Paul Pourveur
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Paul Pourveur

Le 1 Jan 1997
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LES HOMMES, traçant d’abord des dessins mag­iques, s’en servirent ensuite pour com­mu­ni­quer. Il y a eu, après, l’idéogramme, pour sym­bol­is­er un objet ou une idée, et plus tard un son ; puis les hiéro­glyphes égyp­tiens, pour not­er une idée ou une syl­labe. Ensuite, chaque signe a représen­té une syl­labe (l’écri­t­ure cunéi­forme). L’é­tape suiv­ante a été mar­quée par l’écri­t­ure con­so­nan­tique, où seules sont notées les con­sonnes (l’écri­t­ure phéni­ci­enne). Vien­dront enfin l’écriture alphabé­tique et celle de Paul Pourveur.
L’écri­t­ure de Paul Pourveur est un mon­tage lin­guis­tique qui fait la part belle à l’in­for­ma­tion sci­en­tifique et à l’imag­i­naire. Ses textes sont des jeux de con­struc­tion dont les pièces apparem­ment incom­pat­i­bles finis­sent pat s’emboîter pour for­mer un tout à la fois inat­ten­du et con­venu : « Une mon­tagne d’informations et d’événe­ments sans queue ni tête ren­dent le spec­ta­teur plus act­if, tan­dis qu’une his­toire le rend plus paresseux. »1 Son écri­t­ure a la par­tic­u­lar­ité d’être un véri­ta­ble proces­sus, c’est-à-dire un ensem­ble de phénomènes, conçu comme act­if et dévelop­pé dans le temps. À part ça, l’écri­t­ure de Paul Pourveur par­le comme tout le monde, de la pluie et du beau temps, de l’amour et de la mort. Paul Pourveur a suivi une for­ma­tion de mon­tage au HRITCS à Brux­elles, pour finale­ment suiv­re des sémi­naires d’écri­t­ure de scé­nario aux États-Unis. De retour en Bel­gique, il se fait con­naître au sein du théâtre fla­mand en adap­tant des textes aus­si dif­férents que LE DIABLE AU CORPS de Ray­mond Radiguet, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES ou des poèmes de Fer­nan­do Pes­soa. Par­faite­ment bilingue français-fla­mand, il tra­vaille aujourd’hui aus­si bien pour des met­teurs en scène fran­coph­o­nes que néer­lan­do­phones, pourvu qu’ils lui fassent une com­mande : « Je ne choi­sis jamais mes points de départ, car ils me sont tou­jours four­nis par des met­teurs en scène. Ça ne me gêne pas : cette idée de base n’est pas vrai­ment impor­tante, mais bien la façon dont elle est dévelop­pée. Et puis ça me per­met d’écrire sur d’autres thèmes… Je me con­sid­ère quand même plus comme un scé­nar­iste que comme un auteur : l’auteur est pré­cisé­ment quelqu’un qui peut tout con­trôler du début à la fin. Puisque je tra­vaille pour le théâtre, le ciné­ma ou la télévi­sion, je suis bien obligé d’écrire à l’intérieur d’un sys­tème, et à un cer­tain moment je perds le con­trôle de ce que j’ai écrit, mon texte arrive en d’autres mains et évolue… »2 

Venise

ON APPREND que lorsqu’on ouvre l’in­testin grêle et qu’on le déplie dans sa longueur et dans sa largeur, la sur­face étalée cor­re­spond à la Grand-Place de Brux­elles. « Je suis émue » dit la pro­tag­o­niste. On le serait à moins ! VENISE est le long et sin­ueux mono­logue intérieur d’une femme qui regarde sa struc­ture d’ADN comme seules les femmes savent le faire : de longues heures durant à tri­t­ur­er le détail sous l’apparence. Mais dans VENISE, la femme qui se regarde et se dit qu’elle pour­rait être Mar­i­lyn Mon­roe se dit aus­si tout à coup : « Je me regarde plus atten­tive­ment mais je m’écrase le nez con­tre une banale évi­dence, aus­si haute qu’une tour. Mon corps n’est que chimie… » Elle décide alors de faire con­nais­sance biologique avec elle- même et de men­er, en auto­di­dacte, une recherche sci­en­tifique dont elle sera le pro­pre objet, depuis ce que l’on sup­pose être son ado­les­cence jusqu’à la mal­adie. Elle analy­sera tout au tra­vers de son archi­tec­ture géné­tique et des pro­grammes écrits de sa com­po­si­tion. Chaque fois qu’elle expli­quera son corps, elle expli­quera le monde. Il y aura une méth­ode : « Com­mencer pat le com­mence­ment ». Une ques­tion fon­da­men­tale : qui vient de quoi ? Une inter­ro­ga­tion récur­rente : « Com­ment Dieu est-il encore crédi­ble depuis l’ap­pari­tion des chro­mo­somes ? » Et une con­clu­sion dou­ble : « Venise ne s’en­fonce plus mais l’eau con­tin­ue à mon­ter. » 

