Philippe Caubère, LE ROMAN D’UN ACTEUR, 1993
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Philippe Caubère, LE ROMAN D’UN ACTEUR, 1993

Le 6 Juil 2003
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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LE ROMAN D’UN ACTEUR

LE ROMAN D'UN ACTEUR, joué et mis en scène par Philippe Caubère, photo Marc Enguerand.
LE ROMAN D’UN ACTEUR, joué et mis en scène par Philippe Caubère, pho­to Marc Enguerand.

« Les âmes sont ces petits êtres qui me don­nent la réplique et pouf­fent avec moi de rire ou d’horreur. »

Antonin Artaud.

Ce n’est pas la pluie, rapi­de­ment bal­ayée après l’orage, qui empêchera Philippe Caubère de s’exposer et d’exploser, arrachant à son corps et à ses sou­venirs matière à spec­ta­cle.
Impétueux et inso­lent il trans­forme les amis, acteurs, met­teurs en scène et directeurs en per­son­nages de théâtre. Il joue tout le monde y com­pris lui-même. Dans le cloître ouvert sur la nuit, entre ten­dresse et féroc­ité, Caubère-Fer­di­nand Fau­re tourne les pages de son roman vivant et sera, trois heures durant, le coeur dans les étoiles, notre frère.

Bernard Debroux.

Philippe Caubère : Le pre­mier spec­ta­cle que j’ai joué à Avi­gnon, LA COMMUNE DE PARIS, est un sou­venir mer­veilleux. C était dans le off en 1971 et il avait con­nu un suc­cès énorme dans le foy­er Léo Lagrange.
Quelques années plus tard, ce fut une expéri­ence apoc­a­lyp­tique, LORENZACCIO dans la Cour d’honneur du palais des Papes. Ce n’est pas un sou­venir d’horreur parce que c’était drôle en même temps. Mais c’était le bide. Donc les deux extrêmes, le grand suc­cès dans le tout petit off et l’énorme échec dans l’immense in …
Après, ce para­doxe m’a suivi. Chaque fois que j’ai été à Avi­gnon, ça a été un com­bat … Je n’étais pas invité. J’y suis tou­jours allé à la force du poignet, tou­jours au couteau. Pas la dernière fois, à la Car­rière Cal­let, c’était « presque » une invi­ta­tion. Ce com­bat fait du bien car après ce fut chaque fois un suc­cès et aus­si un plaisir d’accomplir mon tra­vail, de le men­er à son terme. Je ne suis jamais allé à Avi­gnon inno­cem­ment. C’est tou­jours pour moi une aven­ture spir­ituelle. Je n’y vais pas pour ven­dre mes spec­ta­cles mais c’est tou­jours lié pour moi à un fan­tasme qui est partagé par notre généra­tion et est lié à Jean Vilar. De plus, le fait que je sois du midi fait qu’on rêve à Avi­gnon comme les gamins rêvent de Nîmes ou Arles quand il s’agit de tau­ro­machie.
Il y a pour moi à Avi­gnon comme un mélange de TNP et de révo­lu­tion gui fait que quand j’y présente des spec­ta­cles, ils s’inscrivent dans une quête spir­ituelle. Avi­gnon, c’est la reli­gion du théâtre, une reli­gion bar­bare, une expéri­ence moyenâgeuse. C’est pour cela que je ne partage pas la con­de­scen­dance voire le mépris qu’ont cer­taines per­son­nes pour le off. Dans le off, il y a le pire et le meilleur. Pour moi, Avi­gnon, c’est tout ça mélangé. Il y a ce qui est cen­sé être le plus haut et le plus bas, le plus recon­nu et le plus sauvage. Et sur tout cela pla­nent les dieux du théâtre. J’ai retrou­vé cette magie à la Car­toucherie et dans d’anciens théâtres à l’italienne.
La créa­tion du ROMAN D‘UN ACTEUR a duré trois semaines. Le fait que le bébé sorte en plein air, dans l’orage, avec le mis­tral, c’était d’une beauté vio­lente. J’avais comme pour une guerre expéri­men­té tous les cas de fig­ure. Le jour de la pre­mière des ENFANTS DU SOLEIL, il y avait un énorme orage sur Avi­gnon. La plu­part des spec­ta­cles ont été reportés. Nous avons bal­ayé le plateau et j’ai recom­mencé à jouer une demi-heure plus tard.
Avi­gnon est aus­si une expéri­ence par­ti­c­ulière pour le pub­lic. Là, on va vrai­ment au théâtre. Entr­er dans la Cour d’honneur provoque une immense émo­tion comme quand on entre dans une arène ou dans un cirque.
Je pense que Vilar a vrai­ment inven­té quelque chose et a con­vo­qué là les dieux du théâtre.
Le sou­venir du bide mon­strueux que j’ai pris au palais des Papes (j’en ai d’ailleurs fait un spec­ta­cle), n’est pas un sou­venir d’horreur, je le souhaite à tous les comé­di­ens, c’est cru­el mais béné­fique.
Tous ces lieux où j’ai joué, la Cour, les Carmes, la Con­di­tion des soies, la Car­rière Cal­let sont autant d’expériences sin­gulières et fasci­nantes dont on ne sort pas indemne …

Pro­pos recueil­lis par Bernard Debroux.

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Bernard Debroux
Co-écrit par Bernard Debroux
Fon­da­teur et mem­bre du comité de rédac­tion d’Al­ter­na­tives théâ­trales (directeur de pub­li­ca­tion de 1979 à 2015).Plus d'info
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