LE CRI DU CAMÉLÉON de Joseph Nadj, l’oeuvre est aujourd’hui connue. Et sa révélation, un soir heureux, au Théâtre de la Ville, semble bien loin. L’univers, progressivement, a pris sa forme sans que pour autant la relation aux racines faiblisse. Sous le signe de Bruno Schulz et sur les pas de Kantor, Nadj visite et revisite la mémoire de l’Europe centrale qu’il arpente en « captif amoureux ».
LE CRI DU CAMÉLÉON occupe une position particulière. Fruit de la collaboration avec l’École nationale du cirque, ce spectacle marque le renouveau d’une forme et entérine sa résurrection. Loin des nostalgies felliniennes ou des CLOWNS de Mnouchkine gui avaient triomphé à Avignon deux décades plus tôt, libéré de la poétique « rétro » des débuts du cirque Grüss, le cirque regagne grâce au CRI DU CAMÉLÉON une vitalité oubliée et un débordant plaisir ludique. Nadj, sur fond de vieux numéros d’adresse, assimile les « circassiens » à des jeunes de la rue gui, eux aussi, sur un square ou sur un parvis, font preuve d’étonnantes performances physiques. Dans un monde en haillons, déglingué et branlant, les acrobates se livrent à corps perdu sans pour autant chercher la perfection lisse de jadis ni craindre l’erreur. Le cirque renaît parce qu’il revêt l’aspect d’un art de la rue, et ainsi il intègre les arts du vivant. Les retrouvailles avec le cirque en train de se faire et non pas mémoire d’un âge révolu passent par le spectacle de Nadj. Un soir à Avignon il a marqué la réconciliation avec le cirque comme autrefois LES NOCES DE FIGARO dans la mise en scène de Strehler marquaient la réconciliation avec l’opéra. Il y a des spectacles gui engendrent une postérité, leur portée pour l’évolution d’un art est décisive. Ils sont rares.
Eau et feu, fer et glace. Dans une atmosphère de nuit noire, trouée en permanence d’une pluie fine, le Lituanien…



