« C’est un chef‑d’ oeuvre » — premiers mots murmurés au terme de ce spectacle avec la certitude d’avoir participé aux fiançailles exceptionnelles entre un auteur contemporain et son metteur en scène. Pour arriver à cet éblouissement, avec LA SOLITUDE DANS LES CHAMPS DE COTON, Chéreau s’y est pris trois fois.
Krzysztof Warlikowski résout l’impossible question de l’affectivité dévastatrice gui traverse l’oeuvre de cette écorchée vive du théâtre contemporain qu’est Sarah Kane. Il parvient à conjuguer violence transfigurée et froideur clinique pour dire théâtralement le désarroi des êtres et la panique de leurs passions absolues. Ce texte de l’extrême, texte shakespearien, presque double de TITUS ANDRONICUS, trouve ici son accomplissement scénique : le lyrisme de l’excès et le désir d’autodestruction s’y confondent. Warlikowski ne reste jamais au même niveau et change constamment les registres au point de fournir, sans la moindre complaisance, une déroutante polyphonie de la cruauté. Par ailleurs l’excès, tout en étant présent, n’emprunte jamais ses expressions habituelles : le spectacle livre ses signes reconnaissables et non pas ses expressions directes, immédiates et le plus souvent galvaudées. La descente aux enfers se montre dans sa violence physique sans jamais cesser d’être également mentale. Victoire de Warlikowski, comme jadis de Brook quand, lui, mettait en scène TITUS ANDRONICUS justement.
Dépourvue des ambiances chromatiques du spectacle et de la présence des voix, la photo n’a ici qu’une valeur indicielle. Elle renvoie à une représentation du sacrifice poussé jusqu’à l’ultime limite sans gu’ elle réussisse à évoquer son intensité poétique ni son pouvoir d’étonnement.
LES PURIFIÉS- éclair déflagrateur ! Expérience de ce gui enfin trouve son expression scénique : l’extrême contemporain. Spectacle issu de la solidarité foncière gui relie ces deux romantiques, Sarah Kane et Krzysztof Warlikowski, crucifiés des temps modernes.
Georges Banu.



