NÉ À LIÈGE en 1955.
« Le ventre parlant en tête »1, Eugène Savitzkaya écrit. D’abord de la poésie (LE CŒUR DE SCHISTE, RUE OBSCURE, L’EMPIRE… 2), puis des romans (MONGOLIE PLAINE SALE, MENTIR, UN JEUNE HOMME TROP GROS, LA TRAVERSÉE DE L’AFRIQUE… 3). Il n’écrira pour le théâtre qu’à partir de 1991, sous l’impulsion d’une commande4.
L’expérience collective, extravertie, du théâtre, va ouvrir des voies de passage dans une écriture, toujours considérée comme touffue et sauvage. Elle créera de larges clairières dans son tissu serré et donnera à l’auteur le moyen d’une expressivité différente.
«L’expérience fut à ce point intense et, je dois bien l’avouer, bouleversante, que je me pose finalement la question de savoir s’il peut exister une activité d’écrivain autre que celle qui suppose une telle confrontation et de telles conséquences. Je finis également par me dire que je n’ai pas écrit tous mes livres en vain, mais qu’en les écrivant j’ai pu, peu à peu, apprendre à formuler une texture de mots dans le seul but de rendre intelligibles cette texture, ces mots, au jugement et à la fantaisie d’autrui. (…) La scène d’un théâtre est le lieu propice d’une mise en public de nos secrets les plus intimes, à la limite du scandale, avec des règles comme contraintes pudiques.… »5
La folie originelle
VÉRITABLE cataclysme littéraire, l’écriture d’Eugène Savitzkaya gronde et ravage de façon cyclique et rigoureuse sous l’apparence anarchique d’un bouleversement accidentel. Alors… quand elle doit se déployer dans un texte qui parle d’une ville après un tremblement de terre, on la voit mobile, heureuse. Libre de fonctionner avec une mémoire nocturne où les repères — qui sont plus olfactifs, tactiles, qu’intellectuels — n’ont d’autre logique que la sensualité impressionniste des souvenirs. Dans LA FOLIE ORIGINELLE, il n’y a plus de hiérarchie entre le monde animal, humain et végétal. Une fois disparue la notion de règne, les êtres vivants vivent ensemble dans un désordre idyllique primaire où il est difficile de se reconnaître : ce qui était érigé est tombé, ce qui était fermé est ouvert, ce qui était lumineux est recouvert d’une poussière grise, ce qui était solide a été ébranlé. Exactement là où nous avions l’illusion d’une homogénéité compacte — rassurante —, il y a désormais des trous, des failles et des crevasses. Dans ces béances effrayantes, s’engouffrent le vent et les obsessions de l’auteur. Dans un tourbillon de mots, on touche, on sent et l’on voit de façon récurrente : les tuiles du toit, les robiniers, les hirondelles, la peau du cou, les cheveux d’une femme, le parfum du lilas en accord avec la glycine, le sexe, l’enfant, la mer, et le petit taureau… Berganza, Eva, Celi, Conspuate et les autres parlent à l’imparfait de ce qu’ils n’ont pas oublié : des détails de vie exagérément grossis qui leur donnent une vision du monde à la fois rétrécie et surdimensionnée. « Des bagatelles me procurent un plaisir intense. Le moindre changement, la moindre variation m’enthousiasment (…) Quand les énormes pierres de taille changent de place, ne fût-ce que de quelques centimètres, quelque chose change vraiment et on ne peut plus regarder les murs et les immeubles de la même manière qu’avant. »6
CR
Œuvres théâtrales
LA FOLIE ORIGINELLE BERGANZA, EVA, CELI, CONSPUATE ET D’AUTRES
Commande de Dominique Pitoiset. Publié aux Éditions de Minuit, Paris, 1991.
Création par la Compagni Bernet — Rolland au Festival de Mai à Dijon, en mai 1996. Ce texte a bénéficié de l’aide à l’écriture de la Direction du théâtre et des spectacles.
LA FEMME ET L’AUTISTE
Création par Transquinquennal dans une mise en scène de Stéphane Olivier et Pierre Sartenaer, dans le cadre du Marathon de la création théâtrale organisé par Temporalia au Plan K à Bruxelles, en mars 1994.
Distribution : 1 femme, 1 homme
AUX PRISES AVEC LA VIE COURANTE
Création par Transquinquennal au Théâtre Varia, en février 1997.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Œuvres d’Eugène Savitzkaya adaptées au théâtre
MENTIR
Création dans une mise en scène de Monique Dorsel au ThéâtrePoème à Bruxelles, en octobre 1977.
LA TRAVERSÉE DE L’ AFRIQUE
Création par l’Atelier Lyrique du Rhin dans une mise en scène de
Pierre Barat au Festival Musica de Strasbourg, en 1985.
LE GRAND COCHON ROI DU MONDE
d’après LES MORTS SENTENT BON (Éditions de Minuit, 1983)
Création par la Compagnie
Denis Bernet — Rolland (Paris), au Botanique, à Bruxelles, en octobre 1986.
SOUVENIR DE LA DAME ENDORMIE
Théâtre d’images.
Création au Théâtre-Poème à Bruxelles, en juin 1988.
Dramatique radiophonique
FAILLITE OU LES TRAVAUX DE HANS WEBER EVORIAN
Création dans une réalisation de Thierry Génicot, RTBF, octobre 1979.
- E. Savitzkaya, MAMOUSE, ENDOCRINES ; extrait d’un recueil de poésies. ↩︎
- Les trois ouvrages ont été publiés aux Éditions de l’Atelier de l’Agneau, respectivement en 1974, 1975 et 1976. ↩︎
- Respectivement publiés chez Seghers, 1976 ; Minuit, 1977 ; Minuit, 1978 ; Minuit, 1979. ↩︎
- Cf. Bibliographie. ↩︎
- E. Savitzkaya, LA FEMME ET L’AUTISTE, lettre d’introduction au dossier du projet du spectacle, suite au Marathon de la création théâtrale, organisé par Temporalia en 1994. ↩︎
- Celi, LA FOLIE ORIGINELLE, Éditions de Minuit, p. 34. ↩︎

