Eugène Savitzkaya
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Eugène Savitzkaya

Le 1 Jan 1997
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NÉ À LIÈGE en 1955.

« Le ven­tre par­lant en tête »1, Eugène Sav­itzkaya écrit. D’abord de la poésie (LE CŒUR DE SCHISTE, RUE OBSCURE, L’EMPIRE… 2), puis des romans (MONGOLIE PLAINE SALE, MENTIR, UN JEUNE HOMME TROP GROS, LA TRAVERSÉE DE L’AFRIQUE… 3). Il n’écrira pour le théâtre qu’à par­tir de 1991, sous l’im­pul­sion d’une com­mande4.
L’ex­péri­ence col­lec­tive, extraver­tie, du théâtre, va ouvrir des voies de pas­sage dans une écri­t­ure, tou­jours con­sid­érée comme touf­fue et sauvage. Elle créera de larges clair­ières dans son tis­su ser­ré et don­nera à l’auteur le moyen d’une expres­siv­ité dif­férente.
«L’ex­péri­ence fut à ce point intense et, je dois bien l’avouer, boulever­sante, que je me pose finale­ment la ques­tion de savoir s’il peut exis­ter une activ­ité d’écrivain autre que celle qui sup­pose une telle con­fronta­tion et de telles con­séquences. Je finis égale­ment par me dire que je n’ai pas écrit tous mes livres en vain, mais qu’en les écrivant j’ai pu, peu à peu, appren­dre à for­muler une tex­ture de mots dans le seul but de ren­dre intel­li­gi­bles cette tex­ture, ces mots, au juge­ment et à la fan­taisie d’autrui. (…) La scène d’un théâtre est le lieu prop­ice d’une mise en pub­lic de nos secrets les plus intimes, à la lim­ite du scan­dale, avec des règles comme con­traintes pudiques.… »5

La folie orig­inelle 

VÉRITABLE cat­a­clysme lit­téraire, l’écri­t­ure d’Eugène Sav­itzkaya gronde et rav­age de façon cyclique et rigoureuse sous l’apparence anar­chique d’un boule­verse­ment acci­den­tel. Alors… quand elle doit se déploy­er dans un texte qui par­le d’une ville après un trem­ble­ment de terre, on la voit mobile, heureuse. Libre de fonc­tion­ner avec une mémoire noc­turne où les repères — qui sont plus olfac­t­ifs, tac­tiles, qu’intellectuels — n’ont d’autre logique que la sen­su­al­ité impres­sion­niste des sou­venirs. Dans LA FOLIE ORIGINELLE, il n’y a plus de hiérar­chie entre le monde ani­mal, humain et végé­tal. Une fois dis­parue la notion de règne, les êtres vivants vivent ensem­ble dans un désor­dre idyllique pri­maire où il est dif­fi­cile de se recon­naître : ce qui était érigé est tombé, ce qui était fer­mé est ouvert, ce qui était lumineux est recou­vert d’une pous­sière grise, ce qui était solide a été ébran­lé. Exacte­ment là où nous avions l’il­lu­sion d’une homogénéité com­pacte — ras­sur­ante —, il y a désor­mais des trous, des failles et des crevass­es. Dans ces béances effrayantes, s’en­gouf­frent le vent et les obses­sions de l’auteur. Dans un tour­bil­lon de mots, on touche, on sent et l’on voit de façon récur­rente : les tuiles du toit, les robiniers, les hiron­delles, la peau du cou, les cheveux d’une femme, le par­fum du lilas en accord avec la glycine, le sexe, l’en­fant, la mer, et le petit tau­reau… Bergan­za, Eva, Celi, Con­spu­ate et les autres par­lent à l’imparfait de ce qu’ils n’ont pas oublié : des détails de vie exagéré­ment grossis qui leur don­nent une vision du monde à la fois rétré­cie et sur­di­men­sion­née. « Des bagatelles me pro­curent un plaisir intense. Le moin­dre change­ment, la moin­dre vari­a­tion m’en­t­hou­si­as­ment (…) Quand les énormes pier­res de taille changent de place, ne fût-ce que de quelques cen­timètres, quelque chose change vrai­ment et on ne peut plus regarder les murs et les immeubles de la même manière qu’a­vant. »6

CR

Œuvres théâ­trales

LA FOLIE ORIGINELLE BERGANZA, EVA, CELI, CONSPUATE ET D’AUTRES
Com­mande de Dominique Pitoiset. Pub­lié aux Édi­tions de Minu­it, Paris, 1991.
Créa­tion par la Com­pag­ni Ber­net — Rol­land au Fes­ti­val de Mai à Dijon, en mai 1996. Ce texte a béné­fi­cié de l’aide à l’écri­t­ure de la Direc­tion du théâtre et des spec­ta­cles.

LA FEMME ET L’AUTISTE
Créa­tion par Tran­squin­quen­nal dans une mise en scène de Stéphane Olivi­er et Pierre Sarte­naer, dans le cadre du Marathon de la créa­tion théâ­trale organ­isé par Tem­po­ralia au Plan K à Brux­elles, en mars 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 1 homme

AUX PRISES AVEC LA VIE COURANTE
Créa­tion par Tran­squin­quen­nal au Théâtre Varia, en févri­er 1997.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 1 homme

Œuvres d’Eugène Sav­itzkaya adap­tées au théâtre

MENTIR
Créa­tion dans une mise en scène de Monique Dorsel au Théâtre­Poème à Brux­elles, en octo­bre 1977.

LA TRAVERSÉE DE L’ AFRIQUE
Créa­tion par l’Atelier Lyrique du Rhin dans une mise en scène de
Pierre Barat au Fes­ti­val Musi­ca de Stras­bourg, en 1985.

LE GRAND COCHON ROI DU MONDE
d’après LES MORTS SENTENT BON (Édi­tions de Minu­it, 1983)
Créa­tion par la Com­pag­nie
Denis Ber­net — Rol­land (Paris), au Botanique, à Brux­elles, en octo­bre 1986.

SOUVENIR DE LA DAME ENDORMIE
Théâtre d’im­ages.
Créa­tion au Théâtre-Poème à Brux­elles, en juin 1988.

Dra­ma­tique radio­phonique

FAILLITE OU LES TRAVAUX DE HANS WEBER EVORIAN
Créa­tion dans une réal­i­sa­tion de Thier­ry Géni­cot, RTBF, octo­bre 1979.

  1. E. Sav­itzkaya, MAMOUSE, ENDOCRINES ; extrait d’un recueil de poésies. ↩︎
  2. Les trois ouvrages ont été pub­liés aux Édi­tions de l’Ate­lier de l’Agneau, respec­tive­ment en 1974, 1975 et 1976.  ↩︎
  3. Respec­tive­ment pub­liés chez Seghers, 1976 ; Minu­it, 1977 ; Minu­it, 1978 ; Minu­it, 1979.  ↩︎
  4. Cf. Bib­li­ogra­phie. ↩︎
  5. E. Sav­itzkaya, LA FEMME ET L’AUTISTE, let­tre d’in­tro­duc­tion au dossier du pro­jet du spec­ta­cle, suite au Marathon de la créa­tion théâ­trale, organ­isé par Tem­po­ralia en 1994. ↩︎
  6. Celi, LA FOLIE ORIGINELLE, Édi­tions de Minu­it, p. 34.  ↩︎
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Écrit par Corinne Rigaud
Corinne Rigaud est née à Orange, un trois avril. Elle a déjà dit qu’elle aimait les jupes de...Plus d'info
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