La minute ana­cous­tique 

UN TECHNICIEN de théâtre, qui est dans l’im­pos­si­bil­ité totale de ter­min­er son tra­vail avant le début de la représen­ta­tion, décide de faire patien­ter le pub­lic en lui par­lant de tout et de rien et surtout de ce qui le préoc­cupe : l’in­stal­la­tion tech­nique. Scan­dal­isée par cette ini­tia­tive, l’ac­trice sup­plie son parte­naire de faire quelque chose et décide de pass­er out­re à l’avis du tech­ni­cien. Le spec­ta­cle com­mence ; l’actrice et l’ac­teur font leur entrée sur scène. L’ac­teur arrive pieds nus sur le plateau et marche sur un câble : il tombe à terre, élec­tro­cuté, après avoir, un court instant, dif­fusé un halo de lumière et crié : « Je suis Mac­beth. »
Avec les signes appar­ents d’un caprice incon­trôlable, l’ac­trice insiste auprès du tech­ni­cien pour qu’il ressus­cite l’acteur. Le tech­ni­cien finit par jouer le jeu de la résur­rec­tion mais le mort ne bougeant pas d’un iota, il se voit obligé de trou­ver pour chaque ten­ta­tive échouée des excus­es sci­en­tifiques et de fauss­es expli­ca­tions tech­niques. Pour faire pass­er le temps « relatif », l’ac­trice et le tech­ni­cien vont essay­er de con­vers­er ; elle, dans sa volon­té de ne tien com­pren­dre ; lui, dans sa néces­sité de tout expliciter. L’un et l’autre cher­chant les moyens de don­ner un sens à ce qui, par­fois, n’en a pas. L’ac­teur fini­ra par se relever, réan­imé : « Ce qui ne veut pas dire que tout est bien », parce que « la seule vérité pour l’in­stant, c’est que tout devient — avec les sec­on­des qui passent — un peu plus incom­préhen­si­ble, un peu plus inex­primable. » 

CR 

Œuvres théâ­trales
en langue française

OUM’LOUNGOU (L’HOMME BLANC)
Pub­lié aux Édi­tions Noc­turnes, Brux­elles, 1991.
Créa­tion dans une mise en scène d’Hélène Gail­ly à l’Ate­lier Sainte-Anne, en 1989.
Dis­tri­b­u­tion : 3 femmes, 3 hommes

VENISE
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Théâtre à Vif, n° 15, Carnières, 1991.
Créa­tion dans une mise en scène d’Hélène Gail­ly à l’Ate­lier Sainte-Anne, Brux­elles, en 1989.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme

MASSACRILÈGE
Créa­tion dans une mise en scène d’Hélène Gail­ly à l’Ate­lier Sainte-Anne, Brux­elles, en 1993.
Dis­tri­b­u­tion : 6 enfants

ELLE N’EST PAS MOI
Créa­tion dans une mise en scène d’Hélène Gail­ly à l’Ate­lier Sainte-Anne, Brux­elles, en 1994.
Dis­tri­b­u­tion : 2 femmes

LA MINUTE ANACOUSTIQUE
Pub­lié aux Édi­tions Lans­man, col­lec­tion Noc­turnes Théâtre, n° 16, Carnières, 1996.
Créa­tion dans une mise en scène de Gilles Cham­pagne, dans le cadre du Fes­ti­val inter­na­tion­al des fran­coph­o­nies en Lim­ou­sin, à Limo­ges, en 1996.
Dis­tri­b­u­tion : 1 femme, 3 hommes

Les oeu­vres com­plètes en néer­landais (1985 – 95) de Paul Pourveur sont pub­liées sous le titre HET SOORTELJK GEWICHT VAN SNEEUWWITJE aux Éli­tions Beduquin, 1996.

  1. Paul Pourveur. ↩︎
  2. Idem. ↩︎
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Écrit par Corinne Rigaud
Corinne Rigaud est née à Orange, un trois avril. Elle a déjà dit qu’elle aimait les jupes de...Plus d'info
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