LES HOMMES, traçant d’abord des dessins magiques, s’en servirent ensuite pour communiquer. Il y a eu, après, l’idéogramme, pour symboliser un objet ou une idée, et plus tard un son ; puis les hiéroglyphes égyptiens, pour noter une idée ou une syllabe. Ensuite, chaque signe a représenté une syllabe (l’écriture cunéiforme). L’étape suivante a été marquée par l’écriture consonantique, où seules sont notées les consonnes (l’écriture phénicienne). Viendront enfin l’écriture alphabétique et celle de Paul Pourveur.
L’écriture de Paul Pourveur est un montage linguistique qui fait la part belle à l’information scientifique et à l’imaginaire. Ses textes sont des jeux de construction dont les pièces apparemment incompatibles finissent pat s’emboîter pour former un tout à la fois inattendu et convenu : « Une montagne d’informations et d’événements sans queue ni tête rendent le spectateur plus actif, tandis qu’une histoire le rend plus paresseux. »1 Son écriture a la particularité d’être un véritable processus, c’est-à-dire un ensemble de phénomènes, conçu comme actif et développé dans le temps. À part ça, l’écriture de Paul Pourveur parle comme tout le monde, de la pluie et du beau temps, de l’amour et de la mort. Paul Pourveur a suivi une formation de montage au HRITCS à Bruxelles, pour finalement suivre des séminaires d’écriture de scénario aux États-Unis. De retour en Belgique, il se fait connaître au sein du théâtre flamand en adaptant des textes aussi différents que LE DIABLE AU CORPS de Raymond Radiguet, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES ou des poèmes de Fernando Pessoa. Parfaitement bilingue français-flamand, il travaille aujourd’hui aussi bien pour des metteurs en scène francophones que néerlandophones, pourvu qu’ils lui fassent une commande : « Je ne choisis jamais mes points de départ, car ils me sont toujours fournis par des metteurs en scène. Ça ne me gêne pas : cette idée de base n’est pas vraiment importante, mais bien la façon dont elle est développée. Et puis ça me permet d’écrire sur d’autres thèmes… Je me considère quand même plus comme un scénariste que comme un auteur : l’auteur est précisément quelqu’un qui peut tout contrôler du début à la fin. Puisque je travaille pour le théâtre, le cinéma ou la télévision, je suis bien obligé d’écrire à l’intérieur d’un système, et à un certain moment je perds le contrôle de ce que j’ai écrit, mon texte arrive en d’autres mains et évolue… »2
Venise
ON APPREND que lorsqu’on ouvre l’intestin grêle et qu’on le déplie dans sa longueur et dans sa largeur, la surface étalée correspond à la Grand-Place de Bruxelles. « Je suis émue » dit la protagoniste. On le serait à moins ! VENISE est le long et sinueux monologue intérieur d’une femme qui regarde sa structure d’ADN comme seules les femmes savent le faire : de longues heures durant à triturer le détail sous l’apparence. Mais dans VENISE, la femme qui se regarde et se dit qu’elle pourrait être Marilyn Monroe se dit aussi tout à coup : « Je me regarde plus attentivement mais je m’écrase le nez contre une banale évidence, aussi haute qu’une tour. Mon corps n’est que chimie… » Elle décide alors de faire connaissance biologique avec elle- même et de mener, en autodidacte, une recherche scientifique dont elle sera le propre objet, depuis ce que l’on suppose être son adolescence jusqu’à la maladie. Elle analysera tout au travers de son architecture génétique et des programmes écrits de sa composition. Chaque fois qu’elle expliquera son corps, elle expliquera le monde. Il y aura une méthode : « Commencer pat le commencement ». Une question fondamentale : qui vient de quoi ? Une interrogation récurrente : « Comment Dieu est-il encore crédible depuis l’apparition des chromosomes ? » Et une conclusion double : « Venise ne s’enfonce plus mais l’eau continue à monter. »
La minute anacoustique
UN TECHNICIEN de théâtre, qui est dans l’impossibilité totale de terminer son travail avant le début de la représentation, décide de faire patienter le public en lui parlant de tout et de rien et surtout de ce qui le préoccupe : l’installation technique. Scandalisée par cette initiative, l’actrice supplie son partenaire de faire quelque chose et décide de passer outre à l’avis du technicien. Le spectacle commence ; l’actrice et l’acteur font leur entrée sur scène. L’acteur arrive pieds nus sur le plateau et marche sur un câble : il tombe à terre, électrocuté, après avoir, un court instant, diffusé un halo de lumière et crié : « Je suis Macbeth. »
Avec les signes apparents d’un caprice incontrôlable, l’actrice insiste auprès du technicien pour qu’il ressuscite l’acteur. Le technicien finit par jouer le jeu de la résurrection mais le mort ne bougeant pas d’un iota, il se voit obligé de trouver pour chaque tentative échouée des excuses scientifiques et de fausses explications techniques. Pour faire passer le temps « relatif », l’actrice et le technicien vont essayer de converser ; elle, dans sa volonté de ne tien comprendre ; lui, dans sa nécessité de tout expliciter. L’un et l’autre cherchant les moyens de donner un sens à ce qui, parfois, n’en a pas. L’acteur finira par se relever, réanimé : « Ce qui ne veut pas dire que tout est bien », parce que « la seule vérité pour l’instant, c’est que tout devient — avec les secondes qui passent — un peu plus incompréhensible, un peu plus inexprimable. »
CR
Œuvres théâtrales
en langue française
OUM’LOUNGOU (L’HOMME BLANC)
Publié aux Éditions Nocturnes, Bruxelles, 1991.
Création dans une mise en scène d’Hélène Gailly à l’Atelier Sainte-Anne, en 1989.
Distribution : 3 femmes, 3 hommes
VENISE
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n° 15, Carnières, 1991.
Création dans une mise en scène d’Hélène Gailly à l’Atelier Sainte-Anne, Bruxelles, en 1989.
Distribution : 1 femme
MASSACRILÈGE
Création dans une mise en scène d’Hélène Gailly à l’Atelier Sainte-Anne, Bruxelles, en 1993.
Distribution : 6 enfants
ELLE N’EST PAS MOI
Création dans une mise en scène d’Hélène Gailly à l’Atelier Sainte-Anne, Bruxelles, en 1994.
Distribution : 2 femmes
LA MINUTE ANACOUSTIQUE
Publié aux Éditions Lansman, collection Nocturnes Théâtre, n° 16, Carnières, 1996.
Création dans une mise en scène de Gilles Champagne, dans le cadre du Festival international des francophonies en Limousin, à Limoges, en 1996.
Distribution : 1 femme, 3 hommes
Les oeuvres complètes en néerlandais (1985 – 95) de Paul Pourveur sont publiées sous le titre HET SOORTELJK GEWICHT VAN SNEEUWWITJE aux Élitions Beduquin, 1996.

