un public de curieux.
Lorsque je pense à Avignon, je me souviens de mon deuxième séjour de spectateur encore à Théâtre Ouvert où Antoine Vitez donne la première des CLOCHES DE BÂLE d’Aragon, du débat qui s’ensuivit. Je revois Antoine Vitez, quelques années plus tard, descendant seul, de la place de l’Horloge en direction de la gare. Je me souviens de mon désir d’aller l’interpeller et de mon impossibilité à le faire. Sa solitude me touche, j’approchais bien plus tard cet état où la fatigue le dispute à la tristesse ou à la joie secrète dans la chaleur de la nuit ou de l’aube . . avignonnaise.
Presque naturellement donc c’est dans le cadre des chantiers de Théâtre Ouvert que je suis allé à Avignon pour la première fois.
C’était l’occasion de présenter un montage à partir de plusieurs textes de Jean Eustache dont je venais de mettre en scène LA MAMAN ET LA PUTAIN.
Jean-Louis Martinelli.



